Ukraine : que sait-on des mines "papillon" disséminées dans les rues de Donetsk ?

Une vidéo partagée sur Twitter le 31 juillet 2022 montre des mines PFM-1, connues sous le nom de mines "papillon", dans les rues de l'oblast de Donetsk, occupé par la Russie.
Une vidéo partagée sur Twitter le 31 juillet 2022 montre des mines PFM-1, connues sous le nom de mines "papillon", dans les rues de l'oblast de Donetsk, occupé par la Russie. © Twitter / JayInKyiv

Fin juillet, de nombreuses photos et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont permis de documenter la présence de mines PFM-1, connues sous le nom de mines "papillon", dans les rues de l'oblast de Donetsk, situé dans l’est de l’Ukraine et occupé par la Russie. Ces mines, difficiles à repérer au sol, explosent très rapidement au contact. La Russie et l’Ukraine se rejettent mutuellement la responsabilité de l’utilisation de ces mines antipersonnel. 

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Les mines PFM-1, également appelées mines "perroquet" ou mines "papillon", sont de petites mines antipersonnel explosives généralement dispersées en grand nombre dans une zone de guerre. Elles sont destinées à exploser plus tard, lors d’un contact avec la mine. 

Très controversées, ces mines sont interdites au niveau international en vertu du traité d’Ottawa de 1997, signé par l’Ukraine, mais pas par la Russie. Selon plusieurs experts militaires, l'utilisation des PFM-1 viole également la Convention de Genève

Les Soviétiques ont notamment répandu des mines PFM-1 pendant la guerre d’Afghanistan, tuant de nombreux civils. Elles pouvaient notamment être ramassées par des enfants en raison de leur forme inhabituelle et leur petite taille. Or, ces mines réagissent à la pression et peuvent exploser par simple manipulation. 

L’Ukraine et la Russie se rejettent mutuellement la responsabilité de l’utilisation de ces mines. Certains médias ukrainiens affirment que la Russie a dispersé ces mines dans la région de Kharkiv dès la fin du mois de février. En juillet, les accusations se sont tournées vers l’Ukraine : sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes affirment que ces mines retrouvées dans les zones de Donetsk, contrôlées par les séparatistes pro-russes, auraient été dispersées par l'armée ukrainienne.  

Une vidéo partagée sur Twitter le 31 juillet 2022 montre des mines PFM-1 sur le bord d’une route à Donetsk.
Des photos publiées le 1er août 2022 montrent des mines PFM-1 dans les rues de Donetsk.

"Ces mines sont conçues pour être répandues en grand nombre"

Mark Hiznay est directeur associé de la division armes de l’organisation Human Rights Watch qui suit l’utilisation des mines terrestres depuis le début du conflit en Ukraine. 

Ces mines sont conçues pour être répandues en grand nombre et ainsi interdire d’accès une zone à un adversaire. Il existe plusieurs façons de les acheminer sur les champs de bataille, soit à proximité immédiate, soit à plus longue distance, par exemple par avion. Les systèmes de dispersion sont nombreux : cela peut être via des "distributeurs" portés par des soldats individuels, elles peuvent être tirées au mortier ou par des lanceurs montés sur des véhicules ou des avions et des hélicoptères. Elles peuvent encore être lancées par des tirs de roquettes et d'artillerie. 

Les Russes ont généralement utilisé les mines pour couper toute possibilité de retraite à l’adversaire, pour lui faire payer un lourd tribut, afin de se déplacer dans une zone. Ils ont utilisé ces mines en Afghanistan et en Tchétchénie sur des routes où des troupes se retiraient, pour les ralentir ou les arrêter. 

Ces mines sont particulièrement controversées en raison de leur utilisation en grand nombre. En général, quand on en trouve une, on en trouve plusieurs. 

Elles sont généralement dispersées de manière aléatoire. Leur couleur les aide à se fondre dans le décor, comme au milieu des feuilles tombées des arbres. Et elles ont des formes étranges qui peuvent inviter les gens à les ramasser. Mais elles sont très sensibles aux manipulations et peuvent exploser dès qu’on les ramasse.

