RÉTROSPECTIVE

De Wuhan à Bogota en passant par Téhéran, retour en images amateur sur la pandémie de Covid-19

De gauche à droite, une fosse commune en Iran, des malades du Covid-19 au Maroc, et Fangbin, lanceur d'alerte à Wuhan, en Chine.
De gauche à droite, une fosse commune en Iran, des malades du Covid-19 au Maroc, et Fangbin, lanceur d'alerte à Wuhan, en Chine. © Observateurs

En 2020, la pandémie de Covid-19 a bouleversé le quotidien de milliards d'êtres humains à travers le monde. Avec les différents confinements et restrictions de déplacement, les images amateur ont pris toute leur importance. Notre rédaction a pu, grâce à ses Observateurs, décrypter les événements et phénomènes qui se déroulaient dans des zones parfois coupées du reste du monde. 

Publicité

Dans le monde entier, le Covid-19 a pris de court les populations et les autorités. Pour documenter cette onde de choc, de nombreux citoyens ont décidé de filmer ce qu'ils voyaient pour dénoncer des injustices ou des situations sanitaires particulièrement alarmantes. 

C'est dans la ville chinoise de Wuhan que tout a commencé. Au fil des semaines, notre rédaction y a constitué un petit réseau d'Observateurs. 

Fangbin, le lanceur d'alerte de Wuhan 

Le lanceur d'alerte Fangbin, un habitant de Wuhan, a ainsi bravé la censure pour partager des images des hôpitaux surchargés de sa ville. 

Fangbin, gérant d'un magasin de vêtement à Wuhan, s'est transformé en lanceur d'alerte quand la pandémie de Covid-19 s'est déclarée dans sa ville.
Fangbin, gérant d'un magasin de vêtement à Wuhan, s'est transformé en lanceur d'alerte quand la pandémie de Covid-19 s'est déclarée dans sa ville. © Fangbin/YouTube

À une époque où très peu d'informations filtraient sur la réalité de la situation sanitaire à Wuhan, Fangbin nous a raconté : 

Quand la ville a été mise en quarantaine, je me suis rendu compte que quelque chose clochait. Quand je suis allé à l’hôpital, c’était bondé. J’ai alors compris que Wuhan était le centre de l’épidémie, et que les hôpitaux étaient le cœur de ce centre. C’est l’endroit où les chaînes de télévision [...] devraient se déplacer pour interviewer des gens. Mais personne n’y est allé. Je me suis dit que s’ils ne voulaient pas y aller, alors j’irai filmer ce qui s’y passe.

Suite à ses publications, Fangbin a été arrêté et conduit au commissariat le 1er février, il a été relâché le lendemain mais réarrêté le 9 février et n'a pas été vu depuis.   

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Coronavirus : à Wuhan, Fangbin brave la censure

Journal de bord d'une Française coincée à Wuhan 

D'autres habitants de Wuhan, comme l'étudiante française Amélie Chapalain, ont souhaité documenter la vie quotidienne des premières personnes à subir une mise en quarantaine de leur ville.  

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> À Wuhan, le journal de bord d’une Française dans une ville en quarantaine

Elle a notamment montré les rues vides et la galère des courses avec des supermarchés pris d'assaut. À l'époque, elle hésitait à s'inscrire pour le rapatriement en France, supposant que "tout pourrait revenir à la normale dans quelques semaines". Elle s'est finalement envolée pour la France en février et a passé plusieurs jours de quarantaine à Istres avec d'autres Français de Wuhan. 

À Guangzhou, les immigrés africains érigés en bouc-émissaires d'une nouvelle vague de contaminations 

Alors que la ville de Guangzhou sortait de son confinement fin mars, des rumeurs se sont propagées sur une nouvelle vague de contaminations. Certains internautes pointaient du doigt la communauté africaine de la ville et la situation a dégénéré : des ressortissants africains ont été empêchés d'entrer chez eux ou ont dû quitter précipitamment leur logement. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> "Nous sommes traités comme le virus" : dans une ville chinoise, des Africains chassés de chez eux

En Iran, les autorités accusées de minimiser le nombre de morts 

Dans un premier temps, le gouvernement iranien a nié le fait que le virus était dans le pays, ses partisans invoquant des "rumeurs" ou des "complots de l'opposition" en marge des élections législatives. 

En mars, le nombre de décès et d'infections atteignait 354 morts et 9 000 infectés. Sauf que de nombreux témoignages et vidéos amateur venaient documenter une situation bien plus grave. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> En Iran, les autorités “dissimulent” de nombreux décès liés au Covid-19 

En Équateur, des cadavres abandonnés dans les rues, parfois pendant plusieurs jours 

Dans la ville équatorienne la plus touchée par le virus fin mars, Guayaquil, les services funéraires étaient si débordés par le nombre de morts et les mesures sanitaires, que des cadavres sont restés dans les rues, parfois plusieurs jours durant, avant d'être ramassés. 

