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Non, ce panneau n’indique pas que le burkini est interdit dans toutes les piscines au Maroc

Cette photo d'une pancarte verte interdisant l'usage du burkini au Maroc circule sur Twitter. Contrairement à ce que sous-entendent les internautes, elle est seulement utilisée dans certains établissements privés.
Cette photo d'une pancarte verte interdisant l'usage du burkini au Maroc circule sur Twitter. Contrairement à ce que sous-entendent les internautes, elle est seulement utilisée dans certains établissements privés. © Observateurs

Des internautes relaient la photo d’un panneau interdisant le burkini qui serait visible devant les piscines marocaines. L’image, qui a déjà suscité la polémique il y a cinq ans, circule en fait depuis 2014. Si la pancarte est authentique et la photo bien prise au Maroc, cette interdiction ne s’applique que dans certains établissements privés et fait débat dans le pays.

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La photo de cette affiche verte indiquant “burkini interdits” en anglais, arabe et français au-dessus de la silhouette barrée d’une femme portant le fameux maillot de bain qui couvre l’ensemble du corps et de la tête porté par certaines musulmanes, circule depuis quelques semaines sur Twitter. 

“Voilà la règle à l’entrée des piscines au Maroc” avance par exemple un tweet du 3 juillet partagé plus de mille fois, notamment par l’essayiste français Raphaël Enthoven qui ironise : “qui osera dénoncer l'islamophobie d’État et le racisme systémique du Maroc.”

L’interdiction du burkini serait généralisée au Maroc à en croire les dizaines de comptes francophones qui relayent l’image depuis la mi-juin, amassant des centaines de mentions “j’aime” et de retweets. “Au Maroc le #burkini est interdit dans les piscines ! Pourquoi vouloir autoriser ses horribles accoutrements en France ?” (sic) note par exemple l’un deux. La mention des “piscines” disparaît même parfois dans certains tweets :  “Je pose ça là, au #Maroc il est interdit le #burkini”relate un tweet du 1er juillet dernier.

En faisant une recherche inversée d’image de la photo (voir ici comment procéder), on retrouve de nombreux articles et tweets remontant à l’été 2016. La France est à l’époque agitée par le débat autour du burkini sur les plages publiques : à Cannes, Villeneuve-Loubet, Nice...plusieurs maires français interdisent le maillot intégral sur les plages, une décision par la suite invalidée par le Conseil d’État. Plusieurs internautes reprennent alors le cliché de ce panneau vert en avançant que le “Maroc interdit le burkini”. Une information fausse, démentie à l’époque par le journal Libération qui rappelle alors dans sa rubrique “Désintox” qu'”aucune loi au Maroc, ni décision au niveau municipal, n’interdit le burkini sur la plage”. Car l'interdiction inscrite sur ce type d’affiche est en fait limitée à certains complexes aquatiques ou hôteliers qui mettent en avant des raisons d’hygiène et de sécurité. Des établissements privés avec leur propre règlement.

En poursuivant les recherches d’images inversées, on retrouve différentes photos de la même affiche : devant un arbre par exemple ou en version PDF. Une photo avec un cadrage plus resserré apparaît d’ailleurs sur le web dès 2014. Elle illustrait alors des articles de médias marocains écrits dans la foulée d’une polémique autour d’une femme s’étant vu refuser l’accès à la piscine d’un hôtel dans la ville d’ El Jadida. L’épisode avait même poussé un député à alerter le ministre du Tourisme de l’époque pour dénoncer “une ingérence inacceptable dans la liberté des personnes et de leurs croyances.”

À en croire plusieurs publications sur le sujet (comme cet article du quotidien régional Dernières Nouvelles d’Alsace, cette publication Facebook du parc aquatique français “la baie des pirates” ou encore ce poste sur un forum francophone) la pancarte se trouverait à l’entrée de certaines piscines à Marrakech, notamment dans le parc aquatique Oasiria, au sud de la ville.

On retrouve effectivement des affiches quasi-identiques sur des photos de 2019 de l’entrée du parc visible accessibles sur Google maps ou encore sur cette page de leur site internet. Sur ce cliché de 2017 laissé par un internaute sur Google map, on reconnaît même le muret de la photo initiale avec un autre point de vue. Seule différence sur toutes ces images : il est indiqué  “accès attraction”, et non plus “accès piscine”, comme sur la photo que l’on voit circuler sur Twitter.

Une interdiction en place dans plusieurs établissements privés marocains 

Contacté, le parc confirme en outre à la rédaction des Observateurs de France 24 que l’interdiction est toujours bien en place à ce jour. La FAQ du site précise ainsi : “le burkini n’est pas autorisé au sein du parc pour des raisons d’hygiène et de sécurité", tout en soulignant qu’il existe une piscine proposant des horaires réservés aux femmes.

Le parc détaille notamment les raisons de cette interdiction le 30 juin 2018 sur TripAdvisor dans une réponse au commentaire d’une cliente agacée de ne pas pouvoir venir en burkini : 

“Songez que dans la plupart des piscines publiques de la planète, le short de bain est interdit pour des raisons d'hygiène... Un vêtement couvrant tout le corps est donc tout simplement incompatible avec l'exigence très stricte qui est la nôtre en matière de propreté de l'eau. Enfin, ce vêtement glisse très mal dans les toboggans, provoquant des embouteillages et parfois des accidents. Il n'y a donc là aucune discrimination, mais la volonté de notre part d'assurer une haute qualité de service pour tous.”

D’autres parcs aquatiques marocains, ainsi que des piscines privées, ont adopté des règles similaires, comme le Tamaris Aquaparc de Casablanca, le plus grand parc du Maroc, comme le raconte par exemple cet article de Jeune Afrique datant de 2016. On peut d’ailleurs les  identifier grâce aux commentaires et photos de panneaux prohibant le bikini de clients agacés sur Trip Advisor, comme ici ou encore ici pour Oasiria. 

Cette interdiction est donc limitée à certains complexes touristiques et piscines privées, et non généralisée à tout le Maroc, comme le sous-entendent nombre de publications qui relayent l’image. Ce n’est en outre pas tout à fait le même cas de figure qu’en France, où des élus voulaient restreindre l’accès à un lieu public, comme la plage. 

La réémergence de la photo du panneau sur les réseaux sociaux en 2021 intervient  après une lettre rendue publique, le 18 juin, du maire écologiste de Grenoble, Éric Piolle, au Premier ministre, Jean Castex, qui, sans nommer explicitement le burkini, réclame une clarification nationale des règles en vigueur sur les interdictions des tenues dans les piscines, soulignant notamment que “des instances nationales et internationales confirment que seules l'hygiène et la sécurité justifient l'interdiction d'une tenue de piscine.”

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