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Bosnie-Herzégovine : après l’incendie du camp de Lipa, des migrants toujours sans abri en plein hiver

Après l'incendie au camp de Lipa en Bosnie-Herzégovine le 23 décembre, les migrants attendent toujours une solution.
Après l'incendie au camp de Lipa en Bosnie-Herzégovine le 23 décembre, les migrants attendent toujours une solution. © Alba Dominguez / NKK / réseaux sociaux

Le camp de Lipa en Bosnie-Herzégovine a été ravagé par les flammes le 23 décembre. Depuis, près d’un millier de migrants survivent dans les décombres, dans le froid, sans électricité, ni eau courante, ni chauffage. Une tentative d’évacuation le 30 décembre a été bloquée par les autorités locales. Après avoir passé près de 30 heures dans des cars, les résidents sont retournés à Lipa, dans l’attente d’une solution.

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La veille de Noël, de nombreuses vidéos de l’incendie qui a ravagé le camp de migrants de Lipa, près de Bihać à la frontière croate, ont été postées sur les réseaux sociaux :

Cette vidéo postée sur TikTok le 23 décembre montre les tentes du camp de Lipa en flammes.

 

L’incendie s’est déclaré alors que le camp était en train d’être évacué. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui gérait le camp de Lipa, l’avait fermé après plusieurs appels infructueux aux autorités locales réclamant des conditions de vie plus acceptables. Inauguré en avril pour faire face à la pandémie de Covid-19, le camp de Lipa devait être une solution provisoire. Sans eau courante ni électricité, il n’était pas équipé pour affronter l’hiver, ont déploré l’OIM et plusieurs autres organisations dans un communiqué le 30 décembre.

"Je n’ai plus d’argent, je n’ai rien, seulement une couverture pour dormir"

Faizan, 22 ans, est originaire de Kunduz, en Afghanistan. En Bosnie-Herzégovine depuis un an et demi, il aimerait entrer dans l’Union européenne pour aller vivre en France.

Le matin du 23 décembre, les gens de l’OIM sont venus nous dire de prendre nos affaires pour partir car le camp allait fermer définitivement. Nous nous sommes rassemblés à l’extérieur pour que l’on nous distribue des sacs avec de la nourriture. Alors que je faisais la queue, j’ai vu que le camp avait pris feu.

Notre Observateur Faizan a filmé l'incendie du camp de Lipa sur son téléphone portable et nous a transmis les images.

 

Depuis l’incendie, les résidents du camp sont livrés à eux-mêmes. Certains ont essayé de rejoindre la ville de Bihać à proximité, mais les policiers les en ont empêchés. Entassés dans la dernière tente qui a survécu aux flammes, ou dans la forêt alentour, près d’un millier de migrants survivent, alors que les températures nocturnes descendent parfois en dessous de zéro. Faizan poursuit :

C’est très difficile de vivre ici. Nous n’avons pas d’endroit où dormir. Il n’y a pas d’électricité. En ce moment, je dors dans l’ancienne salle de bains du camp. Nous sommes plus de 1 000 personnes dans le camp. Nous recevons de la nourriture une fois par jour. Parfois, on nous distribue des couvertures, mais c’est impossible d’en donner à tout le monde, car nous sommes trop nombreux. Je n’ai plus d’argent, je n’ai rien, seulement une couverture pour dormir. Je ne sais pas quoi faire. Nous n’avons pas le choix.

Le 30 décembre, des cars ont été affrétés pour évacuer le camp de Lipa. Selon le ministre de la Sécurité de Bosnie-Herzégovine, Selmo Cikotić, les migrants devaient être transférés dans l’ancienne base militaire de Bradina, à une cinquantaine de kilomètres de Sarajevo. Finalement, après un désaccord avec les autorités locales, les cars sont repartis vides. Faizan se souvient :

 Une semaine plus tard, on nous a dit de monter dans des cars parce que nous allions être transférés dans un autre endroit. Nous sommes restés dans le car à côté du camp pendant plus de 30 heures. La police montait la garde devant et derrière. Nous ne pouvions pas sortir, sauf pour aller aux toilettes. Nous étions obligés de rester assis dans le car. Puis, la police est venue nous dire de partir. Nous avons demandé pourquoi, mais on nous a simplement dit de descendre des cars. Nous sommes revenus dans le camp.

