Ukraine : à Kharkiv, des bâtiments civils pris pour cible par des bombardements russes

Le bâtiment de l'administration régionale de Kharkiv a été touché par une frappe russe le 1er mars 2022.
Le bâtiment de l'administration régionale de Kharkiv a été touché par une frappe russe le 1er mars 2022. © Capture d'écran d'une vidéo publiée le 1er mars 2022 sur Telegram

Le ministère russe de la Défense avait affirmé le 26 février ne pas s'en prendre aux bâtiments civils en Ukraine. Cependant, ces derniers jours, à Kharkiv, de nombreux bâtiments civils ont été touchés par des frappes aériennes russes, dont le bâtiment de l’administration régionale, des immeubles résidentiels et des entrepôts. Plusieurs victimes sont à déplorer.

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Il s’agit d’images de vidéosurveillance. Dessus, la date et l’heure attestent du moment de l’incident : mardi 1er mars à 8 h (heure locale), le bâtiment administratif régional de Kharkiv est touché par une frappe russe.

Cet extrait d'une vidéo de surveillance a été publié sur Telegram le 1er mars 2022.

Un arrêt sur image permet de distinguer un missile ou un roquette en haut du bâtiment. Nous n’avons pas été en mesure de déterminer de quel modèle il s’agissait. La longueur de l’objet est estimée à au moins six mètres, ce qui pourrait correspondre à une roquette longue portée russe, ou à un missile de croisière type Kalibr, lui aussi présent dans l’arsenal russe. Le ministère russe de la Défense a démenti avoir frappé le bâtiment administratif régional de Kharkiv, assurant ne viser que des infrastructures militaires.

Le bâtiment de l'administration régionale de Kharkiv a été touché par une frappe russe le 1er mars 2022.
Le bâtiment de l'administration régionale de Kharkiv a été touché par une frappe russe le 1er mars 2022. © Capture d'écran d'une vidéo publiée le 1er mars 2022 sur Telegram

Sur la capture d’écran de la vidéo de surveillance, on peut observer que le missile fait la taille d’environ deux étages du bâtiment. On peut donc estimer cette taille à environ six mètres.

 

À l’intérieur, les dégâts sont considérables. Sur la vidéo ci-dessous, on peut remarquer un trou dans le plafond, au-dessus de la personne qui filme.

La vidéo publiée sur Telegram le 1er mars montre les dégâts à l’intérieur du bâtiment administratif visé par les frappes.

Des voitures sont détruites par l’impact et la place est très sévèrement touchée. Une troisième vidéo, publiée par les secours ukrainiens, a été authentifiée par notre équipe. Elle a été filmée sur la place de la Liberté, juste devant le bâtiment administratif.

 

Une vidéo publiée par les services de secours ukrainiens montre les dégats causés par la frappe contre le bâtiment de l'administration régionale à Kharkiv.
Dans la vidéo publiée par le service des secours (au-dessus), on peut reconnaître plusieurs éléments de la place de la Liberté à Kharkiv.
Dans la vidéo publiée par le service des secours (au-dessus), on peut reconnaître plusieurs éléments de la place de la Liberté à Kharkiv. © Services de secours ukrainiens, Les Observateurs.

La rédaction des Observateurs a contacté une habitante de Kharkiv. Cachée dans un abri avec sa famille, Maria a entendu l’explosion place de la Liberté ce matin :

Tous les jours, nous entendons les sirènes et attendons dans l’angoisse les frappes aériennes. Nous entendons des tirs de lance-roquettes, puis les missiles voler au-dessus de nous. Ce matin, on a entendu comme un bruit d’avion, et tout de suite après, une explosion. Rapidement, nous avons appris que la place de la Liberté avait été touchée.

"Je n’avais jamais pensé qu’un jour, une chose pareille arriverait dans ma ville"

Le quartier de Maria, dans le centre-ville de Kharkiv, a également été touché par des bombardements. Elle avait heureusement quitté son appartement dès le premier jour de l’invasion russe, le 24 février.

