Intox

Non, ces individus couverts de tatouages nazis ne sont pas des réfugiés ukrainiens

Des publications affirment que les deux hommes tatoués sur cette photo sont des réfugiés ukrainiens. En réalité, il s’agit de membres hongrois d’un groupuscule néonazi.
Des publications affirment que les deux hommes tatoués sur cette photo sont des réfugiés ukrainiens. En réalité, il s’agit de membres hongrois d’un groupuscule néonazi. © Les Observateurs de France 24

Une nouvelle intox vise les réfugiés ukrainiens. Ces deux hommes couverts de tatouages nazis, en short de plage, sont présentés comme étant des réfugiés ukrainiens en Croatie par des comptes Twitter pro-russes. En réalité, ces images montrent des membres hongrois d’un groupe néo-nazis.

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La vérification en bref : 

Des comptes pro-russes ont partagé deux photos montrant deux hommes couverts de tatouages nazis. Selon eux, ce sont des réfugiés ukrainiens en Croatie.

L’un des deux hommes au crâne rasé, est un membre Hongrois du mouvement néonazi "Blood and Honour", et il s’est récemment rendu en Croatie à l’occasion d’un rassemblement de ce groupe. L'autre homme n’a pas encore été identifié. 

La vérification en détail : 

Selon des photos circulant sur Twitter, deux hommes couverts de tatouages nazis seraient des réfugiés d’Ukraine en Croatie.

Les photos montrent deux hommes recouverts de tatouages aux symboles nazis, de face et de dos. L'homme à gauche a le crâne rasé et porte notamment un tatouage à l’effigie d’Adolf Hitler sur le dos. L’autre individu porte une casquette, une barbe et des tatouages de croix gammées, de loups et de runes sur le dos. Ils sourient, en short de bain, sur la plage. 

Partagées sur Twitter le 16 juillet, les deux images cumulent plusieurs milliers de vues

“Les amis ukrainiens de BHL, loin du front et ‘réfugiés’ au bar ‘Morsko Prase’ dans la ville de Rijeka en Croatie”, commente un utilisateur relayant cette intox.  

Capture d’écran de l’une des publications relayant cette intox le 17 juillet sur Twitter
Capture d’écran de l’une des publications relayant cette intox le 17 juillet sur Twitter © Les Observateurs de France 24

L’intox a été partagée par des comptes russophones, par exemple ici, où elle a récolté plus d’un millier de vues, ou encore sur ce compte qui a déjà publié de fausses informations sur l’Ukraine ces derniers mois.  

Un groupuscule néonazi hongrois

En effectuant une recherche avec les mots-clés “beach” (plage en anglais) et “nazi” sur Twitter, on retrouve les photos publiées sur le compte Twitter d’“AntifaVjesnik", un site croate se revendiquant antifachiste qui publie réglièrement des articles sur les mouvements d’extrême droite. 

Ce compte Twitter indique que les photos ont été prises au bar de la plage Morski Prasac à Rijeka, une ville de la côte croate. 

Sur Google Maps, des photos du bar “Morski Prasac” publiées par des clients permettent de confirmer la localisation. 

À gauche, la photo des hommes tatoués de symboles nazis, à droite, une image publiée sur Google Maps du bar “Morski Prasac” en Croatie.
À gauche, la photo des hommes tatoués de symboles nazis, à droite, une image publiée sur Google Maps du bar “Morski Prasac” en Croatie. © Les Observateurs de France 24

“Antifa Vjesnik” a également pu identifier l’homme au crâne rasé. Le site a publié un  article expliquant qu’il s'agissait d’un membre du groupuscule néonazi Blood and Honor, nommé Matu, et qu’il est bassiste pour le groupe hongrois Fehér Vihar. 

Blood and Honor est un groupuscule d’extrême droite, qui promet de la musique néonazie. Composé de nationalistes et de skinheads européens, il possède notamment une antenne à Rijeka, en Croatie. En France, le mouvement est interdit depuis 2019. 

Un rassemblement entre les membres du groupuscule est en outre organisé chaque année à Rijeka, fin juin ou début juillet en l’honneur d’un de leurs membres décédé. La chaîne Telegram de Blood and Honour Hungary a publié un message à propos du rassemblement annuel de ce groupuscule organisé le 2 juillet dernier en Croatie. Selon cette chaîne, les membres venaient de Croatie, d’Allemagne, d’Angleterre, de la Hongrie, de la Slovénie et de al Suisse. Aucune mention à l’Ukraine.

Grâce au nom du groupe de musique, Fehér Vihar, on peut obtenir davantage d'informations sur cet homme au crâne rasé, appelé Matu. Le site d'extrême droite hongrois Nacionalista Zona a publié des photos de lui en train de jouer de la guitare basse lors d’un concert en 2018. Sur cette photo, qui date aussi de 2018, on reconnaît notamment son tatouage au-dessus de l’arcade sourcilière. L’ensemble de sa mâchoire n’est en revanche pas encore tatoué, contrairement à la photo qui circule en 2022.

À gauche, la photo de l’homme couverts de tatouage qui circule en 2022, à droite, la photo de 2018.
À gauche, la photo de l’homme couverts de tatouage qui circule en 2022, à droite, la photo de 2018. © Les Observateurs de France 24

Sur le site “Rate Your Music”, on peut voir que le nom du bassiste est Matu. 

Le site “Antifa Vjesnik” a en outre publié des photos de cet homme, où on le voit participer à un tir à la corde organisé à Budapest, la capitale hongroise, le 15 août 2020.  

À gauche, la photo de l’homme couverts de tatouages qui circule depuis le 16 juillet dernier. À droite, la photo du même homme publiée en 2018.
À gauche, la photo de l’homme couverts de tatouages qui circule depuis le 16 juillet dernier. À droite, la photo du même homme publiée en 2018. © Les Observateurs de France 24

Le site hongrois “Net” affirme que la police de Rijeka a été alertée le 13 juillet de la présence des deux hommes au bar Morski Prasac, et s’est rendue sur place le même jour. La police a appris de la part du personnel du bar que les hommes s’étaient trouvés sur cette plage dix jours plus tôt, donc début juillet.

La rédaction des Observateurs n’est pas encore parvenue à identifier l’autre homme sur la photo, portant barbe et casquette.

Conclusion 

Les images prises à Rijeka, en Croatie, ne montrent pas des réfugiés ukrainiens, mais des Hongrois venus assister au rassemblement annuel du groupe néonazi Blood and Honour.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, la rédaction des Observateurs de France 24 a analysé plusieurs fausses images prétendant dénoncer le comportement de “réfugiés ukrainiens” accueillis dans des pays de l’Union européenne.