Plusieurs cadavres abandonnés dans les rues de Guayaquil et filmés ou photographiés par des passants au mois d'avril.
Plusieurs cadavres abandonnés dans les rues de Guayaquil et filmés ou photographiés par des passants au mois d'avril. © Observateurs

Une situation très difficile à vivre pour les proches qui ont dû s'armer de patience pour obtenir une place dans un cimetière. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Covid-19 en Équateur : "On nous a dit d’attendre 10 jours avant que le cadavre soit retiré"   

Au Maroc, des patients du Covid-19 reçus dans des conditions très dégradées 

Comme de nombreux autres pays, le Maroc n'avait pas toutes les infrastructures médicales adaptées à la maladie quand la pandémie a traversé ses frontières. Dans un hôpital de Marrakech, des patients et soignants ont filmé les conditions très dégradées dans la zone d'accueil pour les patients atteints du Covid-19. Le manque de moyens était tel que certains patients devaient dormir sur le trottoir en face du bâtiment. 

Des patients contraint de dormir et de patienter sur le trottoir situé en face de l'hôpital de Marrakech, photo publiée le 18 août 2020.
Des patients contraint de dormir et de patienter sur le trottoir situé en face de l'hôpital de Marrakech, photo publiée le 18 août 2020. © Facebook

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Maroc : à Marrakech, les malades du Covid-19 traités dans des "conditions catastrophiques" 

Dans les prisons colombiennes, le cocktail Covid-19 et promiscuité provoque des émeutes 

En Colombie, le mois de mars a été marqué par une vague d'émeutes dans les prisons. Les détenus s'inquiétaient de la propagation du virus dans un milieu où la distanciation sociale et les mesures barrière sont impossibles. 

Un détenu de La Picota, une prison de Bogota, a témoigné et envoyé plusieurs vidéos à notre rédaction. Il raconte que les gants et masques sont passés "sous le manteau" et que certains détenus sont allés jusqu'à brûler des matelas, des vêtements ou organiser des tentatives d'évasion. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> En Colombie, le Covid-19 provoque des émeutes meurtrières en prison : "Si le virus entre ici, on est foutus" 

Au Brésil, une ville perd le contrôle et doit creuser des fosses communes 

Le Brésil est le deuxième pays le plus touché par le virus en nombre de morts. En mars, la ville de Manaus a été la première ville du pays à décréter l’effondrement de son système de santé. 

Le nombre de morts a atteint des chiffres impressionnants : environ 100 enterrements par jour en mars, contre une trentaine habituellement. Cette situation a conduit les autorités à creuser des fosses communes pour pouvoir enterrer tous les corps.

Quatre cercueils entreposés dans une fosse commune de l'état de l'Amazonas, où se situe la ville de Manaus, sont recouverts de terre. Photo publiée sur Twitter le 23 avril 2020.
Quatre cercueils entreposés dans une fosse commune de l'état de l'Amazonas, où se situe la ville de Manaus, sont recouverts de terre. Photo publiée sur Twitter le 23 avril 2020. © Edmar Barros

Nos Observateurs, soignants et habitants, racontent comment la ville s'est retrouvée complètement débordée par la pandémie. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Brésil : à Manaus, au cœur de l’Amazonie, les images d'une ville endeuillée par le Covid-19

Frappés par la pandémie et la crise économique, les Vénézuéliens rentrent au pays à contrecœur 

Les mesures de confinement adoptées par un grand nombre de pays du sous-continent américain, en mars, pour lutter contre la pandémie ont eu de graves conséquences économiques. De nombreux travailleurs immigrés, notamment Vénézuéliens, ont perdu leur emploi et ont donc été contraints de rentrer dans leur pays, pourtant lui aussi en proie à une très grave crise économique. 

Des Vénézuéliens partis du Pérou ou de Colombie pour rejoindre leur pays d'origine, à pied ou en stop.
Des Vénézuéliens partis du Pérou ou de Colombie pour rejoindre leur pays d'origine, à pied ou en stop. © Observateurs

Notre rédaction a pu s'entretenir avec trois d'entre eux, pour mieux comprendre les ressorts de cette vague migratoire estimée, selon les autorités, à plus de 40 000 retours. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> À pied ou en bus, le long retour au pays des expatriés vénézuéliens, en pleine pandémie de Covid-19 

Aux États-Unis, le mouvement anti-masques prend de l'ampleur 

Sujet à controverses au début de la pandémie, le masque devient au bout de quelques mois obligatoire dans de nombreux pays pour sortir de chez soi. Cette règle déplaît à une partie de la population, qui y voit une contrainte liberticide, inutile ou absurde. 

Aux États-Unis, ce rejet du masque devient un véritable mouvement. Des centaines de vidéos de réfractaires inondent les réseaux sociaux. On y voit notamment des scènes de disputes dans des supermarchés entre des anti-masques et les gérants des magasins tentant de faire appliquer les règles sanitaires imposées. 

Aux États-Unis, certains clients ont refusé de porter un masque dans les magasins et se sont filmés lors de leurs altercations avec les gérants ou employés.
Aux États-Unis, certains clients ont refusé de porter un masque dans les magasins et se sont filmés lors de leurs altercations avec les gérants ou employés. © Observateurs

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Aux États-Unis, ces clients refusent de porter un masque, devenu "un symbole politique"