RÉTROSPECTIVE

Ces intox autour du Covid-19 qui ont marqué l’année 2020

Retour sur les intox en lien avec la pandémie de Covid-19.
Retour sur les intox en lien avec la pandémie de Covid-19. © Observateurs

En 2020, la pandémie de Covid-19 a bouleversé le quotidien de milliards d'êtres humains à travers le monde. Mais les doutes sur l’origine du virus, les questions autour de la gestion de l’épidémie ou des possibles remèdes ont poussé de nombreux internautes à relayer des informations complètement fausses et parfois dangereuses. Des adeptes des théories du complot au Brésil, en France ou aux États-Unis ont même remis en doute l’existence d’une pandémie. Retour sur ces intox vérifiées par la rédaction des Observateurs de France 24 tout au long de l'année.

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La "soupe chinoise à la chauve-souris" à l’origine du coronavirus ?

En janvier, l’OMS alertait sur la découverte d’un nouveau coronavirus. Dans le même temps, les autorités chinoises annonçaient le décès de la première victime du Covid-19 à Wuhan, ville où est apparu le virus.

À cette étape, l’origine animale du Covid-19 était avancée par les scientifiques, qui privilégiaient notamment la piste de la chauve-souris. Il n’en fallait pas plus pour qu’émergent sur les réseaux sociaux plusieurs vidéos montrant des personnes asiatiques en train de déguster de la soupe à la chauve-souris. Pour de nombreux internautes, la consommation de ce plat à Wuhan aurait été à l’origine du coronavirus. 

L’une d’entre elles, publiée en janvier sur YouTube, montrait Weng Mengyun, une célèbre influenceuse chinoise de 22 ans, en train de manger la fameuse "soupe-chinoise" à la chauve-souris. "Wuhan : le coronavirus se propage à travers la célèbre soupe chinoise à la chauve-souris", pouvait-on lire en légende de la vidéo. Mais faux, la vidéo avait été tournée non pas à Wuhan en Chine, mais en 2016 dans les Palaos.  

Des spécialistes de la culture culinaire chinoise interrogés par notre rédaction avaient également affirmé que la consommation de viande de chauve-souris ne faisait pas partie des habitudes alimentaires en Chine. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> La soupe à la chauve-souris, un plat prisé en Chine ? Autopsie de la rumeur sur l'origine du coronavirus

La 5G à l’origine du coronavirus ? 

Outre la "soupe-chinoise à la chauve-souris", des théories complotistes selon lesquelles la 5G, une nouvelle génération de télécommunication mobile, serait la cause du coronavirus, ont également émergé de groupes Facebook et comptes Instagram. 

Selon certains internautes, les ondes électromagnétiques de la 5G empoisonnent les cellules du corps humain, créant ainsi le virus. Une autre version affirme que la 5G émet une radiation qui affaiblit le système immunitaire et rend les personnes plus susceptibles d’être infectées. 

La promotion de ces fausses informations sur les réseaux sociaux par des stars d’Hollywood comme Woody Harrelson ou des artistes comme M.I.A ou Keri Hilson a pu encourager le vandalisme de plusieurs émetteurs 5G à travers le monde.

Plusieurs médecins et scientifiques ont qualifié ces théories de "non-sens". De son côté, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que des études poussées avaient montré qu’aucun effet secondaire pour la santé n’avait été détecté à la suite d’une "exposition aux technologies sans fil".

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> La 5G à l’origine du coronavirus ? Une dangereuse théorie du complot

#FilmYourHospital : le Covid-19 n'existe pas ?

En avril, des vidéos partagées via le hashtag #FilmYourHospital ont recueilli des centaines de milliers de vues à travers le monde. Elles montraient des parkings et des halls d'accueil d'hôpitaux vides. La pandémie de Covid-19 serait-elle donc exagérée par les médias, ou aurait-elle été inventée de toutes pièces ? Pas vraiment. 

Plusieurs soignants avaient expliqué à notre rédaction que certains établissements de santé "tournaient un peu au ralenti" sauf... dans les unités Covid-19, bien chargées. "Si les hôpitaux paraissent vides, c'est dû au fait qu'il n'y a plus de chirurgie sauf urgences, qu'il n'y a plus de visiteurs", avait expliqué un brancardier dans la ville de Caen.

Cette théorie du complot est née dans les milieux conservateurs américains et a encouragé des centaines de personnes à descendre dans les rues pour manifester contre le confinement et les mesures de distanciation sociales décrétées par les États. Les États-Unis sont officiellement le pays le plus touché, tant en nombre de morts que de cas, avec 335 000 décès, suivis par le Brésil.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> #FilmYourHospital, la théorie du complot qui veut faire croire que le Covid-19 n’existe pas

Quand les réseaux sociaux suggèrent de faux remèdes contre le coronavirus 

En avril, la pandémie du coronavirus avait déjà atteint presque tous les continents. Ce même mois, l’Afrique atteignait la barre des 1 000 morts.

