INTOX

Non, ce tireur d’élite canadien n’est pas mort en Ukraine juste après son arrivée

Olivier Lavigne-Ortiz, surnommé Wali, un ancien militaire tireur d’élite canadien parti se battre en Ukraine a été annoncé mort sur les réseaux sociaux. Il est pourtant bien vivant et témoigne auprès de France 24.
Olivier Lavigne-Ortiz, surnommé Wali, un ancien militaire tireur d’élite canadien parti se battre en Ukraine a été annoncé mort sur les réseaux sociaux. Il est pourtant bien vivant et témoigne auprès de France 24. © Observateurs

Des publications virales sur les réseaux sociaux ont annoncé la mort d’un tireur d'élite canadien nommé Wali, surnommé le "tireur d’élite le plus meurtrier au monde" dans plusieurs médias, et qui aurait été tué dans les premières heures de son arrivée en Ukraine près de Marioupol. Notre rédaction a pu parler avec ce combattant étranger parti se battre contre l’armée russe, pour qui ces fausses informations visent à dissuader les volontaires étrangers de se rendre en Ukraine.

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Ex-soldat du Royal 22e Régiment canadien, devenu informaticien, le jeune homme surnommé "Wali" est parti prêter main-forte aux Ukrainiens contre l’invasion russe en rejoignant la légion internationale pour la défense territoriale de l'Ukraine début mars.

Connu pour ses précédentes implications dans des zones de conflits notamment en Afghanistan ou contre l’organisation État islamique au Kurdistan irakien, et pour ses qualités de tireur d’élite, le jeune homme a été annoncé mort à Marioupol dans plusieurs publications relayées entre le 12 et le 16 mars, certains avançant même qu’il aurait été tué "20 minutes après son arrivée sur la ligne de front", d’autres affirmant disposer d’une vidéo du tireur qui aurait tué le jeune homme, voire même qu’il s’agissait dans certains cas d’une femme "sniper" qui l’aurait abattu.

Cette fausse information nous a par ailleurs été signalée pour vérification par un internaute via le compte Twitter @InfoIntoxF24.

Message d'un internaute à la rédaction des Observateurs de France 24 via le compte Twitter @InfoIntoxF24.
Message d'un internaute à la rédaction des Observateurs de France 24 via le compte Twitter @InfoIntoxF24. © Twitter

Un démenti dès le 14 mars, puis de nouveau le 22 mars

Le combattant canadien a lui-même démenti à deux reprises sa mort sur ses propres réseaux sociaux : le 14 mars par une publication Facebook, où il explique : "Ne vous en faites pas pour ma sécurité. Je suis déjà loin de la base qui a été bombardée hier. J'y suis déjà passé mais brièvement". 

Le groupe de combattants que ce Canadien avait rejoint, la Brigade normande, a également publié un communiqué sur Facebook pour expliquer :

"Wali n'est pas à Marioupol. Les rumeurs sur sa mort ont commencé à apparaître vers le 13 mars et le commandant de la brigade normande a communiqué avec lui le 15 mars au matin. […] Wali est un esprit libre et [nous avons dû] l'envoyer dans une autre unité de son choix car il contournait des instructions claires et des directives. […] Il devenait un danger pour la mission, pour sa famille [de combattants, NDLR] et pour lui-même."

Après quelques jours de silence, durant lesquels les fausses informations ont redoublé, Wali a de nouveau publié sur sa page Facebook le 22 mars, cette fois avec une photo de lui-même, au milieu de balles en plastique dans un jeu pour enfant. Il affirme : 

Les rumeurs comme quoi j’étais mort au combat étaient complètement ridicules. La vérité est que nous avons pris du terrain à l’ennemi en plus de lui causer des pertes. Malheureusement, nous avons aussi perdu des camarades, morts et blessés.

"Quand j’ai allumé mon téléphone, ça a été un torrent de messages me demandant si j’étais mort ou pas !"

La rédaction des Observateurs de France 24 a pu s’entretenir par appel vidéo avec ce combattant canadien le 22 mars, plutôt amusé par les fausses informations le concernant :

J’ai été le dernier à apprendre ma propre mort, et le premier à la contredire ! Sur la ligne de front, nous n’avons pas le droit d’avoir nos téléphones, qui sont éteints et en lieu sûr. Quand je suis revenu de la zone de combat où je me trouve pour une période de repos le 21 mars [dans la région de Kiev, NDLR], j’ai allumé mon téléphone. Et là, ça a été un torrent de messages me demandant si j’étais mort ou pas !

Je ne suis effectivement jamais allé à Marioupol : j’ai commencé à combattre dans une zone près du fleuve Dniepr. Puis après un différend avec le commandant de la brigade, je suis revenu à Kiev. Quand j’ai appris que j’étais annoncé mort, j’ai décidé de prendre cette photo dans une ancienne garderie abandonnée. C’était ma façon d’annoncer que ces rumeurs étaient ridicules, et que tout allait bien pour moi. La force de ces rumeurs, c’est que tant que je n’y répondais pas, elles pouvaient prospérer.

Cependant, pour moi c’est juste du trolling amateur et grossier. J’ai du mal à comprendre la stratégie de cette fausse information, car pour moi, ça a été assez facile à démentir. Ceux qui diffusent ces fakes perdent toute crédibilité une fois le démenti publié. Cela montre qu’ils n’ont plus d’argument, et sont prêts à lancer n’importe quoi sur les réseaux sociaux. Ils sont peut-être aussi en train de perdre la guerre de la désinformation sur Internet !

Des intox diffusées d’abord en Chine

Selon Checknews de Libération, les premières fausses informations faisant état de la mort du tireur d’élite sniper canadien auraient filtré sur des sites chinois citant des sources russophones, avant d’être reprises un peu partout, et notamment sur plusieurs pages Facebook et Twitter d’Afrique de l’Ouest.

Si le combattant explique ne pas s’être particulièrement renseigné sur l’origine de la fausse information, il a une idée de la raison :

"C’est une guerre de symbole pour des raisons de prestige. Je ne suis pas essentiel à l’effort de guerre, mais je représente l’un des volontaires étrangers les plus connus en Ukraine, donc à des fins de propagande, il est bon de présumer ma mort pour ralentir l’afflux de volontaires qui voudraient s’engager dans les combats en Ukraine. Ma mort "rapide" aurait été un message pour dire que même des combattants expérimentés pouvaient être tués facilement."