Comment une vidéo mal utilisée a fait d'Hadis Najafi un symbole des femmes manifestant en Iran

Capture d'écran d'une vidéo présentée à tort comme montrant Hadis Najafi, une manifestante iranienne tuée à Karaj le 21 septembre.
Capture d'écran d'une vidéo présentée à tort comme montrant Hadis Najafi, une manifestante iranienne tuée à Karaj le 21 septembre. © Observers France 24 / DR

L’image était belle, une de ces vidéos qui devient le symbole d’un événement d’actualité. Mais elle a été utilisée à mauvais escient : depuis le 25 septembre, des dizaines de médias internationaux et de comptes ont publié la vidéo d’une femme iranienne refaisant son chignon avant d’aller affronter les forces de l’ordre, affirmant qu’il s’agissait d’Hadis Najafi, peu avant qu’elle ne soit tuée. C'est faux, mais la jeune fille a bien existé et perdu la vie dans les manifestations en Iran.

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C’est une vidéo qui montre une femme, de trois-quart ou de dos, ajuster son chignon puis s’élancer vers ce qui doit être la tête d’une des nombreuses manifestations qui ont en cours en Iran depuis le 16 septembre et la mort de Mahsa Amini, 22 ans, à la suite de son arrestation par la police des mœurs iranienne. 

La vidéo a été partagée sur Twitter le 25 septembre par Masih Alinejad, une activiste iranienne en exil, très survie, qui annonce : "Cette fille de 20 ans qui se préparait à prendre part aux manifestations contre le meurtre de Mahsa Amini a été tuée de six balles. Hadis Najafi, 20 ans, a été touchée à la poitrine, au visage et dans le cou de part des forces de sécurité de la République islamique d’Iran". La vidéo est suivie d’autres images, censées également montrer Hadis Najafi de son vivant.  

tweet de masih Alinejad publiant un montage video disant montrer hadis najafi. Mais le premier extrait montre une autre manifestante.

Rapidement, la vidéo de la jeune femme de dos, attachant ses cheveux, est reprise par des dizaines de médias et de comptes, qui la présentent comme Hadis Najafi. Elle a tout pour devenir symbolique du mouvement de protestation que connait l’Iran, auquel les femmes prennent largement part, certaines ôtant ou brulant leur voile publiquement. Cette vidéo permet de faire incarner le mouvement par une deuxième femme, après Mahsa Amini. 

La femme de la vidéo du chignon s'identifie

Mais le 26 septembre, la BBC Persian affirme avoir été contactée par une femme qui dit être celle de la vidéo du chignon. Pour prouver son identité, elle leur envoie notamment une vidéo où elle refait le même geste.

Radio Zamaneh, un média persanophone basée aux Pays-Bas, a contacté un membre de la famille d’Hadis Najafi, qui a expliqué qu’elle avait des similitudes physiques avec la femme qui refait son chignon. Radio Zamaneh dit aussi avoir parlé à la sœur aînée d'Hadis Najafi, Shirin Najafi. Elle a déclaré que des amis avaient envoyé à la famille Najafi la vidéo du chignon. La famille s'est elle-même méprise, déclarant d’abord aux médias qu’il s’agissait bien d'Hadis, tant la femme au chignon lui ressemblait. Les proches de la victime ont réalisé leur erreur lorsque la vraie femme s'est identifiée auprès de la BBC, a déclaré la sœur.

Vingt balles de chevrotine 

Car mis à part cette vidéo mal utilisée, l’histoire d’Hadis Najafi est vraie. Cette femme, âgée de 22 ans, a bien été tuée après avoir reçu au moins 20 balles de chevrotine dans la poitrine, le visage et le cou lors d’une manifestation à Karaj le 21 septembre, selon Radio Zamaneh. Le média a publié également le certificat de décès de la jeune femme et des photos de ses blessures. Son nom figure par ailleurs dans une liste de victimes publiée par Amnesty International. Sa famille a également confirmé sa mort à la BBC Persian le 26 septembre. 

Capture d'écran du certificat de décès de Hadis Najafi, posté en story sur Instagram par sa sœur.
Capture d'écran du certificat de décès de Hadis Najafi, posté en story sur Instagram par sa sœur. © Instagram

"Son visage et son corps ont été touchés par plus de 20 plombs de chasse, au-dessus de ses yeux, au-dessus et au-dessous de sa bouche, sur son cou et tout autour de sa poitrine", a déclaré un des membres de sa famille à Radio Zamaneh. "Lorsque la famille a ouvert le cercueil pour l'enterrement, elle a vu que son corps était plein de trous", a-t-il ajouté. Il a ajouté que les autorités avaient remis le corps à la famille vendredi 23 septembre, après avoir fait pression sur elle pour qu'elle dise que sa mort était de cause naturelle. 

Sur Instagram, Shirin Najafi a relayé des images de l’enterrement et son certificat de décès de sa sœur. 

D’autres images qui circulent affirmant montrer Hadis Najafi de son vivant sont par ailleurs exactes. C’est le cas des deux vidéos qui font suite à la vidéo du chignon dans le montage diffusé par Masih Alinejad. Sur son compte TikTok, Hadis Najafi publiait des vidéos d’elle pleine de vie, dansant et chantant.