Pour contrer la propagation du virus sur le continent, plusieurs internautes sur Facebook ou Twitter ont suggéré des recettes de grand-mère à base d’ail, de gingembre ou de citrons. D’autres proposaient des séances d'inhalation. 

Or, ces remèdes sont inefficaces contre le coronavirus. C'est ce qu'avait expliqué à notre rédaction la Professeure Khadidiatou Bâ Fal, interniste infectiologue et ancienne cheffe de service de pathologies infectieuses à l’Hôpital principal de Dakar au Sénégal. Elle soulignait par ailleurs que les séances d’inhalation pouvaient "aggraver la toux, les éternuements et continuer à disséminer la maladie". 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Faux remèdes sur les réseaux sociaux africains : le verdict d’une infectiologue

 

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Au Brésil, la théorie des "cercueils vides" 

En mai, alors que le Brésil était le pays le plus touché d'Amérique latine par la pandémie de Covid-19, des internautes tentaient de minimiser la réalité en partageant des photos trompeuses de cercueils vides. 

L'agence de vérification brésilienne Agência Lupa, avait vérifié plusieurs de ces images : souvent, une simple recherche d'images inversée (voir ici comment faire) permettait d'en déterminer l'origine.

L'une de ces images montrait ainsi une tombe vide... découverte dans le cadre d'une affaire qui s'était déroulée en 2017 dans l'État de São Paulo. Rien à voir donc avec la pandémie. 

Natália Leal, directrice du contenu de Lupa, était intervenue dans notre émission à ce sujet. Elle expliquait notamment que certaines personnalités politiques avaient repris ces théories à leur compte.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Dans le Brésil de Bolsonaro, la théorie des "cercueils vides" veut minimiser la pandémie de Covid-19

Souffler sur une flamme pour tester un masque de protection ?

En mai, sur les réseaux sociaux, des vidéos se sont multipliées : celles d’internautes soufflant à travers différents types de masques de protection sur une flamme. L’objectif de la manœuvre : "tester" la fiabilité de ces équipements. Si la flamme s'éteint, le masque ne protégerait pas assez. Selon les résultats de ces "tests", les masques recommandés par les autorités seraient inefficaces, contrairement aux masques "faits maisons". 

La Direction générale de l’armement (DGA) - chargée de tester la fiabilité des masques - avait alors répondu qu’un masque de protection contre le coronavirus doit "permettre la respiration de son porteur à travers le matériau qui le constitue". 

"Le test de la flamme sur laquelle on souffle à travers le masque ne donne aucune indication sur l’efficacité de filtration du masque. Il permet de donner une idée de son étanchéité et donc de la 'respirabilité'", avait encore indiqué l’Afnor. 

Selon ces deux organismes, le "test de la flamme" n'a donc aucune validité technique. Un masque est jugé fiable s'il filtre suffisamment les particules, tout en permettant à l'utilisateur de respirer.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >>  Peut-on vraiment tester un masque de protection en soufflant sur une flamme ?

Des pages relayant de fausses citations autour du Covid-19 

L’une des premières fausses citations repérées par notre rédaction avait été attribuée en mars dernier à l’épidémiologiste français Didier Raoult, qui aurait prétendument appelé "les Africains à ne pas prendre le vaccin de Bill Gates contre le coronavirus". Cette citation s'est avérée totalement inventée.

Les publications émanant de différentes pages Facebook avaient toujours le même format : une ou deux photos de la personne et du sujet en question, avec une citation souvent choc en lien avec la pandémie de Covid-19. Quelques-unes tentaient également de légitimer le remède malgache contre le Covid-19, le Covid-Organics. 

En mai, une enquête de la rédaction des Observateurs de France 24 a permis de remonter aux auteurs de ces publications qui ont reconnu inventer des citations… pour gagner des abonnés. 

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> RD Congo : qui se cache derrière ces très populaires pages de fausses citations autour du Covid-19 ?

Campagnes de vaccinations en public et théories du complot 

En décembre, plusieurs pays ont entamé des campagnes de vaccination contre le coronavirus. Mais sur les réseaux sociaux, des informations imprécises au sujet du vaccin ont accentué la méfiance. Face au scepticisme, plusieurs dirigeants et élus ont décidé de se faire vacciner publiquement, devant les caméras. 

Mais pour certains internautes, cette démarche ne suffit pas. Début décembre, une vidéo, partagée sur Facebook par des comptes anglophones et francophones, montre un Américain présenter une seringue à aiguille rétractable. Ce serait la preuve que les personnalités politiques ne se feraient pas vraiment vacciner. Or, il s'agissait en réalité de l'extrait d'une vidéo... sur des accessoires de cinéma.

Une autre photo a circulé : celle du maire de Londres prêt à se faire vacciner. Mais la seringue qui s'approche de son bras est encore recouverte d'un capuchon. Il s'agissait d'une photo "posée", juste après qu'il eut reçu le vaccin contre la grippe en septembre.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS >> Covid-19 : de fausses aiguilles pour "vacciner" les personnalités et les politiques ?