“Personne n’est venu nous chercher” : le cri de détresse d’étudiants africains bloqués à Kherson, ville ukrainienne contrôlée par l’armée russe

Capture d’écran d’une vidéo filmée le 15 mars où Camille (en rouge à droite) fait le point sur leur situation. Vidéo envoyée par la Global Black Coalition.
Capture d’écran d’une vidéo filmée le 15 mars où Camille (en rouge à droite) fait le point sur leur situation. Vidéo envoyée par la Global Black Coalition. © Les Observateurs de France 24/ Global Black Coalition

Des milliers d’étudiants africains et indiens ont été évacués d’Ukraine via des couloirs humanitaires mis en place par la Russie et l’Ukraine. Mais pas les étudiants de Kherson, ville du sud du pays contrôlée par l’armée russe. Parmi eux, Camille, un Camerounais de 28 ans et ses camarades. Ils se disent inquiets face à l’absence d’informations concrètes sur une possible évacuation.

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Des milliers d’étudiants africains ont été évacués d’Ukraine depuis le début de l’invasion russe, le 24 février.

Les étudiants qui résidaient dans les régions de l’ouest, comme à Lviv, ont été évacués dès le début de la guerre tandis qu’à l’est, à Soumy et Kharkiv notamment, ils sont restés bloqués plusieurs jours avant d’être finalement rapatriés le 8 mars, suite à l’ouverture de couloirs humanitaires.

Mais rien de tel pour les habitants de Kherson, dans le sud du pays. Les chars russes sont entrés le 2 mars dans cette ville d’environ 280 000 habitants, située aux portes de la mer d’Azov, à proximité de la Crimée. Il est devenu depuis impossible d’entrer ou sortir de la ville. Le 15 mars, la Russie a même annoncé avoir pris le contrôle de toute la région de Kherson.

Camille, 28 ans, vit depuis un an à Kherson, où il suivait jusqu’au début de la guerre des études d’ingénieur. Depuis l'appartement où il s’est retranché en compagnie d’une dizaine d’étudiants africains, il raconte : 

Rien ne change. Les jours passent et rien ne change. On subit constamment des bombardements, on n’arrive pas à dormir. Les allers-retours vers le sous-sol pour s’abriter sont épuisants, et il fait froid. Quand on entend la sirène d’alerte, certains n’ont même plus la volonté de bouger. C’est vraiment difficile. Mais personne ne réagit. 

Sur cette vidéo, Camille (en rouge à droite) fait le point sur la situation au 15 mars.

Les soldats russes circulent partout dans la ville sur leurs véhicules. 

On ne sort que très rarement donc c’est difficile d’en dire plus sur la situation à l’extérieur. On sort essentiellement pour trouver à manger. Mais les magasins sont fermés, on achète des vivres grâce aux vendeurs à la sauvette.

>> Lire aussi : En Ukraine, les habitants de Kherson tiennent tête à l'occupant russe : "On n’a pas besoin d’eux"

“Tout le monde dit sur les réseaux sociaux que les Africains sont évacués, mais nous sommes toujours là” 

Le 7 mars déjà, Camille et ses camarades avaient lancé un appel de détresse sur l’antenne de BBC Afrique. “Nous voulons un moyen de transport pour sortir, c’est ce que nous demandons (...) Demain on part !” avait déclaré un de ses camarades. 

Comme personne ne venait pour nous évacuer, on est partis à pied, pour atteindre un endroit mieux desservi en train et enfin la frontière. Mais après 9 kilomètres de marche, les soldats russes nous ont dissuadés de continuer : ils ont dit que c’était trop dangereux, qu’il faisait - 10 degrés et qu’on allait souffrir du froid. Ils nous ont dit qu’il fallait qu’on attende d’être évacués avec un couloir humanitaire. Mais personne n’est venu nous chercher.” 

Camille explique se sentir délaissé avec ses camarades alors que des milliers d’étudiants africains ont été évacués ces derniers jours, notamment depuis Soumy. 

 

 

 

Tout le monde dit sur les réseaux sociaux que les Africains ont été évacués, mais nous, on est toujours là. Ça nous a encore plus stressés. 

Nos ambassades ne nous donnent aucune information concrète, on nous dit seulement “protégez-vous” et “restez à l’intérieur”.  

Selon Camille, deux associations, “BW4BL” et “Global Black Coalition”, leur viennent en aide régulièrement en leur livrant de la nourriture. Née après le début de l’invasion de l’Ukraine, celles-ci s’efforcent aussi de mettre les étudiants africains bloqués à Kherson en contact avec des ONG qui seraient susceptibles de leur faire quitter la région. 

Les deux associations ont, en outre, fourni une aide financière pour l’évacuation de certains étudiants bloqués à Soumy, le 8 mars dernier. 

L’association BW4BL a fait livrer de la nourriture aux étudiants bloqués à Kherson grâce aux dons qu’ils ont reçus

“Les vivres, ça nous aide beaucoup. Mais la priorité aujourd’hui pour nous, c’est d’être évacués.” conclut Camille. 

Selon l’association “Global Black Coalition”, une quarantaine d’étudiants africains seraient encore bloqués à Kherson, parmi lesquels plusieurs Ghanéens, Camerounais et Nigérians. Sur Instagram, celle-ci poste régulièrement des informations et vidéos que leur envoient les les étudiants bloqués à Kherson. 

 

Ils nous ont informés qu’avant nous, plusieurs autres groupes ont utilisé leur vidéo d’appel à l’aide sans leur consentement, en leur promettant de les faire sortir de Kherson et de leur envoyer de l’aide financière. Une aide qu’ils n’ont jamais reçue. Entre-temps ces groupes ont ramassé des milliers de dollars en faisant croire au public qu’ils les aidaient (...)

 

 

Discussions zoom entre BW4BL, les étudiants bloqués à Kherson et un représentant de la Croix Rouge, ce week-end.