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Nazis, antisémites, ultranationalistes : trois intox sur des "réfugiés ukrainiens"

Des images sont partagées sur les réseaux sociaux pour dénoncer le comportement inacceptable de “réfugiés ukrainiens”. Ces contenus sont trompeurs.
Des images sont partagées sur les réseaux sociaux pour dénoncer le comportement inacceptable de “réfugiés ukrainiens”. Ces contenus sont trompeurs. © Observateurs

Le 2 mai, plusieurs images détournées prétendant dénoncer le comportement de “réfugiés ukrainiens” accueillis dans des pays de l’Union européenne sont devenues virales. Un homme arborant le t-shirt du bataillon ultranationaliste Azov, une femme couverte de tatouages nazis, un homme agressant une personne juive : aucune de ces images ne montre en réalité des réfugiés ukrainiens.

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La vérification en bref 

  • Une photo d’un homme portant un t-shirt Azov est publiée par l’ambassade russe, qui affirme que des réfugiés ukrainiens ont provoqué la colère des Lettons à cause de leurs manières et des symboles nazis dans l’espace public. Mais l’homme en question est letton, et déclare porter ce T-shirt en soutien aux combattants ukrainiens.
  • Une vidéo montrant l’agression d’un juif en Belgique par “un réfugié ukrainien” est trompeuse : l’homme est de nationalité ukrainienne, mais n’est pas un réfugié.
  • Une autre photo prétend montrer une réfugiée ukrainienne avec des tatouages nazis. La photo provient d’Ukraine, mais date d’avant la guerre, et on ne connaît pas la nationalité de la femme.

La vérification en détails 

L’homme avec le T-shirt d’Azov n’est pas un réfugié ukrainien

“De nombreux habitants de Lettonie sont choqués par les manières grossières de certains 'réfugiés' ukrainiens, ainsi que par les symboles nazis de plus en plus répandus dans l'espace public, y compris ceux des voyous 'Azov'” affirme l’ambassade de Russie en Lettonie sur son compte Twitter le 2 mai. Elle accompagne sa publication d’une photo d’un homme, à table avec un petit garçon, portant un t-shirt avec le logo d’Azov, du nom du bataillon nationaliste intégré à l’armée ukrainienne, créé à l’origine par une mouvance néonazie. 

Capture d’écran du tweet de l’ambassade de Russie en Lettonie du 2 mai, affirmant que les lettons sont choqués par le comportement des réfugiés et les “symboles nazis” en public.
Capture d’écran du tweet de l’ambassade de Russie en Lettonie du 2 mai, affirmant que les lettons sont choqués par le comportement des réfugiés et les “symboles nazis” en public. © Ambassade de Russie en Lettonie Twitter

En effectuant une recherche d’image inversée via l’outil Invid Verify (voir comment procéder ici), on peut lire une publication sur Facebook datant du 2 mai, avec une capture d’écran du tweet de l’ambassade. L’auteur, qui affirme être la personne photographiée, explique : “Je portais un t-shirt camouflage avec le logo Azov (bataillon volontaire ukrainien à Marioupol). Inutile de dire que je ne suis ni Ukrainien, ni réfugié, ni nazi ....”.

L’homme qui apparaît sur les photos du compte Facebook correspond à celui qui a été photographié. Sur plusieurs photos, on le voit porter un tatouage foncé à l’effigie de flammes sur l’avant-bras droit, et un tatouage avec des inscriptions et deux traits rouges sur l’avant-bras gauche, qui correspondent à ceux visibles sur la photo partagée par l’ambassade russe en Lettonie. Les cheveux noirs, la coupe de cheveux et la morphologie sont également similaires.

