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Cette "montagne de la femme qui dort" prise par un drone est une création digitale

Souvent partagée sur les réseaux sociaux comme une montagne naturelle, en Alaska ou encore au Tibet, cette photo est en réalité une œuvre de l’artiste français Jean-Michel Bihorel, visible sur son site.
Souvent partagée sur les réseaux sociaux comme une montagne naturelle, en Alaska ou encore au Tibet, cette photo est en réalité une œuvre de l’artiste français Jean-Michel Bihorel, visible sur son site. © Observateurs

En haut d’une montagne, une forme de femme endormie aurait été dessinée naturellement par les roches. Le miracle serait immortalisé par la photo d’un drone, en Alaska, au Tibet, au Mexique... En réalité, l’image est une œuvre d’un artiste français, Jean-Michel Bihorel, qui travaille sur des créations digitales en trois dimensions.

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Partagée plusieurs centaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, cette photo d’une forme féminine sur le dessus d’une chaîne montagneuse est accompagnée de légendes expliquant que cela se situe au Tibet, au Mexique, au Kirghizistan, au Kazakhstan ou encore en Alaska. Sur certaines publications, la photo atteint le demi-million de partages.

De nombreuses publications s’y réfèrent comme la "Sleeping Lady Mountain" : certains internautes précisent que la montagne est à 50 km au nord-ouest d’Anchorage, en Alaska, et que ce serait le mont Susitna, surnommé ainsi en raison de sa forme. D’autres partages expliquent que c’est le volcan mexicain Iztaccihuatl, souvent surnommé "la montagne endormie".

 

En réalité, une rapide recherche d’images inversées (on vous indique ici comment faire) ainsi qu’un examen attentif des commentaires sous ces nombreuses publications nous révèlent que ce n’est pas un phénomène naturel, mais une création digitale. L’artiste français Jean-Michel Bihorel a publié cette sculpture numérique, le 19 mars 2020, sur ses pages Instagram et Facebook avec son titre, "Winter Sleep".

On peut d’ailleurs retrouver plusieurs images en meilleure qualité et avec plus de détails de cette œuvre sur le site de l’artiste, ainsi que sur d’autres plateformes artistiques comme Art Station. Sur sa chaîne YouTube, une courte vidéo de "Winter Sleep" peut donner l’impression d’un tournage par drone, alors qu’il s’agit d’une création numérique. 

"Au final, cette histoire aura attisé la curiosité du public"

Spécialisé en créations digitales artistiques depuis 2016, Jean-Michel Bihorel détaille sur son site créer des œuvres les plus réalistes possible visuellement, en travaillant extensivement la lumière, les volumes et les matières. Il précise sous la publication de "Winter Sleep" qu’il a travaillé de zéro entre création 3D, travail du détail à la main et génération procédurale d’environnement, des outils utilisés pour la création numérique.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, l’artiste explique que quelques années avant "Winter Sleep", il avait créé une autre image avec des corps de femmes dormant sur Mars pour illustrer selon lui la métaphore du "repos d’une planète". L’image virale de la femme endormie sur une montagne vient de la même idée : 

Cette image enneigée portait le même message de repos de la planète et a été publiée au tout début du premier confinement, là où une grosse partie de l'activité polluante était à l'arrêt. Je n'avais pas anticipé cela mais je pense que cette image est entrée en résonance avec ces événements et avec le besoin des gens de se replier sur eux-mêmes pour se rassurer.

À partir de là, des personnes ont commencé à dire que c'était une montagne au Kazakhstan, ensuite d'autres personnes ont repris la fausse nouvelle en disant que c'était une montagne au Mexique et finalement cette image a été comparée à une montagne en Alaska. Plusieurs chaînes télévisées et journaux ont même relaté la nouvelle. Il y a encore des personnes sur ma propre page Instagram qui persistent à indiquer de potentielles coordonnées de l'emplacement de cette supposée montagne.

Au final, cette histoire aura attisé la curiosité du public et cela participe à sensibiliser les gens à cette nouvelle forme d'art.

Il y a deux mois, l’artiste a annoncé sur Facebook qu’il proposait maintenant la vente de tirages en nombre limité de cette œuvre, après qu’elle a "voyagé sur Internet et a fait le buzz, la plupart du temps sans mentionner qu'il s'agissait d'une œuvre d'art ni mentionner le nom de l'artiste". Après "Winter Sleep", Jean-Michel Bihorel a publié, le 3 mai, une autre création humaine dans un environnement naturel inventé : une femme allongée dans une coulée de lave

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