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Non, des bulletins pour Marine Le Pen n’ont pas été détruits lors de la présidentielle

Une vidéo virale prétend prouver l'existence d'une fraude électorale pendant la présidentielle française. Certains internautes suggèrent que des votes pour Marine Le Pen auraient été jetés dans la rue.
Une vidéo virale prétend prouver l'existence d'une fraude électorale pendant la présidentielle française. Certains internautes suggèrent que des votes pour Marine Le Pen auraient été jetés dans la rue. © Observateurs

Le 15 mai, une vidéo virale commence à circuler : on peut y voir des bouts de papier empilés dans un camion et jetés dans la rue, avant que la police n’intervienne. Pour certains internautes, ces papiers seraient des bulletins de vote pour Marine Le Pen, abandonnés pour qu’ils ne soient pas comptabilisés. En réalité, la vidéo montre l'action d’une association étudiante pour dénoncer les liens entre le Rassemblement national et la Russie.

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La vérification en bref

  • Une vidéo circule depuis le 4 mai avec une légende affirmant qu’elle montre de la fraude électorale : des bulletins de vote pour Marine Le Pen auraient été détruits.
  • Les "bulletins" sont en réalité des tracts, jetés devant le siège du Rassemblement national lors d’une action d’associations le 19 avril pour dénoncer les relations du parti avec la Russie.

La vérification en détail

Sur cette vidéo publiée le 15 mai sur Twitter, cumulant plus de 53 000 vues, on peut voir des gens jeter des papiers dans la rue depuis un camion rempli de caisses de prospectus. La police arrive sur les lieux et tente d'arrêter l'action. À 0’06, un policier s’exclame : "Messieurs-dames, allez, veuillez circuler ! C’est qui l’organisateur ?" L’auteur du tweet écrit, en anglais : "France, fraude électorale !"

Capture d’écran du tweet suggérant que la vidéo montre une fraude électorale.
Capture d’écran du tweet suggérant que la vidéo montre une fraude électorale. © Observateurs

La vidéo provient de la chaîne Telegram italienne "Espiritu Templario", qui l’a publiée le 4 mai. "France, élections présidentielles. Votes pour la candidate Le Pen ? Et la police arrive pour les garder hors de vue du public et participer à la fraude électorale ?", peut-on lire, en espagnol, sur cette publication qui a été visionnée plus de 14 000 fois. L’auteur suggère ainsi que des bulletins de vote pour Marine Le Pen auraient été détruits, et que la police aurait tenté de le cacher.

Dans la vidéo sur Telegram, on peut lire à 0’06, 0’21 et 0’28 "Porte de Saint-Cloud - Michel-Ange" sur l’arrêt de bus. C’est un arrêt de bus de Paris, qui se trouve en face du siège du Rassemblement national (RN), rue Michel-Ange, dans le 16e arrondissement.

Quand on regarde les papiers de près dans la vidéo sur Telegram, qui est de meilleure qualité que celle relayée sur Twitter, on remarque qu’ils ne ressemblent pas à des bulletins de vote. Ils comportent un QR code, l'inscription "9 millions" dans le coin en bas à gauche et en haut à droite, et le drapeau russe dans le coin en bas à droite.

Sur le billet, on peut voir un QR code (entouré en vert), un drapeau russe (entouré en violet) et l'inscription "9 millions" (entourée en orange).
Sur le billet, on peut voir un QR code (entouré en vert), un drapeau russe (entouré en violet) et l'inscription "9 millions" (entourée en orange). © Observateurs

Il suffit de rechercher sur Google les mots clés "9 millions" et "Le Pen" pour trouver cet article de France Bleu à propos d’une action menée devant le siège du RN le 19 avril par l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) et SOS Racisme. Les deux associations ont déposé des billets symbolisant les 9 millions d’euros que le RN a empruntés à une banque russe.

En 2014, le Front national avait en effet emprunté 9,4 millions d'euros auprès d'une banque russe afin de financer la campagne des élections régionales de 2015. Le parti est toujours en train de rembourser cet emprunt, avec une dernière échéance prévue en 2028.

Sur la vidéo publiée par l’UEJF le 19 avril sur Twitter, on peut voir des étudiants jeter en l’air des faux billets dans la rue, entourés de policiers et de journalistes.

SOS Racisme a publié une autre vidéo de l’événement, également le 19 avril, où l’on voit la police intervenir et essayer d’empêcher les étudiants de jeter les billets dans la rue.

Avec les mêmes mots clés, on retrouve la vidéo originale, dans une version plus longue, publiée sur le compte Twitter du journaliste de Brut Rémy Buisine le 19 mai La vidéo détournée sur les réseaux sociaux est un extrait de cette vidéo à partir de 0’25.

La vidéo ne montre donc pas des bulletins de vote pour Marine Le Pen, et n'a rien à voir avec de la fraude électorale.