Comparaison entre l’homme sur la photo publiée par l’ambassade et une photo publiée sur le compte Facebook de l’homme qui a écrit le démenti
Comparaison entre l’homme sur la photo publiée par l’ambassade et une photo publiée sur le compte Facebook de l’homme qui a écrit le démenti © Observateurs

Dans une publication datant du 20 avril, où il joint la photo du t-shirt, qui semble avoir circulé sur des groupes WhatsApp avant d’être partagée par l’ambassade, il affirme que la photo a été prise par une personne inconnue, alors qu’il était avec son fils à la cafétéria de la salle de jeux de l'Acropole, un centre commercial à Riga, en Lettonie. Il dit également dans la publication qu’il a lui-même imprimé le logo du t-shirt d’Azov.

Il ajoute : “Je soutiens les courageux volontaires ukrainiens qui [...] défendent jusqu'au bout l’usine Azovstal de Marioupol”, en référence au site industriel où les combats font actuellement rage entre Ukrainiens et Russes

Capture d’écran de la publication du 20 avril où l’homme explique le contexte de cette photo
Capture d’écran de la publication du 20 avril où l’homme explique le contexte de cette photo © Observateurs

Le compte Facebook a régulièrement posté des photos localisées en Lettonie depuis 2018 comme ici en 2018, ici en 2019, et ici en 2020.

Aucun signe d’allégeance à l’extrême droite ou à un groupe néo-nazi n’est visible dans les photos publiées sur son compte Facebook ou son compte Instagram.

La vidéo d’une agression ne montre pas un “réfugié” ukrainien - mais une personne de nationalité ukrainienne

Dans un tweet du 2 mai, un internaute a publié une vidéo où l’on peut voir un membre de la communauté juive, en habit haredi orthodoxe, se faire agresser par un autre homme en pleine rue. La victime a ensuite réussi à maîtriser l’agresseur. “Le lieu : Anvers [en Belgique]. L'agresseur : un réfugié ukrainien. La cible : un homme hassidique” affirme la publication en anglais, qui a collecté plus de 74 000 vues.

Capture d'écran du tweet du 2 mai, affirmant qu’un réfugié ukrainien a agressé un membre de la communauté juive à Anvers, en Belgique
Capture d'écran du tweet du 2 mai, affirmant qu’un réfugié ukrainien a agressé un membre de la communauté juive à Anvers, en Belgique © Observateurs

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la police d’Anvers a indiqué : 

“Bien que [l’agresseur présumé] ait la nationalité ukrainienne, il n'est pas un réfugié ukrainien et vit à Anvers".

“L'incident a eu lieu le 30 avril. L'homme était ivre et a été appréhendé par la police. D'après ce que nous avons compris, l'incident n'est pas de nature antisémite. L'homme ivre a dérangé plusieurs personnes, ce qui a conduit à son arrestation temporaire (12 h)” ajoute la police.

Une photo d’une femme à la plage, montrant une scène qui s’est déroulée avant la guerre en Ukraine

Le 2 mai également, une série de deux photos, qui affirme montrer une “réfugiée ukrainienne” le corps recouvert de tatouages nazis, dont une croix gammée, a été partagée sur Twitter en anglais, avec une faible viralité.

Plusieurs comptes partagent la capture d'écran d'un message en espagnol comme source. Le message affirme qu’il s’agit du “tourisme de réfugiés qui va venir chez nous [en Espagne, NDLR] cet été”.

Capture d’écran du tweet du 2 mai affirmant montrer une réfugiée ukrainienne sur une plage en Espagne, tatouée avec des symboles nazis
Capture d’écran du tweet du 2 mai affirmant montrer une réfugiée ukrainienne sur une plage en Espagne, tatouée avec des symboles nazis © Observateurs

Les photos ont également été partagées en italien sur Facebook

Grâce à une recherche d’image inversée, on retrouve la même image publiée dans cet article du journal britannique Daily Star du 14 juillet 2021. L’article indique que la femme était une touriste à Odessa, en Ukraine, et qu’elle a été forcée de quitter la plage après que des personnes ont exprimé leur indignation face à ses tatouages ​​nazis. Sa nationalité n’est pas connue.

Les photos avaient été publiées le 11 juillet 2021 dans cette chaîne Telegram, sans information supplémentaire.