Une vidéo d’un zèbre maltraité lors d’un transfert vers un zoo scandalise en Iran

À gauche : le directeur du zoo de Safadasht frappe lui même des zèbres avec un baton.  / À droite : un zèbre apeuré tombé dans une gouttière vient de se casser une pâte.
À gauche : le directeur du zoo de Safadasht frappe lui même des zèbres avec un baton. / À droite : un zèbre apeuré tombé dans une gouttière vient de se casser une pâte. © Observers

Le 4 mai, une vidéo apparue sur les réseaux sociaux en Iran, principalement sur Twitter, Telegram et WhatsApp, a dévoilé le sort réservé à des zèbres importés de Bulgarie vers un zoo de Téhéran, en Iran. Un des animaux a été maltraité et battu lors de son transfert et un autre est décédé lors de son transit à la douane iranienne. Selon un activiste des droits des animaux, cette vidéo révèle les pratiques peu scrupuleuses des zoos iraniens.

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La vidéo a été filmée le 24 avril à l’espace douanier de Bazargan à la frontière entre l'Iran et la Turquie, mais diffusée 11 jours plus tard sur les réseaux sociaux. Des hommes tentent de transférer les animaux de leur conteneur vers le conteneur du département iranien de l'Environnement, une organisation gouvernementale, afin que les zèbres soient emmenés vers Téhéran.

Sur les images, on voit un des zèbres, une femelle, tomber dans une gouttière et se casser une patte pendant que des hommes autour d’elle la battent pour la forcer à rentrer dans le conteneur.

zabra iran
zabra iran © Observers

Cette vidéo montrant la scène de maltraitance d’un des zèbres a beaucoup circulé sur Telegram en Iran, le 4 mai.

Ces animaux étaient destinés au zoo de Safadasht qui avait fait l’acquisition de deux zèbres femelles et un zèbre mâle pour les élever en Iran et perpétuer cette espèce. Mais le projet s’est trouvé compromis lorsque le seul zèbre mâle est mort un jour après son arrivée au zoo. L’animal avait auparavant stationné pendant sept jours consécutifs à la douane de Bazargan. 

Après la diffusion de la vidéo montrant le zèbre femelle être maltraité, les réactions sur les réseaux sociaux iraniens ont été vives. Beaucoup ont critiqué les “personnes non qualifiées” en charge de ce transfert, ainsi que le “zoo de Safadasht” et même de façon générale les autorités politiques de la République islamique d'Iran pour leur manque d’empathie envers la cause animale.

Cette utilisatrice de Twitter s'énerve : "Ils ont emmené trois zèbres en Iran, ils en ont frappé deux et tué le dernier, et ça les fait rire, sont-ils humains ?"

Cet utilisateur de Twitter ironise en persan : “Un zèbre d'Afrique est mort ici après une semaine, pendant ce temps, je résiste ici [en Iran, NDLR] depuis 28 ans".

Zoo et douane iranienne se renvoient la balle

Depuis la publication de la vidéo, les responsables du zoo de Safadasht et les douanes iraniennes refusent d’endosser la responsabilité du décès d’un zèbre et la maltraitance du deuxième.

Sur leur compte Instagram, les responsables ont tout d’abord insulté les utilisateurs en colère qui les critiquaient, avant d’affirmer qu'ils avaient été piratés. Des captures d’écran des messages ont été effectuées par des utilisateurs.

Un groupe de gens stupides se déchirent car ils ont payé pour ces animaux. Je les ai achetés pour vous, des gens sans valeur. Toutes vos vies valent moins que ce que j'ai payé pour ces animaux.
Un groupe de gens stupides se déchirent car ils ont payé pour ces animaux. Je les ai achetés pour vous, des gens sans valeur. Toutes vos vies valent moins que ce que j'ai payé pour ces animaux. © .

