Afghanistan

Le “boucher de Kaboul” moqué pour avoir participé à une manifestation dans une cabine blindée

La cabine blindée dans laquelle Gulbuddin Hekmatyar a participé à la manifestation.
La cabine blindée dans laquelle Gulbuddin Hekmatyar a participé à la manifestation. © Facebook

Le leader du Parti de l’islam, Gulbuddin Hekmatyar, a organisé une manifestation contre le gouvernement afghan, le 2 avril à Kaboul. Mais elle n’a, de loin, pas réuni les millions de personnes qu’il annonçait, et lui a valu d’être la risée des réseaux sociaux parce qu’il a participé au défilé calfeutré dans une cabine pare-balles, de peur d’être attaqué.

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Seuls quelques centaines de personnes, uniquement des hommes, ont participé à la manifestation organisée par le Parti de l’islam, le 2 avril à Kaboul. Cette mobilisation a eu lieu pour demander la démission du gouvernement, la signature d’un accord de paix avec les Taliban en acceptant leurs conditions et la libération des prisonniers issus du parti, des promesses qui leur avaient été faites mais n’ont pas été tenues selon Gulbuddin Hekmatyar

Le leader islamiste aura surtout attiré l’attention par la façon dont il a participé à la manifestation. Il a pris la parole pour un discours d’une demi-heure, prononcé depuis une cabine blindée, surélevée, et diffusé par des haut-parleurs.

Il n’est pas rare en Afghanistan de voir des hommes politiques et des seigneurs de guerre circuler dans des véhicules blindés, mais c'est la première que ce genre de cabines est utilisé.

Des internautes se sont moqués de lui, notamment parce qu’entouré de dizaines de gardes du corps, il a déclaré pendant son discours : "Le Parti de l’islam est prêt à imposer la sécurité et la paix à la capitale", ou aussi : "Les gens dans l’Arg [le palais présidentiel] doivent savoir que ce sont eux qui ont peur de la mort, nous, nous sommes prêts au martyr".

Hekmatyar n’est pas vraiment un nouveau-venu dans le jeu politique afghan. Son groupe a été une des principales organisations qui a combattu l’intervention soviétique, dans les années 80. Dans les années 90, il a glané son surnom de "boucher de Kaboul" : après le départ des Soviétiques, son groupe a assiégé la capitale afghane, dans le cadre d’une lutte d’influence entre seigneurs de guerre, des affrontements qui ont fait 50 000 morts et causé de lourdes destructions à la ville. Opposé aux Taliban, il doit quitter Kaboul après leur prise de pouvoir en 1996. Après l’intervention américaine à partir de 2001, il s’exile au Pakistan puis revient en Afghanistan combattre aux côtés des Taliban cette fois.

En 2016, son groupe est le deuxième plus puissant du pays, et il signe un accord de paix avec le président afghan, Ashraf Ghani, et obtient que les sanctions des Nations unies à son encontre soient levées. Il est candidat en 2019 à l’élection présidentielle mais est battu.

Dans cette publication sur Facebook, un utilisateur se moque du leader islamiste en disant qu’il a demandé au pape de lui prêter sa voiture blindée pour la prochaine manifestation, et qu’il est soutenu par les services secrets pakistanais (ISI)
Dans cette publication sur Facebook, un utilisateur se moque du leader islamiste en disant qu’il a demandé au pape de lui prêter sa voiture blindée pour la prochaine manifestation, et qu’il est soutenu par les services secrets pakistanais (ISI) © .

 

 

"Il vient parler de parler de paix comme s’il l’avait toujours voulu" 

Ahmad (pseudonyme), activiste des droits de l’Homme à Kaboul, analyse :

D’un coté, je suis d’accord que Kaboul n’est pas du tout un endroit sûr, même pour des seigneurs de guerre comme Hekmatyar, soutenu par les Taliban. Il y a une vingtaine de groupes terroristes actifs à Kaboul, ça va de l’organisation État islamique à de plus petits groupes.

Mais de l’autre côté, je comprends très bien la réaction des gens. D’abord, beaucoup le haïssent parce qu’ils ont perdu quelqu’un dans les années 90 à cause de ses bombardements, et voilà qu’aujourd’hui il parle de paix comme s’il l’avait toujours voulue. Et il ment, prétendant pouvoir sécuriser la capitale alors que lui-même montre que sa sécurité n’est pas garantie. 

Une vidéo publiée par le Parti de l’islam montre également la cabine blindée de Hektamyar :