"Poutine kaput !" : des Ukrainiens préparent des cocktails Molotov contre les blindés russes

Des Ukrainiens collectent des bouteilles de verre et du tissu pour fabriquer des cocktails Molotov afin de faire face aux soldats russes.
Des Ukrainiens collectent des bouteilles de verre et du tissu pour fabriquer des cocktails Molotov afin de faire face aux soldats russes. © Boris Shulyak

Cinq jours après le début de l’offensive russe, les Ukrainiens continuent de se mobiliser pour contrer l’avancée des soldats russes. À 130 kilomètres à l'est de Kiev, les habitants de Prylouky s’organisent pour défendre leur ville et empêcher l’armée russe d’atteindre la capitale, notamment en fabriquant des cocktails Molotov.  Un habitant raconte.

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Le 25 février, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a demandé à ses concitoyens de se mobiliser à travers le pays contre l’invasion russe. Des milliers de personnes ont répondu à son appel et se sont engagés dans l’armée.

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Les civils ont aussi été mis à contribution. Dans un post Facebook, le ministère ukrainien de la Défense a encouragé les habitants d’une banlieue de Kiev à "fabriquer des cocktails Molotov" et à "détruire l’occupant". Une vidéo montre des armes à feu distribuées à des civils du quartier.

Cette vidéo amateur publiée sur Twitter le 25 février 2022 montre une distribution d'armes dans le quartier d'Oblon à Kiev.

Les villages autour de Kiev se retrouvent en première ligne face à l’armée russe qui cherche à atteindre la capitale ukrainienne.

"Des personnes ordinaires qui font des choses incroyables pour défendre notre pays"

Notre Observateur Boris Shulyak vit à Prylouky, un village situé à environ 130 kilomètres à l’est de Kiev. Abrité dans une cave avec sa famille pour se protéger des bombardements, il utilise l’application Telegram pour se tenir au courant de la résistance armée aux portes de sa ville.

Des volontaires et les membres des forces armées ukrainiennes montent la garde en permanence à toutes les entrées de la ville. La sirène informe toute la ville lorsqu’il y a des raids aériens. On entend six à dix sirènes par jour. Si les sirènes ne marchent pas, alors on utilise les cloches de l’église. Je n’ai pas participé aux combats, car ils se déroulent aux abords de la ville et il est demandé à tous les habitants de rester dans les abris. Avec ma famille, nous nous cachons dans une cave. J’entends des explosions par intermittence depuis deux heures.

Beaucoup d’habitants de la ville ont participé aux combats. Ce sont principalement des gens normaux avec quelques connaissances en tactique militaire. On entend beaucoup d’histoires de personnes ordinaires qui font des choses incroyables pour défendre notre pays.

Une photo envoyée par notre Observateur montre la porte de la cave où il se réfugie avec sa famille lors des frappes aériennes.
Une photo envoyée par notre Observateur montre la porte de la cave où il se réfugie avec sa famille lors des frappes aériennes. © Boris Shulyak

Tous les habitants de la ville s’organisent pour aider notre armée. Nous collectons toutes sortes de provisions : pneus, blocs de béton, sacs de sable, nourriture, batteries externes, vêtements. Les femmes tressent des filets militaires et tous ceux qui le peuvent fabriquent des cocktails Molotov pour l’armée. Les habitants partent aussi à la recherche de marquages laissés par les soldats russes pour faciliter les raids aériens.

Le fournisseur de gaz Sumygaz a publié ces photos sur sa page Facebook le 26 février 2022. Elles montreraient des cibles placées par les soldats russes sur les gazoducs pour les rendre plus facilement identifiables lors des frappes aériennes. “Si vous voyez des marques suspectes, recouvrez-les de terre. S’il s’agit d’autocollants, arrachez-les et signalez-les.”
Dans cette vidéo, un homme parcourt Prylouky pour effacer les marquages suspects censés aider les soldats russes à identifier leurs cibles pendant les frappes aériennes.

Une route mène d’Itchnia [à 30 km au nord de Prylouky, NDLR] et Prylouky jusqu’à Kiev. L’armée russe se déplace vers l’ouest à travers ces villes jusqu’à Kiev.

Hier [le 27 février], une bataille a eu lieu. Les nôtres ont défendu leurs positions et n’ont pas laissé l’ennemi atteindre Kiev. On entend encore des tirs et des explosions aujourd’hui.

Le 27 février, à Prylouky, une unité de combattants a détruit un tank russe qui tentait d’entrer dans la ville, selon notre Observateur et des photos publiées par le ministère ukrainien de la Défense. Le tank sur la photo est un modèle T-72B3M, muni d’une grille pour se protéger des lance-missiles antichar Javelin utilisés par l’Ukraine. La Russie a utilisé un modèle similaire en Crimée en août 2021.

Sur Facebook, le ministère ukrainien de la Défense a publié le 27 décembre des photos d’un tank russe détruit aux abords de Prylouky.
Sur les photos du tank détruit à Prylouky (au centre et à droite), et sur celles des tanks T-72B3M utilisés en Crimée en août 2021 (à gauche), on peut reconnaître les mêmes éléments, notamment la grille anti-Javelin.
Sur les photos du tank détruit à Prylouky (au centre et à droite), et sur celles des tanks T-72B3M utilisés en Crimée en août 2021 (à gauche), on peut reconnaître les mêmes éléments, notamment la grille anti-Javelin. © Observateurs

Les habitants de Prylouky vivent néanmoins dans la peur constante des attaques, alors que des villes alentour sont en proie à d’importants combats.

Je suis très inquiet. J’essaie de rester calme pour que mon jeune frère n’angoisse pas, mais ma mère et ma grand-mère sont en panique. Nos amis viennent de nous appeler pour nous dire que beaucoup de matériel militaire ennemi est actuellement présent dans les villes d’Itchnia et Olchan [deux villes voisines, NDLR]. Les explosions ne donnent aucun répit depuis une heure et demie. C’est une situation terrifiante.