INTOX

Comment repérer les faux tweets qui se font passer pour des médias ?

Deux exemples de tweets fabriqués. A droite un faux tweet de la BBC. à gauche : Un faux compte Twitter de CNN (en haut) ; une capture d’écran manipulée d’un tweet de RFI.
Deux exemples de tweets fabriqués. A droite un faux tweet de la BBC. à gauche : Un faux compte Twitter de CNN (en haut) ; une capture d’écran manipulée d’un tweet de RFI. © Les Observateurs de France 24

Les fausses publications Twitter, qui se font passer pour des médias pour diffuser des intox, sont de plus en plus nombreuses sur le réseau à l’oiseau bleu. Comment déceler les petits détails qui trahissent ces usurpateurs ? La rédaction des Observateurs a passé en revue plusieurs cas de figure de faux tweets de médias, pour vous aider à les détecter. 

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Sur Twitter, de plus en plus de publications diffusent des fausses informations en faisant croire qu’elles ont été publiées par des médias fiables et vérifiés. La BBC et CNN en ont notamment fait les frais à plusieurs reprises depuis le début du conflit ukrainien.

Il existe toutefois des techniques pour les repérer.

Imiter le nom d’utilisateur du média

Quand on se retrouve face à un tweet suspect, le premier réflexe est de vérifier si l’auteur de cette publication est bien celui qu’il prétend être. 

Il faut donc se concentrer sur le nom d’utilisateur de celui qui publie le tweet : a priori, tous les médias portent ce qu’on appelle une certification, représentée par un petit badge bleu “approuvé” à côté du nom d’utilisateur. Ce badge bleu (ou blanc selon la version de Twitter que vous utilisez) signifie que le compte a validé un processus de vérification avec Twitter, qui certifie son authenticité.

En février dernier, des comptes Twitter se sont ainsi fait passer pour des comptes affiliés à la chaîne américaine CNN, et ont relayé de fausses informations. 

Ils ont emprunté le logo de la chaîne d’information, et créé des noms d’utilisateurs qui imitent ceux des comptes Twitter de CNN : @CNNUKR et @CNNAfghan se sont passés respectivement pour les déclinaisons Ukraine et Afghanistan de la chaîne américaine, pour diffuser une rumeur infondée faisant état de la mort d’un journaliste américain en Ukraine. 

Capture d'écran de tweets mensongers via des comptes qui se font passer pour CNN. L’individu sur la photo s'appelle en réalité Jordie Jordan, un youtubeur américain.
Capture d'écran de tweets mensongers via des comptes qui se font passer pour CNN. L’individu sur la photo s'appelle en réalité Jordie Jordan, un youtubeur américain. © Les Observateurs de France 24

Ces deux comptes ne portent pas la certification Twitter, contrairement aux comptes officiels de CNN, tels que @CNN ou encore @cnnphilippines. CNN a, par ailleurs, signalé ces deux comptes, qui ont été suspendus depuis (lire l’article de nos confrères de l’AFP ici)

Il faut donc avoir le réflexe de se méfier et de vérifier un compte Twitter qui prétend être celui d’un média sans avoir la certification Twitter. Attention, certains comptes ajoutent l’emoji “✔️” ou "✅" pour faire croire qu’il s’agit d’un compte certifié. Le badge de certification doit être en forme de médaillon et positionné à côté du nom d’utilisateur. Il est bleu ou blanc selon votre version de Twitter (sombre ou clair). 

En l’absence de cette certification, il faut alors être plus prudent. Pour autant, cela ne signifie pas que le compte en question est une usurpation : il peut s’agir d’un média à faible audience, d’un  jeune média qui n’a pas encore effectué la démarche de certification.

Manipulation graphique d’un tweet

La plupart des “faux tweets” qui circulent se présentent sous la forme d’une capture d’écran manipulée. 

Il existe plusieurs méthodes, à la portée de tous, pour créer des tweets fallacieux, parfois très réalistes.

Certains tweets sont modifiés via un logiciel de photomontage. On peut repérer ces faux tweets, si l’on inspecte attentivement la police et le nombre de caractères utilisés, car souvent elles ne correspondent pas aux normes de Twitter.

On peut le constater par exemple sur cette capture d’écran d’un tweet faussement attribué à la BBC au sujet d’Emmanuel Macron, qui annoncerait la venue de “60 millions de réfugiés en Europe”.  

version archivée du tweet.

En regardant de plus près, on observe que le texte est détouré avec une couleur qui n’est pas identique à celle de l’arrière-plan. En plus, le nombre de caractères utilisé dépasse les 280 autorisés par Twitter.

En remontant le fil Twitter de la BBC, nous avons en outre retrouvé un tweet de la chaîne britannique avec une image similaire et diffusée à la même heure, mais dont le contenu ne portait pas du tout sur les réfugiés, comme on peut le voir ci-dessous.  

Comparaison des deux tweets
Comparaison des deux tweets © Les Observateurs de France 24

La BBC a par ailleurs démenti. (Voir notre vérification complète ici).

Autre exemple avec ce tweet faussement attribué à CNN au sujet d’un supposé document secret chinois qui prédirait la chute de l’Occident à cause du multiculturalisme. 

Fausse capture d'écran qui a circulé sur Twitter,
Fausse capture d'écran qui a circulé sur Twitter, © Les Observateurs de France 24

version archivée d'un tweet comprenant la capture d'écran

On retrouve bien le logo “certifié” et le nom d’utilisateur de CNN, mais - outre le fait que le texte est détouré avec un fond légèrement gris -  le nombre de caractères utilisé, 302, dépasse la limite de 280 autorisée sur Twitter.