Sur ce message posté par le compte Instagram du zoo de Safadasht, on peut lire en persan : “Un groupe de gens stupides se déchire car ils ont payé pour ces animaux. Je les ai achetés pour vous, des gens sans valeur. Toutes vos vies valent moins que ce que j'ai payé pour ces animaux."

Le 5 mai, Alireza Sharafi, le directeur du zoo, a accordé une interview à la télévision d'État iranienne et a affirmé que "des sans-abri et des 'agitateurs'” avaient battu les zèbres. Le mot “agitateur” est un terme régulièrement utilisé par la police iranienne pour désigner, notamment, les personnes opposées au régime. Il a également affirmé que la longue attente à la douane iranienne s'était soldée par la mort du zèbre mâle, et que ce dernier était mort avant d’arriver au zoo.

Malheureusement pour lui, le 7 mai, une nouvelle vidéo est apparue sur les réseaux sociaux montrant Alireza Sharafi lui-même maltraitant un des zèbres.

L'homme en t-shirt noir visible sur cette vidéo est Alireza Sharifi, le directeur du zoo de Safadasht, battant un zèbre. Vidéo publiée le 7 mai sur Telegram.

Depuis la révélation de cette nouvelle vidéo, aucune réaction n’a été publiée de la part du zoo de Safadasht.

De leur côté, les douanes iraniennes ont affirmé que les responsables du zoo n'avaient pas fait de demande officielle pour le transfert des zèbres et n'avaient pas rempli les formulaires nécessaires. Une affirmation que le zoo rejette.

Le département de l'Environnement des douanes iraniennes a annoncé une enquête sur la vidéo et la cause du décès.

“Il faudrait fermer tous les zoos en Iran”

Alireza Shahrdari est un expert iranien en écologie et militant des droits des animaux basé à Téhéran :

Il y a un protocole à observer pour le transfert et le déplacement des animaux. Visiblement, cela n’a été respecté ici. Si c’était le cas, les trois animaux n’auraient pas été abandonnés pendant aussi longtemps à la douane, et n’auraient pas été agités comme on le voit dans la vidéo.

Pour respecter ces protocoles, des personnes bien formées sont nécessaires. De toute évidence, ces hommes n’ont jamais eu de formation efficace : ils ont encerclé les animaux, les ont effrayés et finalement ils les ont battus. Ces hommes ne semblent pas avoir la moindre idée de la façon dont ils doivent s’y prendre.

Mais le péché originel est plus profond. Le zoo de Safadasht n'est pas un zoo qui respecte les normes minimales : ils n'ont pas de personnel qualifié, ils n'ont pas d'espace de base pour héberger les animaux… et pourtant le département de l'Environnement a émis une licence, pas seulement pour leur zoo, mais ils les ont également autorisés à importer des animaux.

Ce département est pourtant censé surveiller également le processus de transfert, ce qu'il n'a pas fait, du moins correctement.

La solution serait d’interdire l’achat de tout nouvel animal ainsi que les animaux reproducteurs

Ces zoos en Iran ont de l'argent pour acheter des animaux et le département de l'Environnement ferme les yeux. C’est d’autant plus choquant que ce zoo a tué d'autres animaux ces dernières années : une girafe en avril 2019, et un tigre en janvier 2020.

Mais pour être honnête, il n’existe pas un seul zoo qui respecte les règles minimales en Iran. La situation dans les zoos de Téhéran ou des environs n'est pas bonne, mais celle dans les contrées plus lointaines est littéralement horrible.

Cependant, leur fermeture totale et immédiate n'est pas une solution. Si le gouvernement les ferme soudainement, les animaux devraient être transférés dans un endroit adapté qui n'existe pas aujourd’hui. Donc la solution serait d’interdire l’achat de tout nouvel animal ainsi que des animaux reproducteurs, et de laisser les animaux déjà présents dans les zoos finir leur vie normalement. Si les zoos ne peuvent pas avoir de nouveaux animaux, cela signifiera à terme la fermeture progressive de leurs portes.