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Espagne : les îles Canaries, nouvelle impasse pour les migrants ? (1/3)

Le quai d’Arguineguín, à Grande Canarie, mi-novembre 2020.
Le quai d’Arguineguín, à Grande Canarie, mi-novembre 2020. © Ligne directe, Les Observateurs de France 24.

Depuis le début de l’année, plus de 18 000 migrants sont arrivés sur les îles Canaries, six fois plus qu’en 2019. Partis des côtes africaines, ils ont traversé l’océan Atlantique dans l’espoir d’un avenir meilleur en Europe. Maëva Poulet, journaliste pour la rédaction des Observateurs de France 24 est allée à leur rencontre.  

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Ces migrants fuient des conflits, la précarité ou la crise économique liée à la pandémie. C'est également le renforcement des contrôles sur d’autres routes migratoires au nord du Maroc et en Méditerranée qui les ont poussés à tenter d’entrer en Europe via l’archipel espagnol des Canaries, au large du Maroc.

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De nouvelles solutions… qui arrivent tard 

La situation est inédite depuis 2006 et la "crise des cayucos", du nom d’embarcations utilisées pour la traversée, lors de laquelle 31 000 migrants avaient rejoint l’archipel espagnol. Pour faire face à ces arrivées, les autorités ont donc dû improviser. En août, un campement d’urgence a été installé sur le quai du port d’Arguineguín, au sud de Grande Canarie, la plus grande île de l’archipel. Rebaptisé par certains habitants "le quai de la honte", il est devenu le symbole de cette nouvelle crise migratoire et du manque d'infrastructures d'accueil dédiées aux migrants. 

Lors du tournage de notre reportage au mois de novembre, jusqu’à 2 000 migrants pouvaient dormir sur le quai d’Arguineguín, parfois sans même avoir de tente. Des vidéos amateur publiées sur les réseaux sociaux avaient ainsi dévoilé les conditions d'accueil précaires sur ce quai. Dimanche 29 novembre, le campement a finalement été vidé de ses derniers occupants. Ils ont été transférés vers d’autres infrastructures, comme le centre de prise en charge temporaire des étrangers (CATE) de Barranco Seco, installé en novembre avec l’aide de l’armée à Grande Canarie. 

>> Retrouvez ci-dessous notre reportage Ligne Directe :

Pour Txema Santana, de la Commission espagnole d’aide aux réfugiés, l’évacuation du camp d’Arguineguín "n'est pas une victoire" : ce quai a, selon lui, mis en évidence le manque de réponse à une situation "qui s'est aggravée pendant des jours".

Les îles Canaries face à des habitants en colère 

Le 20 novembre, le gouvernement espagnol a annoncé un plan d'urgence visant à créer 7 000 places d'hébergement pour les migrants sur les îles Canaries. Pour l’heure, ce sont notamment des hôtels qui hébergent près de 5 000 migrants, avec l’aide de la Croix Rouge. 

Dans le sud de l'île de Grande Canarie, où l'économie du tourisme est prépondérante, cet accueil ne fait pas l'unanimité. Et les cas de désinformation se multiplient, en témoigne une vidéo publiée en septembre par le parti d'extrême-droite Vox pour montrer, à tort, des migrants profiter de la piscine d'un hôtel.

"Ce que nous voulons, c'est que le gouvernement mette en place des installations pour ces gens. Les migrants sont dans des complexes touristiques, ils sortent quand ils veulent. La solution, ce sont des infrastructures adaptées et des rapatriements ou des répartitions entre les différentes communautés espagnoles", avait insisté mi-novembre auprès de la rédaction des Observateurs de France 24 Adrián Hernández Cabrera, un habitant d’Arguineguín inquiet. 

D’autres habitants demandent à ce que les migrants puissent bénéficier d’un accueil digne. Le 14 novembre, une manifestation organisée par plusieurs organisations de défense des droits des migrants a rassemblé des dizaines de personnes à Arguineguín. "Migrer n'est pas un délit" ou "personne n'est illégal", pouvait-on lire sur les pancartes. "Beaucoup d'habitants sont sur la défensive face à ces arrivées massives de migrants mais ils doivent comprendre que ceux qui viennent ne sont pas les coupables", avait défendu l’un des participants, Mame Cheikh Mbaye, président de la Fédération des associations africaines des Canaries. 

Les habitants en colère et les associations s’accordent sur un point : il n’est pas question que l’archipel devienne une nouvelle prison pour les migrants. Le 16 novembre, le ministre de l'Intérieur espagnol a toutefois promis que l'Espagne n'allait pas "transformer les Canaries en un nouveau Lesbos".

Retrouvez ci-dessous la chronique de Maëva Poulet dans la matinale de France 24 : 

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