Au Liban, des manifestants tentent de prendre d’assaut le ministère de l’Économie : "Les gens sont à bout"

Captures d'écran d'une vidéo, diffusée dimanche 6 juin sur Twitter, montrant des manifestants en train d'essayer de force la porte du siège du ministère de l'Économie, à Beyrouth.
Captures d'écran d'une vidéo, diffusée dimanche 6 juin sur Twitter, montrant des manifestants en train d'essayer de force la porte du siège du ministère de l'Économie, à Beyrouth. © TheLebanonDream

Près de deux ans après le début de la crise économique, les Libanais ne voient toujours pas leur situation s'améliorer. Dimanche 6 juin, des dizaines de personnes se sont rassemblées dans le centre de Beyrouth pour dénoncer le gouvernement jugé "corrompu" et "incompétent". Des manifestants ont même tenté de forcer la porte du ministère de l’Économie, avant d’être dispersés par les forces de l’ordre.

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L’appel à manifester a été lancé sur les réseaux sociaux par le collectif "Les révolutionnaires du 17 octobre", mouvement à l’origine des protestations qui secouent le pays depuis octobre 2019.

Les manifestants se sont rassemblés sur la place des martyrs, puis ont barré brièvement la route aux automobilistes. D’autres contestataires se sont rassemblés devant le siège du Parlement. 

Très remonté, un groupe de protestataires a tenté de défoncer la porte de l’immeuble abritant le ministère de l’Économie, comme le montrent ces images diffusées sur les réseaux sociaux, mais les forces de l’ordre sont intervenues rapidement pour les en empêcher.

Vidéo montrant des protestataires qui tentent de défoncer la porte du siège du ministère de l’Économie avec une barrière routière, dimanche 6 juin à Beyrouth. 

Vidéo montrant les forces de l’ordre arriver sur les lieux pour disperser les manifestants.

Sara Hamoud est rédactrice en chef du site Lebanon and the world, un média citoyen qui couvre notamment les mouvements sociaux au Liban :

Les manifestants sont retournés dans la rue à Beyrouth car la compagnie étatique Électricité du Liban a annoncé un durcissement du rationnement de l’électricité, qui est désormais coupée jusqu’à 18 heures par jour dans certaines zones [les coupures d'électricité étant fréquentes au Liban depuis plusieurs années, la majorité des maisons sont équipés de générateurs électriques pour compenser ses coupures, NDLR].

D’autre part, des rumeurs faisant état de la levée des subventions de l’État sur l’essence ont créé la panique, et les gens se sont précipités sur les stations-services. Ce qui a provoqué une pénurie et une hausse des prix. Devant ces stations-services il y a des files d’une cinquantaine de voitures. Beaucoup de gens ne peuvent plus se rendre à leur travail à cause des longues attentes et des pénuries. Les gens sont à bout, ils n’en peuvent plus.

Le conseiller du syndicat des stations-services, Fadi Abou Chakra, a affirmé, le 12 mai, qu’il n’y aurait pas de levées des subventions sur le prix de l’essence à "court terme", sans autre précision.  

->> Lire sur les Observateurs :  Au Liban, la colère contre les commerçants "accusés de provoquer une pénurie des produits de base"

Chute vertigineuse de la livre libanaise, explosion du chômage : le Liban traverse la pire crise économique de son histoire, qui a fait basculer la moitié de la population sous le seuil de pauvreté. "La crise économique et financière est susceptible de se classer parmi les dix, voire les trois épisodes de crise les plus graves au niveau mondial depuis le milieu du XIXe siècle", indique un rapport de la Banque mondiale, publié le 1er juin.  

Cette crise économique est aggravée par la pandémie de Covid-19, et la double explosion survenue au port de Beyrouth en août 2020, qui a fait plus de 200 morts et détruit des quartiers entiers de la capitale. 

Le pays vit par ailleurs sans gouvernement depuis le 10 août 2020, date de la démission du Premier ministre, Hassan Diab, à la suite des explosions à Beyrouth. Les querelles politiciennes s’éternisent entre notamment le Premier ministre, Saad Hariri, et le président, Michel Aoun. Or, les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) ont conditionné leur aide par la formation d’un gouvernement qui sera capable de mener des réformes.