Hier, le quartier où se trouve notre appartement a été bombardé. Il y a eu des victimes. Mon ancienne camarade de classe a dû prodiguer les premiers soins à sa voisine, blessée par des débris de verre. Pour l’instant, je ne peux pas aller vérifier [mon appartement], car on entend les sirènes toutes les heures, et c’est trop dangereux de circuler. J’ai deux enfants et je ne peux pas prendre ce risque. Je n’avais jamais pensé qu’un jour, une chose pareille arriverait dans ma ville.

Plusieurs quartiers résidentiels de Kharkiv ont été touchés par les combats. Des images amateur montrent un incendie dans un immeuble, dont les fenêtres ont été soufflées. Il est situé dans le quartier de Novobavarsky dans l’est de Kharkiv, à proximité d’une usine d’équipements de transport.

La vidéo, publiée sur Telegram l’après-midi du 1er mars, montre les secours lutter pour éteindre le feu, sous le regard désemparé des habitants. (géolocalisation : 49.94974763072388, 36.15600601479133)

Des experts militaires suspectent un usage de bombes à sous-munitions

Lundi 28 février, toujours à Kharkiv, un entrepôt a été visé par des tirs de roquettes, en plein centre d’un quartier résidentiel. Deux vidéos diffusées sur Twitter montrent le même endroit pris pour cible.

Nous ne sommes pas en mesure de savoir si ces deux vidéos ont été tournées au même moment. En revanche, elles ont bien été filmées au même endroit. Sur la zone visée, les explosions sont multiples et se déclenchent à des intervalles de temps très rapprochés. Certains experts militaires affirment qu’il s’agit de bombes à sous-munitions, qui permettent en général d’attaquer un large périmètre de cibles militaires, mais qui sont interdites par une convention de 2008 – non signée par les États-Unis, la Russie ou encore l’Ukraine.

Les deux vidéos ont été filmées dans le nord-est de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine. Entre un centre commercial et des immeubles d’habitation (géolocalisation : 50.028497, 36.362763).

En vert, le bâtiment qui a permis de localiser une vidéo ; en rouge, la zone ciblée par les bombardements.
En vert, le bâtiment qui a permis de localiser une vidéo ; en rouge, la zone ciblée par les bombardements. © Google Earth / Les Observateurs

Des débris de roquettes tombés au milieu des civils

Ces deux vidéos ne sont pas les seules à attester un bombardement dans le nord-est de la ville. Il existe également deux autres vidéos qui montrent des débris de roquettes Smerch, de fabrication russe.

Nous avons authentifié l’une de ces vidéos : elle a été filmée à 3,5 kilomètres au sud du bombardement. Sur ces images, on peut voir une roquette plantée dans le sol, encore fumante, en plein milieu de la route, avec une voiture qui roule juste à côté. Stupéfaits, les passants se sont arrêtés pour filmer.

Sur une deuxième vidéo, on voit le même modèle de roquette, filmé cette fois-ci de plus près. On constate une nouvelle fois que l’arrière de cette roquette correspond à l’arrière d’une roquette Smerch.

 

Des bâtiments civils touchés dès dimanche 27 février

Le lundi 28 février au matin, une vidéo a été tournée dans le nord-est de la ville. Notre rédaction a pu la géolocaliser : on y voit une école en ruines, criblée d’éclats de balles. Plus loin, des restes de véhicules blindés militaires témoignent d'affrontements violents entre les armées russe et ukrainienne. Dans une vidéo publiée sur Telegram mardi, une femme décrit en larmes ce qui reste de son école : "Là, c'était la salle de physique, au troisième étage… En face, la salle de biologie… Et là, la cantine..."

 

Des images de la même école en flammes ont été filmées dans la nuit de dimanche 27 à lundi 28 février. Cela fait donc au moins trois jours d’affilée que Kharkiv, la deuxième ville la plus peuplée d’Ukraine, voit ses bâtiments civils touchés par les combats entre les armées russe et ukrainienne.