En Ukraine, une étudiante tunisienne témoigne : "Nous sommes livrés à nous-mêmes"

Le président russe Vladimir Poutine a lancé jeudi 24 février une invasion de l’Ukraine. Des frappes aériennes ont visé plusieurs villes tandis que les forces terrestres russes sont entrées en Ukraine depuis le nord, l'est et le sud du pays. Alors que l’Ukraine a fermé son espace aérien, de nombreux ressortissants de pays arabes, notamment tunisiens sont restés bloqués. Notre Observatrice, une étudiante en médecine à Dnipro, témoigne.

Des habitants massés dans un abri à Kharkiv, en Ukraine, jeudi 24 février. Image postée sur Snapchat
Des habitants massés dans un abri à Kharkiv, en Ukraine, jeudi 24 février. Image postée sur Snapchat © Snapchat
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Depuis jeudi 24 février au matin, les grandes villes d'Ukraine sont la cible de nombreux bombardements de l’armée russe, parmi lesquelles Kiev, Odessa, Kharkiv, Marioupol ou encore Dnipro.

Au moins 40 soldats et une dizaine de civils ont été tués jeudi aux premières heures de l'invasion russe de l'Ukraine, a annoncé à la presse un conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Des vidéos diffusées jeudi sur les réseaux sociaux montrent des habitants de Kiev notamment, faisant la queue dans les supermarchés pour tenter d’amasser des provisions, s'abritant dans des caves ou fuyant en voiture à travers les rues bouchonnées. 

Des ressortissants étrangers se sont précipités vers les aéroports ces derniers jours pour fuir le pays. Mais après l’invasion russe et la fermeture de l’espace aérien jeudi, de nombre d'entre eux se sont retrouvés bloqués, notamment des étudiants tunisiens qui ont lancé des appels de détresse sur des groupes Facebook.

"Nous appelons sans arrêt le consulat à Moscou et en Roumanie, mais personne ne nous répond"

Malek (pseudonyme) est une étudiante en médecine tunisienne installée à Dnipro, dans le sud du pays. 

On a été réveillés vers 5 h ce matin par le bruit d’une très forte déflagration. On est tous sortis de la résidence étudiante, où j’habite. On a vu d’énormes nuages de fumée, des  flammes et des lumières blanches dans le ciel [l’aéroport de Dnipro a été bombardé, ainsi que des usines de matériel militaire et d’armes, NDLR]. La résidence a aménagé un abri dans la cave du bâtiment, on y est depuis ce matin. Il y a notamment des étudiants palestiniens, koweitiens et indiens. 

On a très peur que les bombardements se poursuivent ce soir et les jours à venir. 

Il y a un responsable désigné pour chaque groupe d’étudiants. Le responsable de notre groupe, un Palestinien, gère l’approvisionnement en nourriture et en eau, il veille à ce qu’on manque de rien dans l’abri. 

Nous sommes bloqués à Dnipro : il y a des checkpoints militaires partout dès qu’on sort du centre-ville, les soldats ukrainiens nous disent de regagner l'abri et d’éviter de circuler dans les rues. Nous avons tenté de rallier par bus, voiture ou train la Roumanie, mais tout a été fermé, y compris l'espace aérien. 

Vidéo filmée, jeudi 24 février par notre Observatrice, montrant le centre-ville de Dnipro pratiquement vidé de ses habitants.

Nous sommes environ 1 500 étudiants étrangers bloqués dans la résidence. Nous avons peur. Nous sommes livrés à nous-mêmes, nos pays respectifs nous ont abandonnés. Les responsables de nos groupes ont dit que la situation allait sûrement empirer. Nous n’étions pas préparés à cela.

Des étudiants tunisiens se préparent à quitter leur appartement. Vidéo transmise par notre Observatrice.

La fermeture de l’espace aérien ukrainien et de tous les aéroports du pays a rendu impossible toute procédure de rapatriement par voie aérienne.

Tarek Aloui, qui vit à Odessa, est président de l’association de la communauté tunisienne en Ukraine :  

La situation est très préoccupante, surtout après les bombardements qui ont eu lieu ce matin. Beaucoup de Tunisiens m’ont contacté pour me dire qu’ils étaient terrifiés et qu’ils souhaitaient être évacués le plus vite possible de l’Ukraine. Un réunion doit se tenir aujourd’hui à huis-clos au siège du ministère des Affaires étrangères à Tunis pour décider de la marche à suivre. Selon nos estimations, le nombre de Tunisiens en Ukraine s’élève à 1 500 personnes dont 1 000 étudiants. Il y a quelques jours, nous avons mis en place une liste de 130 étudiants tunisiens souhaitant être rapatriés. Mais avec l’accélération des événements, d’autres se sont joints à cette liste et ils sont désormais au nombre de 200.

Des parents d'étudiants tunisiens inquiets ont créé un groupe sur WhatsApp pour échanger des informations. Ils projettent de se rendre devant le siège du ministère des Affaires à Tunis vendredi pour faire pression sur les autorités afin qu’elles accélèrent les répartitions. 

Interrogé par un journaliste de la radio Shems FM, le directeur de la diplomatie générale et de l’information au ministère des Affaires étrangères, Mohamed Trabelsi, a indiqué jeudi, que les autorités tunisiennes sont en train de "coordonner avec l’ensemble des parties prenantes, et avec les pays amis, pour évacuer les Tunisiens en Ukraine". Il a ajouté ne pas disposer de données complètes sur le nombre de Tunisiens se trouvant dans les zones de tensions.