Une vidéo d’humiliation publique fait débat en Chine

Capture d'écran de la vidéo qui circule sur le Web chinois où la police locale fait défiler quatre hommes accusés d'avoir fait rentrer illégalement des migrants en Chine.
Capture d'écran de la vidéo qui circule sur le Web chinois où la police locale fait défiler quatre hommes accusés d'avoir fait rentrer illégalement des migrants en Chine. © Les Observateurs de France 24

Quatre hommes accusés d’être des passeurs sont forcés de défiler avec des combinaisons de protection contre le Covid-19 : cette nouvelle vidéo d’humiliation publique est massivement relayée sur les réseaux sociaux en Chine depuis le 28 décembre et suscite un vif débat dans le pays.

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La scène se déroule à Jingxi, dans la province du Guangxi, dans le sud de la Chine. Quatre hommes sont accusés d’avoir fait entrer des migrants illégalement dans le pays, selon les forces de police citées par la presse locale. Il s'agit d'un défilé pour montrer publiquement ces accusés, dans le cadre de mesures disciplinaires prévues pour les personnes impliquées dans le trafic humain.

Dans cette vidéo, on voit des policiers faire défiler quatre hommes devant une petite foule rassemblée derrière des barrières. Leurs visages sont complètement recouverts par des lunettes et des masques, et ils portent des combinaisons de protection blanches. Les policiers les ont obligés à porter une pancarte autour du cou, avec leurs photos et leurs noms. 

Chacun des quatre accusés est encadré par deux policiers, eux aussi vêtus de combinaisons médicales et d'un gilet jaune, où il est indiqué "police de Jingxi". Des forces de police en uniforme classique encadrent la scène en nombre. Les quatre hommes sont présentés à la foule les mains tenues derrière le dos, à la façon des prisonniers. "Si vous êtes en quarantaine, ce sera leur faute", dit-on à la foule rassemblée devant la scène.

Les images de ce défilé ont suscité un vif débat sur le Web chinois, où elle circule depuis le 28 décembre.

Certains s'indignent de la scène : 

Un internaute chinois réagi à la scène sur Weibo, l'équivalent de Twitter en Chine : "Nous sommes sous un régime d’État de droit, ce genre de parade est un retour en arrière dans une société civilisée."
Un internaute chinois réagi à la scène sur Weibo, l'équivalent de Twitter en Chine : "Nous sommes sous un régime d’État de droit, ce genre de parade est un retour en arrière dans une société civilisée." © Weibo

D'autres, au contraire, s'en félicitent :

"C’est ce qu’il fallait faire !", a écrit un internaute sous une version de la vidéo publiée sur Douyin, l’équivalent chinois de TikTok, récoltant plus de 18 000 mentions "j’aime".
"C’est ce qu’il fallait faire !", a écrit un internaute sous une version de la vidéo publiée sur Douyin, l’équivalent chinois de TikTok, récoltant plus de 18 000 mentions "j’aime". © Douyin
Capture d'écran des commentaires sur une vidéo de la scène publiée sur Weibo
Capture d'écran des commentaires sur une vidéo de la scène publiée sur Weibo © Weibo

Dans ces commentaires sous une version de la vidéo publiée sur Weibo, l'équivalent de Twitter, un premier internaute dénonce l'illégalité de la pratique, tandis qu'un deuxième la salue : "Je suis [du Guangxi]. Ils aident les Vietnamiens à entrer clandestinement dans le Guangxi depuis le Vietnam, et de nombreux Vietnamiens sont positifs au Covid-19. Ils devraient être exécutés."

Les humiliations publiques de ce genre sont interdites en Chine depuis 2010. Mais la pratique semble faire son retour à l’ère Covid, notamment dans certaines provinces sujettes aux entrées illégales comme le Guangxi. 

La Chine est l'un des derniers pays à pratiquer très rigoureusement une politique "zéro Covid-19". Depuis le début de la pandémie, les frontières chinoises sont strictement fermées, à quelques rares exceptions près. Seulement 2 % des vols depuis et vers la Chine sont à ce jour opérationnels. Dans ce contexte, certaines provinces frontalières ont fait l’objet de tentatives d’entrée illégale par la voie terrestre. La ville de Jingxi, où a été filmée la scène d'humiliation publique, est située à une quarantaine de kilomètres du Vietnam. 

Et à l’approche des Jeux olympiques de Pékin, prévus le 20 février, les autorités chinoises resserrent d'autant plus la vis pour endiguer l'arrivée du variant Omicron. Après une augmentation record de 150 nouveaux cas, la ville de Xi’an, 13 millions d’habitants, est confinée depuis jeudi 3 décembre.