OUGANDA

"Si le gouvernement ne répond pas aux problèmes sociaux, les Ougandais vont être tentés de suivre la voie libyenne"

Des manifestants en colère sont descendus ce matin dans plusieurs rues de Kampala pour protester, une fois de plus, contre la vie chère. L’armée et la police ont fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires. On compte au moins deux mort et plusieurs blessés.  

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Les manifestants dans les rues de Kampala ce matin. Photo/CC: Isaac Kasamani

 

Des manifestants en colère sont descendus ce matin dans plusieurs rues de Kampala pour protester, une fois de plus, contre la vie chère. L’armée et la police ont fait usage de balles réelles et de gaz lacrymogènes pour disperser les protestataires. On compte au moins deux mort et plusieurs blessés.

 

Kizza Besignye, initiateur de ce mouvement de contestation, avait été interpellé jeudi pour avoir appelé à manifester. C’est la quatrième arrestation en un mois du principal rival du président ougandais, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 25 ans. Les deux hommes s’étaient retrouvés au second tour de l’élection présidentielle de février dernier. Le président sortant avait été proclamé vainqueur avec près de 70 %. Des résultats qualifiés de "frauduleux" par Kizza Besignye qui s’était pourtant abstenu d’exercer un recours devant les instances judiciaires du pays. Depuis la présidentielle, l’opposant organise donc régulièrement des marches et des manifestations en province et à Kampala, ses slogans se concentrant sur la question de l’augmentation du coût de la vie. Quatre personnes ont été tuées la semaine dernière dans le pays au cours d’émeutes liées à ce mouvement de contestation

"Ce n’est pas encore le printemps ougandais, mais on s’en approche"

Kagutu (pseudonyme), commerçant ougandais, vit à Kampala

 

La mobilisation des jeunes a commencé vers 10 heures à Kireka (centre-ville de Kampala). Ils ont barricadé les principales voies d’accès au centre-ville et ont brûlé des pneus. J’ai vu des éléments de la Special Forces Group, la garde présidentielle, tirer à balles réelles sur les manifestants. Les policiers ont, quant à eux, utilisé des gaz lacrymogènes. Les gens couraient dans tous les sens.

 

Le prix de l’essence a presque triplé en un mois. Il y a aussi la flambée des prix des denrées alimentaires. Et nous ne pouvons rien dire, sinon on nous tire dessus.

 

Ce n’est pas encore le printemps ougandais, mais on s’en approche. Si le gouvernement ne répond pas aux problèmes sociaux, je crois que les Ougandais vont être tentés de suivre la voie libyenne.

 

Nous avons perdu confiance dans les autorités de notre pays, qui truquent systématiquement les élections et où tous les services publics sont réquisitionnés au service du président. Il est clair que Museveni compte rester au pouvoir, mais au moins qu’il améliore nos conditions de vie."

 

Billet rédigé en collaboration avec Trésor Kibangula, journaliste à FRANCE 24.