Malgré le danger des mines PFM-1, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des civils les manipuler, ou jeter dessus des pneus pour tenter de les faire exploser. Selon Mark Hiznay, ces mines sont hermétiquement fermées et la détonation est l’un des seuls moyens de s’en débarrasser, mais cette méthode comporte des risques. 

Une vidéo publiée sur Twitter le 13 août 2022 montre des habitants de Donetsk jeter des mines "papillon" dans la rue pour les faire exploser.
Une vidéo publiée sur Twitter le 28 juillet 2022 montre un soldat ukrainien faire exploser une mine PFM-1 en jetant un parpaing dessus.

"Voir des mines antipersonnel de manière isolée est très suspect et n'est pas normal"

En Ukraine, nous avons vu ces mines dès le premier jour de l’invasion russe. Nous avons également vu des vidéos montrant des civils lancer des pneus dessus ou tirer dessus, les mettre dans leur sac : tous ces comportements sont dangereux. 

Sur certaines photos et vidéos, une seule mine "papillon" apparaît au sol. Pour l'expert, ces images pourraient être manipulées car ces mines sont généralement dispersées en nombre :

Ce qui nous a intrigués, c’est quand il n’y a qu’une seule mine. C’est peu probable car un lance-roquettes en envoie généralement 312. Un camion peut en distribuer jusqu’à 11 000. Donc voir des mines isolées est très suspect et n’est pas normal. Habituellement, avec les mines terrestres, quand on en voit une, on sait qu’il y en a beaucoup plus. 

Une vidéo publiée sur Twitter le 30 juillet 2022 montre une mine "pétale" isolée dans une rue de Donetsk.

Qui est responsable de la dispersion des mines ?

L’Ukraine comme la Russie possèdent des stocks de mines PFM-1

L’Ukraine a commencé à détruire son stock de plus de 6 millions de mines "papillon" après être devenue membre à part entière de la Convention d'Ottawa en 2006. Ce processus s’est avéré très difficile en raison des risques qu’il comporte. Le pays possède encore environ 3,3 millions de mines dans des stocks contrôlés

De son côté, la Russie possède des mines terrestres, qu’elles considèrent comme "un moyen efficace d'assurer la sécurité des frontières". Dans un article le 15 mars, le média allemand Deutsche Welle précise que les premiers rapports sur l’utilisation des mines "papillon" par la Russie à Kharkiv ne comprenaient pas de preuves en image. Toutefois, dans son rapport, Human Rights Watch a trouvé d’autres preuves confirmant l’utilisation par la Russie "d'au moins sept types de mines antipersonnel dans au moins quatre régions d'Ukraine" depuis le 24 février 2022. 

Selon les autorités ukrainiennes, jusqu’à 160 000 kilomètres carrés dans le pays pourraient être contaminés par des mines terrestres non explosées.

Human Rights Watch ne dispose à ce jour pas de preuve de l’utilisation de ces mines par l’Ukraine.

Mark Hiznay poursuit : 

Il y avait déjà eu des allégations [concernant l’utilisation de mines, NDLR]. Cela a commencé dès le début du conflit et maintenant il y a des images montrant les mines qui ont été identifiées. Cela a suscité des débats plus intenses [fin juillet, NDLR], avec des prises de parole de diplomates russes. Il y a eu un effort concerté pour avancer que les Ukrainiens les utilisaient dans la ville de Donetsk. 

Il y a peu de chances de déterminer avec certitude qui a placé les mines qui ont été photographiées à Donetsk. La priorité dans la région est de déminer. Or, le déminage peut rendre difficile l’identification de numéros de série et d’information de fabrication qui pourraient indiquer d’où viennent ces mines. 

Le 9 août, les États-Unis ont alloué 89 millions de dollars aux ONG ukrainiennes pour les aider à enlever les mines antipersonnel répandues depuis le début du conflit.