Codes source modifiés

Au-delà du photomontage, il existe d’autres méthodes à portée de clic qui permettent de fabriquer des faux tweets de médias. 

Il est ainsi possible de changer le texte d’un tweet en modifiant le code source de la page. Cela permet de changer le contenu d’une page sur son écran, mais on ne peut pas enregistrer ces modifications. 

Une fois le texte du tweet modifié, les usurpateurs effectuent une capture d’écran de la publication, qu’ils diffusent ensuite sur les réseaux sociaux. Le tweet modifié paraît alors réaliste. 

Exemple ci-dessous avec la modification du code d’une publication du compte Twitter Info ou Intox (@InfoIntoxF24), de la rédaction des Observateurs. 

A gauche, le tweet original du compte Info ou Intox :  “Vous êtes désormais 20 000 à nous suivre…”. A droite, le même tweet après modification du code source. “Vous pouvez modifier le texte” lit-on sur cette version manipulée. Cette version manipulée ne modifie pas le tweet original, mais les usurpateurs effectuent un capture d’écran qu’ils diffusent ensuite sur les réseaux sociaux.
A gauche, le tweet original du compte Info ou Intox : “Vous êtes désormais 20 000 à nous suivre…”. A droite, le même tweet après modification du code source. “Vous pouvez modifier le texte” lit-on sur cette version manipulée. Cette version manipulée ne modifie pas le tweet original, mais les usurpateurs effectuent un capture d’écran qu’ils diffusent ensuite sur les réseaux sociaux. © Les Observateurs de France 24

En outre, il existe des sites internet qui permettent de générer des tweets, où l’on peut mettre un nom d’utilisateur, une photo de profil, choisir l’heure du tweet, et même ajouter une certification. On ne peut pas diffuser directement ces publication sur Twitter, il est en revanche possible d’en faire une capture d’écran. 

Comment vérifier ?

Plusieurs éléments permettent de déceler les tweets fallacieux. On peut commencer par vérifier si le tweet dont on suspecte l'authenticité apparaît sur le compte Twitter du média censé l'avoir publié, ou non. 

Prenons l’exemple de ce tweet attribué à la BBC qui a circulé fin mai sur Twitter (image ci-dessous). 

Tweet partageant un tweet fabriqué
Tweet partageant un tweet fabriqué © Les Observateurs de France 24

Sur la capture d’écran, la certification est visible, et le nom d’utilisateur correspond bien à celui d’une page Twitter BBC officielle : “@BBCWorld”. Pour savoir si la chaîne a publié un tel tweet, on peut faire une recherche avec des mots-clés qui apparaissent dans le tweet, via ce qu’on appelle des “opérateurs de recherche avancée” sur Twitter.  

Dans la barre de recherche Twitter, on peut par exemple taper : [“Saudi” AND “Pride” (from:BBCWorld)]. Le “AND” indique que l’on va rechercher tous les tweets où les deux mots-clés apparaissent à la suite. Le (from:BBCWorld) indique qu’on effectue la recherche uniquement sur le compte Twitter de la BBC. 

Capture d'écran montrant le résultat de la recherche  via Twitter
Capture d'écran montrant le résultat de la recherche via Twitter © Les Observateurs de France 24

On constate qu’aucun tweet utilisant ces deux mots-clés à la suite n’apparaît à l’issue de cette recherche sur Twitter. En utilisant la même méthode, il est possible de retrouver tous les tweets qui mentionnent l’Arabie saoudite sur le compte Twitter de la BBC. Aucune publication de la chaîne britannique sur l’Arabie saoudite n'évoque “un mois des fiertés" dans le royaume wahhabite.

On peut également remonter le fil Twitter de la BBC, à la date et à l’heure qui apparaissent sur le tweet qu’on souhaite vérifier, pour savoir s’il a vraiment été publié par le compte du média britannique.

Et si la BBC avait bien publié ce tweet et l’avait supprimé par la suite ? On l’aurait su, car un tweet supprimé peut laisser des traces. En tout cas dans le cas de ce tweet attribué faussement à la BBC au sujet du prince hériter saoudien. En effet, on peut voir sur la capture d'écran qu'il est indiqué “834 tweets cités” sous le tweet. En faisant une recherche avancée “@BBCworld” en date du 22 mai, on devrait donc trouver à la date de publication du tweet la mention “tweet supprimé” dans les tweets qui auraient pu interagir avec celui-ci. Il n’y en a aucun. 

Il est également possible de vérifier sur l’outil d’archivage “Waybackmachine” les différentes versions de la page Twitter à partir de l’heure de publication présumée du tweet – à condition qu’elles aient été archivées. 

Conclusion

Voici les reflexes à avoir pour vérifier l'authenticité d’un tweet censé avoir été diffusé par un média : 

  • Vérifier si le compte auteur du tweet est doté du badge de certification Twitter.

  • Vérifier si le compte est authentique, c’est-à-dire s’il appartient réellement au média en question.
  • Quand il s'agit d'une capture d'écran : vérifier si le nombre de caractères correspond aux normes de Twitter et si le graphisme est bien celui d'un vrai tweet (police d'écriture, couleur, détourage apparent...).
  • Rechercher dans l’historique Twitter du média pour savoir si celui-ci a vraiment publié le tweet que vous êtes en train de vérifier. 

Si vous souhaitez en savoir davantage sur les techniques de vérification des contenus sur les réseaux sociaux, n’hésitez pas à consulter le guide de vérification disponible sur le site des Observateurs de France 24.