ITALIE

« Pour la Camorra, les déchets sont de l’or »

Photo Sebastiano Sacco via le blog de Dario Salvelli - 9 janvier 2008 Nous avons publié samedi un billet sur la à Naples. Le problème est loin d'être réglé et les Napolitains, exaspérés, . Les images de ces émeutes ont fait le tour du monde, mais les explications sont rares. Pourquoi Naples est-elle incapable de gérer ses déchets, comme n'importe quelle grande ville d'Europe ? Notre Observatrice, Alessia Storia, a travaillé pour une entreprise publique de gestion des ordures à Naples. Elle détaille les responsabilités des autorités et de la Camorra, la mafia sicilienne, dans cette crise.

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Photo Sebastiano Sacco via le blog de Dario Salvelli - 9 janvier 2008

Nous avons publié samedi un billet sur la « crise des ordures » à Naples. Le problème est loin d'être réglé et les Napolitains, exaspérés, continuent de manifester et d'affronter la police. Les images de ces émeutes ont fait le tour du monde, mais les explications sont rares. Pourquoi Naples est-elle incapable de gérer ses déchets, comme n'importe quelle grande ville d'Europe ? Notre Observatrice, Alessia Storia, a travaillé pour une entreprise publique de gestion des ordures à Naples. Elle détaille les responsabilités des autorités et de la Camorra, la mafia sicilienne, dans cette crise.

Le commentaire de notre observatrice, Alessia Storia

C'est un problème qui dure depuis plus de dix ans. Les autorités n'ont pas géré le problème. Le « commissariat d'urgence pour les ordures » ("Commissariato per l'Emergenza Rifiuti" ) avait défini un plan dès 1997. 35% des ordures devaient être envoyées dans des décharges de tri sélectif et 65% devaient être retraitées pour la production de RDF [Refused derived fuel - un procédé de retraitement des déchets qui aboutit à la production d'essence]. Pour y parvenir, le plan prévoyait la construction de sept usines de retraitement RDF des déchets. Dix ans plus tard, seuls 10% des déchets sont triés, au lieu de 35%. Les sept usines de retraitement des déchets viennent à peine d'être construites. Mais, au lieu de produire du RDF, elles produisent des 'écoballes' qui ne peuvent même pas être brûlées, car elles ne respectent pas les normes imposées par le gouvernement.

Pour gérer la crise, les autorités n'ont adopté que des mesures d'urgence : transférer les déchets vers d'autre régions d'Italie, ou même vers l'Allemagne ; ou rouvrir d'anciennes décharges, comme celle de Pianura, fermée il y treize ans. L'annonce de ces mesurettes a mis le feu aux poudres.»

La mafia sicilienne n'est pas à l'origine du problème, ce sont les autorités. Mais elle profite de la situation. La phrase du procureur responsable de la lutte anti-mafieuse, Franco Roberti, est exacte : 'pour la Camorra, les déchets sont de l'or'. La mafia sicilienne s'est enrichie par le biais de sociétés de traitement des déchets, en particulier dans le domaine des déchets toxiques. Les entreprises qu'elle gère sont illégales et ne respectent aucune règle environnementale. La Camorra, plus que toute autre mafia, a su se transformer en une véritable société de service. Elle propose aux entreprises le même service, mais 80% moins cher, pour la gestion de leurs déchets. En quatorze ans, la part de marché de la Camorra a grandi et elle ne veut pas perdre ce business juteux. Elle a intérêt à ce que cet état d'urgence perdure. Il y a actuellement des enquêtes sur l'implication de politiciens locaux dans ce trafic. La réouverture de la décharge de Pianura inquiète la population pour des raisons de santé publique, mais aussi parce que cela introduirait la Camorra dans ce quartier déjà défavorisé. »

Posez vos questions à Alessia Storia.

La journée normale d'un Napolitain

Vidéo de Giulio Finotti - jeudi 9 janvier 2008