Au large du Bangladesh et de la Birmanie, des centaines de réfugiés à la dérive en pleine mer

Capture d’écran montrant un bateau de réfugiés à la dérive en mer d’Andaman. La date exacte de la vidéo est inconnue, mais elle a été partagée par des proches de passagers début décembre 2022 sur des groupes WhatsApp dédiés aux réfugiés rohingyas.
Capture d’écran montrant un bateau de réfugiés à la dérive en mer d’Andaman. La date exacte de la vidéo est inconnue, mais elle a été partagée par des proches de passagers début décembre 2022 sur des groupes WhatsApp dédiés aux réfugiés rohingyas. © Twitter/ @akmoe2

Dans la semaine du 5 décembre, des réfugiés rohingyas ont envoyé des messages de détresse depuis des bateaux à la dérive en mer d’Andaman. Leurs familles ont transmis des vidéos et appelé à l’aide les défenseurs des droits de l’Homme qui demandent à la Thaïlande et à tout autre État dont les côtes sont proches de ne pas abandonner ces réfugiés.

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Une chaloupe chargée de réfugiés rohingyas est à la dérive depuis plusieurs jours en mer d’Andaman, selon les témoignages de plusieurs proches des passagers qui ont alerté l’ONG Human Rights Watch. “Le moteur du bateau est tombé en panne, et ils dérivent donc sans nourriture ni eau suffisantes. Leurs proches au Bangladesh ont déclaré à Human Rights Watch qu'entre 8 et 16 réfugiés sont déjà morts” détaille la branche asiatique de l’ONG à notre rédaction. L’embarcation aurait quitté les côtes du Bangladesh depuis Teknaf pour gagner la Malaisie le 25 novembre dernier.

Plus d’un million de Rohingya ont fui la Birmanie où ils sont persécutés depuis des années, notamment après une violente offensive de l’armée birmane en août 2017 - armée qui contrôle le pays depuis février 2021 après un coup d’État. La majorité d’entre eux ont fui vers le Bangladesh voisin ou dans d’autres pays musulmans comme la Malaisie et l’Indonésie. 

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Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et Human Rights Watch ont tous deux insisté sur l’urgence de la situation et ont renouvelé, auprès de notre rédaction, leur appel au gouvernement thaïlandais - ou à qui le pouvait -  de venir en aide à ces réfugiés. 

Mais pour l’instant, aucun pays n’est intervenu. L’agence de presse britannique Reuters s’est entretenue avec un officier de la marine thaïlandaise qui affirme que le bateau se situe dans les eaux indiennes, ce que nie la marine indienne, toujours selon l’agence britannique. 

Une localisation du bateau a été transmise par les réfugiés à leur proche, mais celle-ci est susceptible d’avoir évoluée, comme le souligne le HCR auprès de notre rédaction.

Cette même première semaine de décembre 2022, des passagers d’au moins deux autres bateaux transportant des réfugiés rohingya ont envoyé des messages de détresse à leurs proches qui les ont également relayés.

Contacté par notre rédaction, un représentant du HCR à Bangkok a expliqué qu’il était plus difficile d’avoir des informations fiables sur la localisation et la situation de ces deux autres bateaux, mais que le HCR avait bien identifié des signaux alarmants concernant d’autres embarcations de réfugiés. 

Le 7 décembre, au moins un de ces bateaux a été secouru par un bateau de service pétrolier vietnamien. Il ne s’agit pas de celui qui a partagé sa localisation et dont les membres de la famille se sont entretenus avec Human Rights Watch. Il serait toujours en mer, selon les informations confirmées par le HCR à la rédaction des Observateurs de France 24, vendredi 9 décembre.

Cette vidéo a été transmise via des groupes WhatsApp par des membres de la famille de passagers la semaine du 5 décembre. Selon Aung Kyaw Moe, exilé Rohingya, on peut entendre en langue rohingya un homme dire qu’il y a des enfants et des femmes mortes sur le bateau. Nous n’avons pas pu établir de quel bateau il s’agissait avec certitude.

Aung Kyaw Moe, conseiller pour le ministère des Droits de l’Homme du gouvernement en exil du Myanmar, explique à notre rédaction avoir reçu de nombreux messages de détresse de la part de la famille élargie des Rohingya présents sur le bateau. 

Selon lui, deux bateaux sont partis le 18 novembre et le troisième le 25 novembre. Seul ce dernier possède un téléphone satellite à bord, ce qui explique qu’il ait pu envoyer sa localisation, et qu’il y ait plus d'informations sur la situation de ce bateau.

La mer d’Andaman: une nouvelle route migratoire dangereuse 

De plus en plus de réfugiés rohingyas se risquent à traverser la mer d’Andaman, selon un récent rapport du HCR publié le 2 décembre dernier : 1 920 personnes, en majorité des Rohingya, ont voyagé par la mer de janvier à novembre 2022, depuis la Birmanie et le Bangladesh, contre seulement 287 en 2021. Cette traversée a coûté la vie à 119 personnes en 2022.

Le Bangladesh accueille presque un million de réfugiés rohingyas, qui vivent en majorité dans d’immenses camps à Cox's Bazar et à Teknaf d’où seraient partis les bateaux. 

 

“Ils font le pari de prendre la mer car c’est toujours mieux que leur situation actuelle ou de retourner en Birmanie”

 

Pour Aung Kyaw Moe, les conditions de vie dans ces camps incitent à l’exil malgré les dangers :  

Beaucoup de Rohingya quittent le Bangladesh, où les conditions de vie sont très difficiles, mais ils ne savent pas quand ils pourront retourner en Birmanie, où ils risquent d’être arrêtés. Beaucoup de jeunes qui ont grandi dans les camps veulent simplement commencer à vivre donc c’est pour ça qu’ils font un pari sur leur vie et prennent la mer, malgré l’incertitude. Ils le font car c’est toujours mieux que leur situation actuelle ou de retourner en Birmanie”

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Cette vidéo relayée par les membres de la famille de réfugiés présents sur le bateau montre des réfugiés Rohingyas à bord d’un bateau vietnamien de la compagnie pétrolière Haduco . Elle a été filmée par un membre vietnamien de l’équipage le 8 décembre 2022, selon les informations transmises par un journaliste qui a relayé la vidéo sur Twitter.

Le 8 décembre, ces 154 réfugiés ont été livrés aux autorités birmanes. Selon Aung Kyaw Moe, ils risquent d'être enfermés sans procès : “Les Rohingya qui ont fui, sont arrêtés en Birmanie et mis en prison, il n’y a pas de procès, pas d’avocat".

Vidéo qui a circulé à l’origine sur les groupes WhatsApp de réfugiés rohingyas. L’homme en uniforme porte l'écusson de la marine birmane.