Des dons de sperme réservés aux Aryens ? Pourquoi peut-on douter de cette affiche ukrainienne

Plusieurs éléments indiquent que cette affiche présentée comme émanant d’une clinique ukrainienne n'est pas authentique.
Plusieurs éléments indiquent que cette affiche présentée comme émanant d’une clinique ukrainienne n'est pas authentique. © Observateurs

Depuis le 4 octobre 2022, plusieurs comptes pro-russes prétendent, en s’appuyant sur une affiche émanant prétendument d’une clinique ukrainienne, que celle-ci n’accepte que les dons de gamètes "d'Aryens ukrainiens purs qui n'ont pas de parents en Russie". Photo ancienne, démenti de la clinique concernée : plusieurs indices indiquent que cette affiche n’est probablement pas authentique.

Publicité

La vérification en bref

  • Depuis le 4 octobre 2022, des comptes pro-russes partagent des images d’une affiche par laquelle une clinique de Kiev en Ukraine annoncerait n’accepter que les "biomatériaux d’Ukrainiens de sang pur qui n’ont aucun parent en Russie".
  • Cette affiche est utilisée pour appuyer l’idée selon laquelle l’Ukraine serait acquise à l’idéologie nazie.
  • Plusieurs éléments peuvent cependant faire douter de son authenticité.
  • L’affiche utilise une photo ancienne, datant de 2019 et tirée d’un tout autre contexte puisqu’elle montre deux footballeurs d’origine brésilienne jouant pour l’équipe d’Ukraine.
  • La clinique en question a, en outre, démenti être à l’origine de cette affiche. 

 

Le détail de la vérification

"Chers visiteurs, à partir du 1er octobre 2022, la 'Clinique Dakhno' accepte les biomatériaux d'Ukrainiens de sang pur qui n'ont aucun parent en Russie. Merci de votre compréhension. Gloire à l'Ukraine !" Voilà ce qu’on peut lire, en ukrainien, sur une affiche dont la photo est partagée par divers comptes Twitter depuis le 4 octobre 2022. Selon ces comptes, celle-ci émanerait d’une clinique de médecine reproductive de Kiev.

Cette affiche est ainsi utilisée pour agiter le spectre d’une Ukraine qui serait acquise à l’idéologie nazie.

"Pas de nazisme en Ukraine", commente par exemple ironiquement, en anglais, Maria Dubovikova, une analyste et conseillère politique russe qui se fait régulièrement le relais de contenus de désinformation pro-russe. Sa publication a été retweetée plus de 280 fois, y compris par des officiels russes, comme le premier représentant russe à l’ONU, Dmitry Polyanskiy.

"Néo-nazis #Les banques de sperme ukrainiennes n'accepteront que de la semence biologique provenant d'Aryens ukrainiens purs qui n'ont pas de parents en #Russie", écrit pour sa part ce compte Twitter français pro-russe, en légende d’une vidéo montrant cette affiche et visionnée plus de 4 000 fois.

Capture d’écran d’une publication Twitter du 5 octobre 2022, partageant une vidéo de cette affiche.
Capture d’écran d’une publication Twitter du 5 octobre 2022, partageant une vidéo de cette affiche. © Observateurs

Plusieurs indices permettent cependant de douter du fait que cette affiche ait réellement émané de l’Institut de médecine reproductive Dakhno de Kiev (IRM), comme l’affirment ces comptes.

Certes on distingue, en bas à droite de l’affiche, le logo de cet institut, qui lui donne un air officiel.

Mais l’image utilisée est issue d’un tout autre contexte. Grâce à une recherche d’images inversées sur le moteur de recherche russe Yandex (voir ici comment procéder), on peut retrouver son origine.

Il s’agit pour cela de rogner l’image de l’affiche pour ne garder que la photo des deux hommes. On retrouve alors cette photo dans divers articles. L’un d’eux, publié par le site de l’émission de télévision ukrainienne TSN, date du 16 mai 2019. Il se fait l’écho d’une photo partagée par le Shakhtar Donetsk, club de football de la ville ukrainienne de Donetsk, à l’occasion du jour de la Vyshyvanka, une fête qui célèbre la tradition des chemises brodées ukrainiennes.

"Le club a publié une photo de Marlos et Junior Moraes portant des chemises brodées sur les réseaux sociaux", explique l’article de TSN. Originaires du Brésil, ces deux joueurs de football naturalisés ukrainiens ont joué pour le Shakhtar Donetsk, mais aussi pour l’équipe nationale d’Ukraine.

On peut en effet retrouver la photo visible sur l’affiche partagée ces derniers jours dans un tweet du 16 mai 2019 du club ukrainien. "Une tenue d'entraînement spéciale pour un jour spécial. Bonne fête de Vyshyvanka !", peut-on lire en légende de la publication.

Recherche Yandex permettant de retrouver le tweet du Shakhtar Donetsk incluant la photo d’origine de l’affiche.
Recherche Yandex permettant de retrouver le tweet du Shakhtar Donetsk incluant la photo d’origine de l’affiche. © Observateurs

La mise en place d’une telle politique a par ailleurs été démentie par l’Institut de médecine reproductive de Kiev, comme on peut le lire sur son site internet. "C'est difficile à croire, mais la propagande russe a même atteint le domaine de la médecine reproductive", écrit l’institut.

"Nous vous rappelons que la principale valeur de la clinique Dakhno est que le plus de familles possible vivent le bonheur de la parentalité. Nous adoptons une approche très responsable dans la sélection des donneurs et vérifions que leurs indicateurs médicaux sont conformes à l'arrêté 787 du ministère de la Santé du 09/09/13, mais en aucun cas nous ne discriminons nos donneurs pour leur origine", a également fait savoir la clinique.

Ces éléments portent donc à croire que cette affiche serait un photomontage réalisé à partir d’une image sortie de son contexte, à laquelle on aurait ajouté un logo et un message ne reposant sur aucune politique réelle. Celle-ci permettrait ainsi d’alimenter un peu plus la rhétorique d’une "Ukraine nazie".

La prétendue "dénazification" de l’Ukraine étant l’un des arguments utilisés par Vladimir Poutine pour justifier la guerre déclenchée en Ukraine, les comptes pro-russes utilisent régulièrement des faux contenus pour tenter d’associer Ukraine et idéologie nazie. La rédaction des Observateurs s’était d’ailleurs déjà penchée sur certains de ces contenus.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS :  Des enfants ukrainiens chantant un hymne nazi ? Non, un titre néerlandais adapté d’une chanson bretonne

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Un prisonnier ukrainien aux tatouages nazis ? La nouvelle intox pro-russe

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Non, ces individus couverts de tatouages nazis ne sont pas des réfugiés ukrainiens