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Un faux reportage du Figaro prétend montrer des autocollants d'Hitler sur des boutiques Chanel

Un reportage estampillé du logo du Figaro montre des boutiques parisiennes taggées avec des autocollants à l’effigie d’Hitler. Ce reportage n’est pourtant pas authentique, car le Figaro n’est pas à l’origine de cette vidéo.
Un reportage estampillé du logo du Figaro montre des boutiques parisiennes taggées avec des autocollants à l’effigie d’Hitler. Ce reportage n’est pourtant pas authentique, car le Figaro n’est pas à l’origine de cette vidéo. © Observateurs

Une vidéo portant le logo du Figaro prétend montrer des boutiques parisiennes de la marque Chanel recouvertes d'autocollants à l’effigie d'Adolf Hitler. D’après ceux qui partageant la séquence, ces autocollants seraient une référence au refus de la marque de vendre ses produits à des clients russes, suite aux sanctions européennes. La vidéo a été partagée par des clientes russes parlant de “discrimination”. Mais elle n’a pas été créée par Le Figaro. Chanel assure de son côté qu’il s’agit d’un photomontage.

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La vérification en bref

  • Une vidéo utilisant la charte graphique du Figaro montre des boutiques Chanel à Paris, recouvertes de tags à l’effigie d’Hitler. Les internautes qui partagent cette vidéo affirment que c’est une réaction au refus de la marque de vendre ses produits à des clients russes.
  • S’il n’y a pas d’indication que ces photos soient un photomontage, le Figaro n’est pas à l’origine de cette vidéo, et Chanel affirme que ses boutiques n’ont pas été taguées.

La vérification en détail 

Dans une publication du 7 avril sur Instagram , l'influenceuse russe Victoria Bonya a partagé une vidéo avec le logo du "Figaro Live", le format vidéo du quotidien. Dans ce qui ressemble à un reportage du Figaro, on peut voir des images de boutiques Chanel sur lesquelles ont été collées des tags mêlant le visage d’Hitler avec le logo de la marque. Des bandeaux de texte expliquent : “Des autocollants à l’effigie d’Hitler sont apparus dimanche sur tous les bâtiments abritant les bureaux et les boutiques de Chanel à Paris.” [...] Ils précisent ensuite : “Il s’agit probablement d’une allusion au récent scandale impliquant des clients russes de Chanel. Chanel a récemment refusé de vendre des vêtements aux femmes russes dans ses boutiques de Dubaï et de Paris en raison des sanctions. [...]  En 2015, on a découvert des archives d’où il ressort que Chanel était une informatrice pour les nazis”.

La vidéo comptait presque 8000 likes, le 8 avril, avant d’être supprimée. Elle a été partagée sur Twitter en anglais et en français le 7 avril. 

Un faux reportage du Figaro

Le 7 avril, le compte Twitter du Figaro, interpellé par des internautes sur ce contenu, a démenti être à l’origine de la vidéo : “Vous avez raison, @Le_Figaro n'a jamais publié cette vidéo. C'est une publication fallacieuse, conçue avec des photomontages, qui détourne outrageusement notre charte graphique. Le Figaro dénonce vigoureusement ce procédé”.

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la marque Chanel affirme que “ces images sont issues de photomontages” et que ses boutiques “n’ont pas été taguées”. Elle ajoute : “Il s’agit clairement d’une ‘fake news’”.

Les images présentées dans le faux reportage du Figaro ont également été partagées sur Twitter en anglais, en russe et en français.

Comme on peut le vérifier sur Google Street View, les photos ont été prises devant les devantures de quatre boutiques parisiennes de Chanel, situées au 19 et 31 rue Cambon, au 25 rue Royale et au 42 avenue Montaigne.

Les outils d’analyse d’image ne permettent pas de savoir s’il s'agit d’un photomontage ou non. 

Une recherche d'images inversée n'a pas permis de remonter à la source de cette vidéo. 

La plus ancienne occurrence des photos présentées dans la vidéo que la rédaction des Observateurs de France 24 a pu identifier est cette publication datant du 7 avril de la chaîne Telegram Baza, un média russe indépendant.

La vidéo circule notamment aussi depuis le 7 avril sur la chaîne Telegram de Readovka, un média russe dont le contenu provient des agences gouvernementales. Cette publication a été visionnée plus de 260 000 fois.

La vidéo a également été publiée le même jour sur le compte Instagram de l'influenceuse russe Victoria Bonya.

Des clients russes dénoncent les sanctions appliquées par Chanel

Le 6 avril, une femme russe s’est plainte de n’avoir pas pu acheter un sac à main Chanel dans une boutique à Dubaï en raison de sa nationalité. Des influenceuses russes ont depuis partagé des vidéos pour protester contre cette “discrimination”, notamment en découpant leurs sacs à main de la marque.

Des photos montrant des autocollants similaires sur des boutiques Chanel en Russie ont été partagées sur les réseaux sociaux dès le 8 avril. 

Interrogée par l’AFP, la marque Chanel a expliqué que "des sanctions [...] de l'Union Européenne et de la Suisse incluent une interdiction de ‘vendre, de fournir, de transférer ou d’exporter, directement ou indirectement, des produits de luxe à toute personne physique ou morale, entité ou organisme en Russie ou aux fins d'une utilisation dans ce pays’. En vertu des sanctions européennes applicables, cette interdiction s'applique aux produits de luxe répertoriés dans la mesure où leur valeur dépasse 300 euros par article". 

La marque a précisé : "C'est la raison pour laquelle nous avons demandé aux clients dont nous ne connaissons pas la résidence principale de confirmer que les articles qu'ils achètent ne seront pas utilisés en Russie".

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Après la mort de la couturière Coco Chanel, plusieurs biographies ont fait resurgir des éléments de son passé, tels que sa liaison avec un attaché d'ambassade nazi, Hans Günther Von Dincklage, pendant la Seconde Guerre mondiale, et sa collaboration avec les services d'espionnage nazis.