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Cette vidéo ne prouve pas que les morts de Boutcha ont été tués après le départ de l’armée russe

Ces images ne prouvent pas que les civils découverts à Boutcha ont été tués après le départ de l’armée russe.
Ces images ne prouvent pas que les civils découverts à Boutcha ont été tués après le départ de l’armée russe. © Observateurs

D’après des comptes prorusses, une vidéo tournée le 2 avril à Boutcha serait la preuve que les civils retrouvés morts le lendemain dans cette ville ukrainienne n’ont pas été tués par l’armée russe. La vidéo ne montre pas de corps de civils, mais elle a été prise loin du lieu de découverte des cadavres. Et d’autres preuves visuelles permettent de confirmer que certains corps jonchaient déjà les rues avant le départ de l’armée russe. 

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La vérification en bref

  • Une vidéo de 7 minutes postée par la police ukrainienne, et vue plus d'un millions de fois, montre des hommes en uniforme patrouiller le 2 avril dans la ville de Boutcha.
  • D’après des comptes pro-russes, ces images démontreraient qu’il n’y avait aucun cadavre de civils dans les rues de la ville à ce moment, suite au départ de l’armée russe le 30 mars. 
  • En réalité, ces images ont été prises à 2 kilomètres de la rue où ont été découverts, le 3 avril, plus d’une dizaine de corps de civils. Des images satellites prouvent que certains de ces cadavres étaient d'ailleurs déjà présents dans la ville avant le départ de l’armée russe. 

Le détail de la vérification

"Zéro victime civile dans les rues". Depuis le 5 avril, des comptes Twitter et Facebook prorusses partagent une vidéo publiée le 2 avril par la chaîne Youtube de la Police nationale ukrainienne. On y voit des hommes en habits militaires patrouiller dans les rues de Boutcha. D’après ces comptes prorusses, cette vidéo démontrerait que, le 2 avril, il n’y avait aucune trace des victimes civiles retrouvées à la suite du départ de l’armée russe. Mais cette vidéo n’a pas été tournée dans la zone où ont été découverts ces corps, et d’autres preuves permettent d’affirmer que des cadavres jonchaient bien certaines rues de Boutcha, alors que l’armée russe occupait encore la ville. 

Capture d’écran d’un des tweets affirmant que cette vidéo prouve qu’il n’y avait aucun cadavre à Boutcha le 2 avril.
Capture d’écran d’un des tweets affirmant que cette vidéo prouve qu’il n’y avait aucun cadavre à Boutcha le 2 avril. © Observateurs

Retracer le parcours des policiers

Dans cette vidéo, les hommes portant des uniformes de la police ukrainienne arpentent bien les rues de Boutcha le 2 avril, donc après le départ de l’armée russe. Certains échangent avec des civils rencontrés sur leur parcours, tandis que d’autres, dont les uniformes portent la mention de "spécialistes des explosifs", inspectent des véhicules abandonnés avant de les écarter des routes.

Cette vidéo a été publiée le 2 avril sur Youtube le 2 avril par la police nationale ukrainienne. Elle est accompagnée de la légende "les forces spéciales de la Police Nationale nettoient la ville de Boutcha".

Le détail qui retient l’attention des comptes prorusses est qu’aucun cadavre de civil n’est visible dans la vidéo, qui dure plus de sept minutes. (Un seul cadavre apparaît à la vingt-quatrième seconde de la vidéo, mais il s’agit d’un militaire en uniforme). Or, puisque ces policiers patrouillent dans Boutcha, ce serait la preuve que les victimes civiles découvertes le 3 avril n’étaient pas encore dans les rues la veille. Et donc, qu’ils auraient été tués après le départ de l’armée russe. Mais cette démonstration est fausse.

Nous avons retracé le parcours emprunté par ces policiers. Pour cela, nous avons identifié plusieurs indices visuels tels que des panneaux remarquables, des immeubles de couleur, ou encore des enseignes de magasins et de pharmacies. Puis, nous les avons géolocalisés grâce à l’outil Google street view.

Comparaison d'indices visuels identifiés dans la vidéo

Ce parcours emprunté le 2 avril par les policiers ukrainiens débute à l’est de Boutcha. Leur convoi entre dans la ville par la route E373 qui devient ensuite la rue Shevchenka sur laquelle ils inspectent plusieurs véhicules abandonnés. Après avoir atteint un grand centre commercial, ils font demi-tour et repartent vers les rues Shevchenka et Vokzalna.

Itinéraire du convoi retracé sur Google Earth Pro.
Itinéraire du convoi retracé sur Google Earth Pro. © Observateurs

Une zone éloignée du lieu de découverte des corps

Or, ce parcours est éloigné de la zone où ont été découverts, le 3 avril, plusieurs corps de civils. Les cadavres filmés dans cette vidéo partagée massivement jonchaient en effet la rue Yablonska, située à au moins deux kilomètres de la patrouille des policiers. 

Vue satellite de la rue Yablonka (en rouge), où ont été retrouvés des cadavres de civils, et l’itinéraire emprunté par les policiers ukrainiens (en vert).
Vue satellite de la rue Yablonka (en rouge), où ont été retrouvés des cadavres de civils, et l’itinéraire emprunté par les policiers ukrainiens (en vert). © Observateurs

Plusieurs médias, dont le New York Times, ont identifié les lieux de découverte de corps de civils. Or, aucun de ces lieux n’est situé sur le trajet des policiers ukrainiens. De plus, d’autres preuves permettent d’affirmer que des corps étaient présents dans la ville de Boutcha avant le départ de l’armée. 

Ce sont par exemple les images satellites datées du 11 mars sur lesquelles des journalistes du New York Times ont identifié certains des civils découverts le 2 avril. Ou encore, la vidéo d’un tank russe abattant un cycliste circulant dans la rue Yablonska. Ces images authentifiées par le site Bellingcat ont été filmées avant le 11 mars.