Cette vidéo transmise par Faizan montre les cars qui étaient censés évacuer les résidents du camp de Lipa.

 

 

Le représentant de l'OIM en Bosnie-Herzégovine, Peter Van der Auweraert, a partagé sur Twitter des photos prises à l'intérieur des cars dans lesquels les migrants ont passé la nuit.

Des résidents du camp manifestent depuis plusieurs jours pour demander d’être transférés dans un camp avec de meilleures conditions de vie. Certains ont entamé une grève de la faim le 1er janvier, et refusent les dons des associations.

Faizan faisait partie des manifestants samedi 2 janvier :

J’espère avoir un meilleur endroit où dormir. J’espère aussi qu’ils ouvriront la frontière. J’ai déjà essayé trois fois de la traverser avant l’incendie, mais à chaque fois la police croate nous a arrêtés. Ils frappent les réfugiés.

Cette vidéo transmise par Faizan montre les migrants du camp de Lipa qui manifestent pour demander des meilleures conditions de vie.

 

 >> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Croatie : des migrants marqués de croix à la peinture par la police

"Ce n’était pas un camp avant l’incendie, et ce n’en est toujours pas un"

Le Conseil des ministres avait validé le 21 décembre la construction d’un nouveau centre d’hébergement de migrants à Lipa, prévoyant des préfabriqués pouvant accueillir 1 500 personnes. Cependant, les travaux vont encore durer plusieurs mois.

Le 2 janvier, les ambassadeurs de l’Union européenne, d’Autriche, d’Allemagne et d’Italie ont rencontré le ministre bosnien de la Sécurité pour convaincre les autorités d’agir urgemment. Le lendemain, la Commission européenne a annoncé qu’elle allait débloquer 3,5 millions d’euros pour les réfugiés en Bosnie-Herzégovine, enjoignant les autorités à ne pas "laisser les personnes dans le froid". 

En attendant la construction du nouveau camp, des tentes militaires ont été installées à Lipa le 2 janvier. Certains migrants ont refusé de s’y installer. Selon Mite Cikovski, responsable pour l’OIM du camp de Miral dans la ville voisine de Velika Kladusa, les conditions de vie restent précaires :

L’armée vient d'installer 30 tentes, mais il n’y a toujours pas de chauffage, ni d’eau courante, ni de canalisations. Il n’y a pas non plus de médecin sur place : 15 résidents ont déjà dû être transférés dans le camp de Miral pour obtenir des soins médicaux.

La Croix-Rouge fournit de la nourriture, tandis que l’OIM continue de fournir des couvertures et des vêtements, mais ce n’est pas suffisant.

Petar Rodansic, membre de l’association SOS Balkanroute, dénonce ce qu’il considère comme des manquements aux droits humains :

Ce qui se passe à Lipa est une catastrophe. Ce n’était déjà pas un camp avant l’incendie, et ce n’en est toujours pas un. C’est une série d’entorses aux droits de l’Homme, sans oublier l’action de la police croate aux frontières qui repousse illégalement les migrants, ne leur laissant pas exercer leur droit d’effectuer une demande d’asile.

Alba Dominguez, bénévole dans l’association d’aide aux migrants No Name Kitchen pendant les deux derniers mois, déplore quant à elle les limites que les autorités imposent aux associations :                                      

C’est très compliqué d’aider, parce qu’on n’a pas le droit d’accéder au camp. Dans ce canton, seules les grandes organisations humanitaires ont le droit de venir en aide aux migrants. On a organisé une distribution alimentaire en partenariat avec la Croix-Rouge, mais ce n’est pas suffisant.

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