Incendie et fumée toxique causés par une fuite de pétrole sur un pipeline en Iran

Une fuite de pétrole sur un pipeline près du village de Sarkhun au sud de l’Iran a pris feu le 13 décembre, répandant une fumée noire dans les airs.
Une fuite de pétrole sur un pipeline près du village de Sarkhun au sud de l’Iran a pris feu le 13 décembre, répandant une fumée noire dans les airs. © Observers

Une fuite de pétrole d’un pipeline au sud de l’Iran a pris feu le 13 décembre, laissant s’échapper des colonnes de fumée noire toxique, hautes de plusieurs centaines de mètres. Le pipeline est situé près de Sarkhun, un petit village dans la province de Tchaharmahal et Bakhtiari. Nos Observateurs dans le village ont vécu avec ce risque pendant des années : ils savaient que le pipeline vieux de près de quarante ans pouvait partir en flammes à tout moment.

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Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent le village de Sarkhun, au milieu des montagnes, envahi par un grand nuage de fumée. On peut voir les habitants qui courent dans tous les sens en criant, rassemblant leurs proches, leurs affaires et leurs troupeaux.

La fuite de pétrole a commencé après un glissement de terrain, qui a endommagé le pipeline. Ce dernier achemine du pétrole brut depuis le sud de l’Iran jusqu’à la ville d’Ispahan au centre de l’Iran. Il passe à quelques douzaines de mètres à peine du village de Sarkhun.

Le feu s’est répandu autour du pipeline. Les pompiers ont pris deux jours pour éteindre complètement l’incendie. Le nettoyage des dégâts causés par la fuite de pétrole pourrait prendre encore des semaines, voire des mois, selon des experts consultés par France 24.

Dans cette vidéo ci-dessous, filmée le 13 décembre à Sarkhun, au sud de l’Iran, on peut voir une épaisse fumée se répandre depuis un incendie sur un vieux pipeline.

"C’est le cinquième incident dans les vingt dernières années"

Shahin (pseudonyme) habite à Sarkhun :

J’étais au travail ce jour-là. J’ai entendu dire que le pipeline avait été endommagé et que le pétrole se déversait dans la rivière. Après quelques heures, le pipeline a pris feu. Il y avait de la fumée partout. Je ne voyais rien. Je ne pouvais pas respirer. Heureusement, personne n’était juste à côté du pipeline à ce moment-là, mais des personnes ont été blessées après avoir inhalé de la fumée. La plupart des gens ont quitté le village dans les minutes qui ont suivi l’incident, sauf les personnes pauvres sans moyen de transport, ou les fermiers qui devaient s’occuper de leurs troupeaux.

Dans ce tweet, on peut lire : "le feu n’est toujours pas entièrement éteint le 14 décembre."

Cela a pris trois heures aux pompiers d’éteindre le feu près du pipeline, mais ils ont mis deux jours pour venir à bout des feux qui s’étaient répandus dans le flanc de la montagne. Le principal problème pour nous n’est pas le feu : c’est la fumée et l’odeur de pétrole. Tout est recouvert d’une couche de poussière collante : nos meubles, les murs de nos maisons, nos voitures, tout ce que vous pouvez imaginer.

On en retrouve sur nos récoltes, dans les champs, et même sur les vaches. Et nous ne pouvons pas boire l’eau chez nous, car la source a été polluée. Nos récoltes ont été détruites par la fuite de pétrole. Je ne sais pas combien de temps il faudra aux champs pour s’en remettre."

L’immense incendie et l’épaisse fumée ont pris certains habitants du village au dépourvu.

Les photos et les vidéos de l’incendie ont attiré l’attention sur notre village. Mais ce pipeline nous cause des soucis depuis des années. C’est la cinquième explosion que nous avons eu dans les vingt dernières années.

Le pipeline fuit depuis environ cinq ans – pas beaucoup, mais suffisamment pour mettre en faillite des entreprises en aval de la rivière. Des fermes piscicoles s’étaient établies là-bas, mais la pollution pétrolière les a forcées à fermer.

Nous voulons que les autorités déplacent le pipeline loin de la rivière et du village. Des milliers de personnes utilisent la rivière pour boire et irriguer les cultures. C’est dangereux pour la santé."

Cette vidéo publiée le 14 décembre 2020 montre des habitants, près du village de Sarkhun, qui observent des traces de pollution pétrolière dans la rivière de Sarkhun après la fuite de pétrole.

"Le mal est fait"

La rivière Sarkhun se jette dans la rivière Karun, source d’eau potable et d’irrigation pour des millions de personnes dans le sud-ouest de l’Iran.

Roham (pseudonyme) est un expert de l’environnement et des ressources en eau qui connaît bien la situation en Iran du sud. Il explique les effets que ce genre de fuites de pétrole peuvent avoir sur l’environnement et ses habitants :

Quand du pétrole brut se retrouve dans les sources d’eau, au début il coule, parce qu’il est lourd. Puis, il finit par remonter à la surface et se répandre sur des étendues importantes de l’eau.

Des habitants regardent les pompiers éteindre le pipeline en feu.

Selon certains chercheurs, le pétrole brut contient près de 300 substances cancérigènes. Donc lorsqu’il se retrouve dans des sources d’eau potable, cela peut mener à une catastrophe humaine.

Même si l’on arrive à trouver des sources alternatives d’eau potable pour les personnes qui vivent en aval de la rivière, ces poisons vont pénétrer les plantes et les légumes et seront ingérés par les humains et le bétail.

Le ministère iranien du Pétrole dispose certes d’absorbants efficaces pour le pétrole, mais il est impossible de nettoyer tout le pétrole qui s’est échappé. Le ministère pourra mesurer la qualité de l’eau et stopper la pollution au niveau du barrage de Karun-4. Mais il est situé 40 kilomètres en aval par rapport à Sarkhun. Des milliers de personnes vivent dans cette zone en amont du barrage.

Le pétrole s’est déjà répandu sur une vaste surface et le mal est fait. J’espère que cette fois, ils feront bien leur travail. Je pense que le pire reste à venir.

Certes, la dégradation du pipeline a été causée par un glissement de terrain, mais cette excuse n’est pas acceptable. Tout le monde dans la région sait que ce pipeline est vieux de 40 ans et a besoin d’être remplacé, mais le ministère du Pétrole s’en fiche."

Le gouvernement de la province de Tchaharmahal et Bakhtiari a annoncé le 16 décembre les mesures prises pour nettoyer la pollution et assurer la sécurité des citoyens. Neuf camions spécialement équipés pour le nettoyage ont été envoyés dans la zone. Khosrwi Kiani, chef du département de gestion de crise de la province, a affirmé que plus de 30 personnes travaillaient à nettoyer la pollution et distribuaient des "packs d’aide comprenant du lait, des masques et d’autres produits d’hygiène".

Ces mesures temporaires sont insuffisantes, selon certains activistes iraniens de l’environnement. Le 15 décembre, une ONG environnementale locale a intenté un procès contre le ministère du Pétrole, l’accusant de négligence dans l’entretien du pipeline.