Raid contre le chef de l’EI : “Les hélicoptères ont mitraillé la maison”, raconte un habitant d’Atmé

Débris de la maison qu'occupait le chef du groupe EI, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, le 3 février, à Atmé (Syrie).
Débris de la maison qu'occupait le chef du groupe EI, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, le 3 février, à Atmé (Syrie). © Défense Civile Syrienne

Des forces spéciales américaines ont mené, dans la nuit du mercredi au jeudi 3 février, une opération héliportée dans la ville d'Atmé, dans le nord-ouest de la Syrie, causant la mort du chef du groupe État islamique, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi. Un habitant, contacté par notre rédaction, raconte. 

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La mort du chef de l’organisation État islamique a été annoncée par Joe Biden dans un communiqué à la mi-journée. Selon un haut responsable américain, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi est mort dans une explosion qu’il a lui-même causée, et qui aurait tué des membres de sa famille “dont des femmes et des enfants". Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, 13 personnes sont mortes dans l’opération, dont trois enfants et quatre femmes. Aucun soldat américain n’a été tué affirme Washington.

Les militaires ont atterri en hélicoptère près de camps de déplacés de la localité d'Atmé, avant que des affrontements éclatent. Des vidéos du raid ont été filmées par les habitants, où l’on entend des tirs nourris.

Vidéo du raid nocturne mené par les forces spéciales américaines, jeudi 3 février. Twitter / @anasanas84.

 

“Nous étions loin de savoir qu’un leader de l’organisation État islamique occupait la maison.”

Ahmed (pseudonyme), 30 ans, habite à 200 mètres de la maison ciblée par les forces spéciales américaines. Il travaille pour une ONG locale d’aide aux réfugiés. 

On a été réveillés par un bruit assourdissant d’hélicoptères qui survolaient le quartier à très basse altitude. Il était 1h10 du matin. Pris de panique, on s’est rassemblés avec ma femme et mes deux enfants dans le salon au rez-de-chaussée. 

Ensuite, on a entendu des soldats qui étaient descendus au sol. Une voix dans un haut-parleur demandait, en arabe, aux occupants de sortir les mains sur la tête, “pour la sécurité des femmes et des enfants”. Cela a duré presqu'une heure. 

Un homme demande, en arabe, aux occupants d’évacuer la maison, “pour la sécurité des femmes et des enfants”. Twitter / @layth_hadad12. 

Suite à cela, les hélicoptères se sont mis à mitrailler la maison. Des débris ont fait exploser les vitres des fenêtres de mon domicile et de ma voiture. Les enfants étaient effrayés, en pleurs. Nous avons aussi entendu ce qui semblait être des échanges de tirs, mais c’était bref. 

Vers 3 heures du matin, ils étaient partis. Je suis sorti de chez moi pour voir. Les  unités de secours des casques blancs étaient déjà sur les lieux. J’ai alors vu les cadavres de trois enfants, des femmes aussi, des lambeaux de chair un peu partout, dans et autour de la maison. 

D’après des témoignages de voisins ce matin, la famille qui occupait le rez-de-chaussée a été évacuée par les forces spéciales américaines, avant que ces derniers ne mitraillent l’étage supérieur depuis leurs hélicoptères J’ai pas de confirmation. Cette famille, une dame avec son épouse et leurs enfants, s'est réfugiée, dans une maison voisine [NDLR : la mère de famille a donné une interview à une chaîne de télévision locale le 3 février].

Vidéo montrant les éléments de la Défense civile syrienne fouillant les décombres de la maison, jeudi 3 février. Twitter / @SyriaCivilDefe.

Nous étions loin de savoir qu’un leader de l’organisation État islamique occupait la maison. Tout ce qu’on savait dans le quartier, c’est que c'était un couple avec deux enfants. Nous étions donc très surpris de voir autant de cadavres. 

Nous sommes d’autant surpris par la nouvelle de la présence du leader de l’EI Abu Ibrahim al-Hashimi al-Qurayshi dans cette maison, car la région d'Idlib est militairement contrôlée par l'organisation Ahrar al-Cham, qui considère l’EI comme une organisation ennemie.

Nous avons pu localiser la bâtisse ciblée par les forces spéciales américaines avec l’aide d’Ahmed (pseudonyme). Elle se trouve ici. Il s’agit d’une maison de deux étages entourée d’oliviers. La localisation correspond aussi aux images diffusées par la chaîne de télévision Syria TV.  

Maison ciblée par les forces spéciales américaines, dans la localité de Atmé.
Maison ciblée par les forces spéciales américaines, dans la localité de Atmé. © Google maps
Photos de la bâtisse prise pour cible par les forces spéciales américaines, transmises par notre Observateur à Atmé.
Photos de la bâtisse prise pour cible par les forces spéciales américaines, transmises par notre Observateur à Atmé. © Observateurs

Un hélicoptère américain détruit

Après le départ des forces spéciales américaines, vers trois heures du matin (selon des témoignages), un de leurs hélicoptère a atterri dans la localité de Jindires, à une dizaine de kilomètres au nord. Selon le New York Times, il a été forcé d'atterrir en raison d’une panne mécanique. Il a été par la suite détruit par une frappe américaine. 

Vidéo montrant les débris de l’hélicoptère de l’armée américaine à Jindires, à une dizaine de kilomètres d'Atmé. Twitter / @Hasan_Jneed

En octobre 2019, des forces spéciales américaines avaient mené un raid provoquant la mort du celui qui était alors le chef du groupe EI, Abou Bakar el-Baghdadi, également dans la région d’Idleb. La région est le dernier bastion contrôlé par l’opposition au régime de Bachar el-Assad, où se concentrent plusieurs groupes jihadistes, mais également des camps de déplacés surpeuplés, où se trouvent des millions de personnes. Des chefs jihadistes sont soupçonnés d'utiliser ces camps pour se cacher. 

L’opération intervient après un assaut mené par le groupe EI contre une prison de la région de Hassaké, et qui a permis à “des dizaines de détenus de l'EI” de s’enfuir selon l’OSDH. Les combats qui ont suivi ont fait, selon le dernier bilan, 373 morts, dont 268 jihadistes et 98 membres des forces kurdes et sept civils.