Mort d’un journaliste français en Ukraine : "le camion portait clairement la mention 'Aide humanitaire'"

À gauche : le camion d’aide humanitaire chargé de fournitures destinées à l'Ukraine. À droite : le même véhicule avec le pare-brise endommagé après avoir été atteint par des éclats d’obus.
À gauche : le camion d’aide humanitaire chargé de fournitures destinées à l'Ukraine. À droite : le même véhicule avec le pare-brise endommagé après avoir été atteint par des éclats d’obus. © Alastair Chambers

Frédéric Leclerc-Imhoff, journaliste reporter d’images pour la chaîne française BFMTV, a été tué le 30 mai par un éclat d’obus, alors qu’il se trouvait à bord d’un camion d’aide humanitaire pour couvrir une opération d’évacuation de civils ukrainiens, près de Lysychansk, dans l’est de l’Ukraine. L'équipe des Observateurs de France 24 s'est entretenue avec un bénévole anglais qui a acheminé le véhicule en Ukraine. Il affirme que le camion arborait l’inscription “Aide humanitaire”.

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Alors que le journaliste reporter d’images (JRI), Frédéric Leclerc-Imhoff, était en train de filmer depuis le camion blindé, un obus a atterri près du véhicule et des éclats ont été projetés à travers le pare-brise, a déclaré le chef de la police régionale au New York Times.

Photos montrant le pare-brise du camion endommagé, diffusées par Serhiy Haidai, le gouverneur de la région de Louhansk, dans l'est de l'Ukraine, sur Telegram.
Photos montrant le pare-brise du camion endommagé, diffusées par Serhiy Haidai, le gouverneur de la région de Louhansk, dans l'est de l'Ukraine, sur Telegram. © Serhiy Haidai via Telegram

Le camion blindé était arrivé en Ukraine depuis l’Angleterre dans le cadre d’une initiative d’aide humanitaire menée par des habitants de Gloucester qui avaient amassé des fournitures pour en faire don directement aux civils ukrainiens.

À gauche : une photo du camion postée par le volontaire Alastair Chambers avant de livrer des fournitures d'aide à l'Ukraine. Droite : photo de la scène publiée par le gouverneur de la région ukrainienne de Louhansk, Serhiy Haidai, sur Telegram après l'attaque du camion, montrant le même véhicule. Photo floutée par France 24.
À gauche : une photo du camion postée par le volontaire Alastair Chambers avant de livrer des fournitures d'aide à l'Ukraine. Droite : photo de la scène publiée par le gouverneur de la région ukrainienne de Louhansk, Serhiy Haidai, sur Telegram après l'attaque du camion, montrant le même véhicule. Photo floutée par France 24. © Alastair Chambers via Telegram

 

"Ce véhicule a aidé à sauver la vie de centaines de personnes, en les évacuant des zones bombardées." 

Alastair Chambers, conseiller municipal de Gloucester, était l’un des volontaires qui ont aidé à organiser cette initiative jusqu’en Ukraine, où le camion est entré le 8 mai.

Avec quelques amis, nous avons acheminé le véhicule en Ukraine. Nous l’avions rempli avec du matériel médical, de la nourriture, du matériel d’hygiène, des articles pour bébés, ainsi que du matériel médical de pointe, comme des appareils d’anesthésie, des appareils à rayons X, des scanners.

Nous avons déposé le matériel à l’hôpital de Mykolaïv [dans le sud de l’Ukraine], et des fournitures dans un orphelinat.

Le camion était initialement utilisé pour transporter des fournitures, comme du matériel médical, vers l'Ukraine.

Le camion a d’abord été utilisé pour transporter des fournitures, comme du matériel médical, vers l’Ukraine.

Après cela, nous avons rencontré des Ukrainiens et nous leur avons remis la clé du camion et leur avons montré qu’il fonctionnait. Nous avons appris par la suite que le véhicule avait été acheminé directement vers la région du Donbass et utilisé pour évacuer les civils des zones bombardées. Ce véhicule a aidé à sauver la vie de centaines de personnes, en les évacuant  des zones bombardées.

Depuis le début du conflit, Alastair Chambers et des bénévoles ont livré six véhicules blindés remplis de ravitaillement en Ukraine. Ils ont pu payer ces véhicules – dont la plupart étaient auparavant utilisés pour transporter des biens de valeur comme des lingots d’or – avec des dons. C’est la première fois que l’un de leurs véhicules est attaqué.

C’était un camion de marque Mercedes qui aurait été utilisé pour transporter des lingots d’or pour la Banque d’Angleterre. Il avait des vitres blindées. Les éclats d’obus se déplacent à une vitesse beaucoup plus élevée que celle d’une balle. Donc je pense que c’est ce qui a malheureusement tué Frédéric.

En tout cas, ce véhicule n’aurait pas dû être visé. Il n’était pas aux couleurs de l’armée, il n’était pas vert, il n’avait pas de camouflage et il n’y avait pas de signalisation pour montrer qu’il s’agissait d’un véhicule militaire. Il y avait aussi des autocollants sur le devant de la cabine et aussi sur les côtés qui disaient ‘Aide humanitaire’.

Et le journaliste français qui était là, Frédéric, faisait un travail très important. Il documentait l’évacuation des civils fuyant les atrocités des ennemis et les tirs sur des zones résidentielles, les maisons, les civils. C’est très effrayant que des gens puissent faire une chose pareille à un véhicule qui portait très clairement la mention "Aide humanitaire" et qui était utilisé dans le seul but d’évacuer des femmes et des enfants des zones attaquées par les Russes.

Lysychansk, l’une des dernières poches sous contrôle ukrainien dans la région de Louhansk, a subi de lourds bombardements russes depuis le début de l’offensive fin février. 

Les autorités ukrainiennes ont affirmé que l’obus qui a causé la mort de Frédéric Leclerc-Imhoff  avait été tiré par les forces russes. La France a demandé une enquête sur les circonstances de la mort du journaliste.

Huit journalistes ont perdu la vie depuis le début du conflit en Ukraine, selon Reporters sans frontières (RSF).