Meurtres en série dans la communauté arabe d’Israël

Capture d'écran  d'vidéo filmée à Jarrah, près de la ville de  Sakhnin en Israël, montrant les membres d’une famille s'enfuir lors d’une fusillade, le 6 septembre.
Capture d'écran d'vidéo filmée à Jarrah, près de la ville de Sakhnin en Israël, montrant les membres d’une famille s'enfuir lors d’une fusillade, le 6 septembre. © Facebook / Ali Mogrebi

Les fusillades en pleine rue et les assassinats sont devenues ces dernières années monnaie courante parmi la communauté arabe d'Israël. La population arabe se sent livrée à elle-même face à une criminalité galopante, et beaucoup accusent la police israélienne de ne rien faire pour enrayer ce phénomène. 

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Les Arabes israéliens sont les Arabes détenteurs de la citoyenneté israélienne vivant en Israël. Un partie de cette population s’identifient comme les “Palestiniens de l'intérieur”, soit les Palestiniens qui sont restés dans la frontières d’Israël après la guerre israélo-arabe de 1948. Ils représentent près de 21% de la population israélienne.

Rackets, assassinats liés à pratique de l’usure, règlements de comptes : cette population subit une violence exacerbée depuis une vingtaine d’années selon une étude réalisée par l’association Baladouna en 2022. En 2021, The Abraham Initiatives, une ONG qui documente les violences dans la communauté arabe, a recensé 126 meurtres, un record. Pour 2022, une association de journalistes palestiniens a recensé 75 personnes tuées, dont 9 femmes, au 19 septembre.

Des vidéos de fusillades sont régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux, comme ici où  l’on voit un individu descendre d’une moto et tirer sur deux personnes, dans la nuit du 19 septembre. La police israélienne a annoncé l’arrestation du tireur, indiquant qu’il était impliqué dans une fusillade précédente. Trois blessés ont en outre été transportés à l’hôpital. 

Cette fusillade a fait trois blessés, dans la nuit du 19 septembre, à Sakhnin.

Cette vidéo, filmée à Jarrah, un village proche de Sakhnin, montre les membres d’une famille s'enfuir lors d’une fusillade, le 6 septembre. Un jeune a été blessé dans cette fusillade.   

Les membres d'une famille se mettent à couvert lors d'une fusillade, le 6 septembre. Facebook / Ali Mogrebi 

Le 4 septembre, le journaliste Nidal Ijbaria, qui enquêtait sur le crime organisé dans la communauté arabe, a été abattu dans sa voiture dans la ville de Umm al-Fahm. En 2021, il avait échappé à une tentative d’assassinat alors qu’il se rendait chez lui de retour de la mosquée.

Deux jours plus  tard, le 6 septembre, les habitants de Umm al-Fahm organisaient une manifestation pour dénoncer "l’inaction de la police”.

“Il y a un sentiment d’impunité parmi les criminels, qui se croient tout permis. “ 

Mohammed (pseudonyme) est journaliste pour un média palestinien. Il a requis l’anonymat pour sa sécurité.

La raison principale de la propagation du crime est l’absence de l’Etat. On a l’impression que la police ne fait pas grand chose, il n'y a pas assez de présence policière dans les villes arabes, pas assez d’infrastructures, de banques. Il résulte de cela un sentiment d’impunité parmi les criminels, qui se croient tout permis.   

Et les journalistes vivent sous pression, ils n’osent pas donner de noms quand il s’agit par exemple d’arrestations et de personnes inculpées, de peur des représailles contre eux et leurs familles. 

Notre population est prise en otage par le crime organisé, qui pour prospérer a recours notamment au racket. De nombreux commerçants sont obligés de payer ces gangs chaque mois pour obtenir leur “protection”. Ils rackettent même certaines entreprises locales. Et les gens ont peur de parler en raison des représailles qu’ils peuvent subir, ou leurs familles.

“Une partie des armes est volée dans les stocks de l’armée israélienne”

L’autre aspect du crime organisé est le trafic d’armes à feu. Une partie de ces armes viennent de la contrebande d’armes qui proviennent de Jordanie et du Liban. 

Une autre partie des armes est volée dans les stocks de l’armée israélienne, dans les centres d'entraînement notamment. 

Ces derniers mois, un phénomène inquiétant d’usure illégale a fait son apparition. De nombreux citoyens vivant dans les localités arabes éprouvent des difficultés à accéder à un crédit bancaire, car les conditions sont très rigoureuses. Alors ils se rabattent sur les usuriers. C’est un business tenu par le crime organisé, et les intérêts sont très élevés. Si la personne n’a pas la possibilité de rembourser à temps, les criminels s’en prennent à elle et à sa famille.

De nombreux jeunes entre 18 et 22 n’ont pas d’emploi ni fait d’études supérieures. Sans perspective, ils se tournent vers la délinquance et sont recrutés par les gangs, car ils sont attirés par ce mode de vie : les voitures de luxe, l’argent, les armes.

La police israélienne s’est à plusieurs reprises défendue de négliger la sécurité de la population arabe. En août 2021, la police israélienne a créé une unité exclusivement dédiée à combattre la criminalité dans la communauté arabe. Le gouvernement a en outre annoncé avoir lancé une opération d’envergure, baptisée “safe route” et qui devrait se poursuivre jusqu’en 2026, mais les résultats se font attendre. 

Depuis le début de l’année, seul 19% des meurtres ont été résolus dans la communauté arabe, alors que ce taux atteint 70% dans les cas impliquant des juifs, rapporte le journal israélien Haaretz. Plus de 70% des homicides surviennent dans la communauté arabe alors qu’elle représente 20% de la population.