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Des images d’une fausse victime palestinienne ? Attention, Intox

Le 24 avril, une vidéo affirme que des Palestiniens ont mis en scène une fausse image d’un enfant palestinien blessé. 
La vidéo est a en réalité été filmée pendant le tournage d’un court métrage palestinien "Empty Place", qui raconte l’histoire vraie d’Ahmed Manasra, un adolescent palestinien accusé d’agression au couteau sur un Israélien.
Le 24 avril, une vidéo affirme que des Palestiniens ont mis en scène une fausse image d’un enfant palestinien blessé. La vidéo est a en réalité été filmée pendant le tournage d’un court métrage palestinien "Empty Place", qui raconte l’histoire vraie d’Ahmed Manasra, un adolescent palestinien accusé d’agression au couteau sur un Israélien. © Observateurs

Le 24 avril, la vidéo d’un garçon jouant un enfant blessé devant des caméras est partagée. Des utilisateurs affirment qu’il s’agit d’une mise en scène orchestrée par des Palestiniens pour faire croire à une victime palestinienne. La vidéo montre en réalité le tournage d’”Empty Place”, un court-métrage palestinien basé sur des faits réels.

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Au cours des deux dernières semaines, de violents heurts ont fait plus de 250 blessés palestiniens dans et autour de l'esplanade des Mosquées. Depuis mi-avril, la tension ne cesse de monter entre Palestiniens et Israéliens. Des Israéliens ont été visés par plusieurs attaques meurtrières attribuées à des Palestiniens, alors que l'armée israélienne a mené des opérations musclées en Cisjordanie occupée.

Dans ce contexte de tensions, des comptes pro-Israéliens ont diffusé une vidéo dont ils affirment qu’elle prouve que les Palestiniens fabriquent des fausses images de blessés. 

La vérification en bref

  • Des utilisateurs affirment que des Palestiniens ont mis en scène une fausse image d’un enfant palestinien blessé. 
  • La vidéo est a été filmée pendant le tournage d’un court métrage palestinien "Empty Place", qui raconte l’histoire vraie d’Ahmed Manasra, un adolescent palestinien accusé d’agression au couteau sur un Israélien, condamné en 2016 à 9 ans de prison, et actuellement en prison.

La vérification en détails

Le 24 avril, une vidéo a été diffusée par plusieurs comptes Twitter accusant les Palestiniens de mettre en scène des fausses images de blessés pour s’attirer la sympathie. Cette vidéo montre une équipe de tournage filmant un jeune garçon portant un t-shirt et un jean, que l'on peut voir allongé sur le dos, la jambe tordue derrière lui, alors que du sang semble lui couler de la tête.

Elle a par exemple été diffusée ici, où elle cumule plus de 79 000 vues, ou encore dans ce tweet, où elle a été visionnée plus de 53 000 fois. La vidéo a aussi circulé en espagnol, par exemple ici

Légende : “Les Palestiniens “mettent en scène” un meurtre, en utilisant des acteurs déguisés en juifs et @IDF. Ces fausses images seront utilisées pour inciter à la violence et à la misère” écrit l’auteur du tweet, un copropriétaire de supermarchés basé à New York. Tweet publié le 24 avril.
Légende : “Les Palestiniens “mettent en scène” un meurtre, en utilisant des acteurs déguisés en juifs et @IDF. Ces fausses images seront utilisées pour inciter à la violence et à la misère” écrit l’auteur du tweet, un copropriétaire de supermarchés basé à New York. Tweet publié le 24 avril. © Observateurs
Capture d’écran du tweet publié le 24 avril. L’auteur accuse les Palestiniens de “Pallywood”, c’est-à-dire d’avoir monté une mise en scène pour faire croire à une victime palestinienne.
Capture d’écran du tweet publié le 24 avril. L’auteur accuse les Palestiniens de “Pallywood”, c’est-à-dire d’avoir monté une mise en scène pour faire croire à une victime palestinienne. © Observateurs

“Pallywood” est un terme utilisé pour désigner ce qui est considéré comme la mise en scène orchestrée par les Palestiniens pour décrédibiliser la politique israélienne. Le terme a été inventé en 2005 par Richard Landes, un historien américain qui enseigne en Israël.

Une vidéo issue d’un tournage de film

La vidéo sur Twitter fait référence à un compte Tik Tok. Il est barré d’un trait bleu, mais on peut deviner le nom “Mohamad” et le nombre “938”. Ces indices permettent de retrouver le compte Tik Tok qui a diffusé cette vidéo. 

Lorsqu’on accède au compte sur Tik Tok, on retrouve la même vidéo avec la légende suivante en arabe : “Dans les coulisses du tournage de la scène de l'agression des colons contre Ahmed Manasra”.

La scène du tournage avec le jeune garçon est également filmée d’un autre angle et publiée par ce compte TikTok. 

En recherchant avec les mots clés “film” et “Ahmed Manasra”, on peut trouver la bande annonce du film “Empty Place”. Réalisé par Awni Eshtaiwe, il raconte les événements qui ont conduit à l'emprisonnement du jeune palestinien Ahmed Manasra. L’image à 1’15 dans le court métrage correspond aux images circulant sur les réseaux sociaux et montrant l’enfant blessé au sol.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Awni Eshtaiwe, le réalisateur, a confirmé que les images qui sont diffusées pour faire croire à une mise en scène palestinienne, ont en fait été prises pendant le tournage de son court métrage, en avril. 

Le film “Empty Place” raconte l’histoire vraie d’Ahmed Manasra, un jeune palestinien condamné à 9 ans de prison après avoir été reconnu coupable de l’agression deux juifs au couteau, le 12 octobre 2015. 

Âgé de 13 ans au moment des faits, il avait été arrêté après avoir été renversé par une voiture alors qu’il tentait de fuir la police, dans le quartier de Pisgat Zeev, une zone sous contrôle israélien à Jérusalem-Est. Âgé de 15 ans, son cousin Hassan Manasra, qui l’accompagnait, avait lui été abattu par la police.

Une vidéo montrant alors le jeune garçon gisant au sol avait à l’époque été diffusée sur les réseaux sociaux. 

La scène du court métrage “Empty Place” était donc une reconstitution de cette même vidéo, qui avait été relayée par plusieurs médias à l’époque, comme ici sur CBS News, le 21 octobre 2015.

La famille d’Ahmed Manasra ne cesse depuis de clamer son innocence, et affirme que les aveux du jeune garçon ont été obtenus sous la contrainte.