Après s'être échappés d'un centre de rétention, des Rohingya victimes d'une "chasse aux sorcières" en Malaisie

Capture d’écran d’une vidéo montrant des réfugiés rohingyas au bord de l’autoroute fuyant la police, dans la nuit du 19 au 20 avril. Vidéo filmée par un habitant et partagée sur TikTok par le média malaisien Kosmoonline.
Capture d’écran d’une vidéo montrant des réfugiés rohingyas au bord de l’autoroute fuyant la police, dans la nuit du 19 au 20 avril. Vidéo filmée par un habitant et partagée sur TikTok par le média malaisien Kosmoonline. © TikTok

Mercredi 20 avril, près de 500 réfugiés rohingyas se sont enfuis d’un centre de rétention en Malaisie. Des dizaines de vidéos les montrent en train de courir sur les routes, affolés. La plupart d’entre eux ont été arrêtés par la police depuis. Mais mardi 26 avril, les autorités malaisiennes ont lancé un appel à la population pour dénoncer 61 Rohingya toujours en fuite, suscitant l’indignation des militants des droits humains, dont notre Observatrice qui déplore que des migrants fuyant les persécutions dans leur pays, la Birmanie, soient "traités comme des criminels".

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Près de 500 réfugiés rohingyas se sont échappés du centre de détention de migrants à Sungai Bakap, sur l’île de Penang en Malaisie, le 20 avril. Percutées par des véhicules sur une autoroute située à une dizaine de kilomètres du centre, six personnes, dont deux enfants, ont trouvé la mort. 

De nombreuses vidéos montrant ce dangereux exode sur l’autoroute ont circulé sur TikTok et Facebook. Certaines, particulièrement violentes, montrent des corps allongés le long de la route. 

Sur certaines images, prises par des automobilistes, on voit des dizaines de personnes courir sur la route, poursuivies par les véhicules de police. Des hommes, des femmes et des enfants, dont certains couraient pieds nus.

@kosmoonline Reply to @tapauhabis_ Seramai enam warga asing termasuk dua kanak-kanak yang cuba menyeberangi Lebuh Raya Utara-Selatan di Kilometer (KM) 165 dekat Nibong Tebal maut dilanggar kenderaan ketika usaha melarikan diri pagi tadi.#beritatiktok ♬ original sound - Kosmo!

Vidéo filmée dans la nuit du 20 avril. On y voit des réfugiés rohingyas courir sur la la route, fuyant la police malaisienne.

Lundi 25 avril, les autorités ont fait appel à la population locale pour les aider à retrouver 61 réfugiés échappés du centre de rétention qui n’avaient pas encore été arrêtés. 

Heidy Quah a fondé Refuge for the Refugees (RFTF), une association malaisienne qui se bat pour le droit des réfugiés en Malaisie.

Les habitants de la zone où les réfugiés sont en fuite sont incités à faire une sorte de chasse aux sorcières. On leur dit de ne pas leur porter assistance et de prévenir les autorités. Mais ces détenus ne sont pas des criminels. Ce ne sont pas des assassins ou des violeurs. Ce sont des gens qui fuient leur pays à cause de la guerre.

Depuis 2017, les Rohingya arrivent régulièrement sur des embarcations en Malaisie. Ils sont dans un premier temps détenus dans le centre de rétention de Langkawi, puis transférés vers le centre temporaire de Sungai Bakap, dans le nord-ouest de la péninsule malaise. 

Persécutés de longue date dans leur pays la Birmanie, plus d’un million de Rohingya ont fui vers des pays voisins, pour une grande majorité au Bangladesh. La Malaisie en compte actuellement environ 150 000. 

–> Lire sur les Observateurs : "Dans chaque camp, une catastrophe" : au Bangladesh, la mousson aggrave la situation des Rohingya

Pour autant, la Malaisie, qui n’est pas signataire de la convention de Genève, ne leur accorde pas de statut particulier et les considère comme des migrants illégaux. Seuls ceux qui parviennent à obtenir un statut de réfugié auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés sont autorisés à rester.

 Vidéo TikTok montrant des réfugiés rohingyas rassemblés par la police sur le bas-côté de l’autoroute.

 

Les Rohingya vivent donc pour la plupart dans des centres de détention pour migrants, parfois plusieurs mois, voire plusieurs années. Et leurs conditions de vie préoccupent grandement les associations locales et internationales de défense des droits humains. 

"Certains détenus sont battus sans aucune raison valable"

Heidy Quah explique que le gouvernement malaisien n'autorise pas les associations d’aide aux migrants à visiter les centres de détention. Mais la description que lui ont fait les migrants passés par ces centres est particulièrement préoccupante : 

Ces centres de détention sont complètement surpeuplés, au point qu’on soit obligés de dormir les jambes repliées. Les besoins de première nécessité sont à peine couverts.

Quand les migrants arrivent dans ces centres, ils doivent céder toutes leurs affaires. En échange, on ne leur donne que la moitié d’un morceau de savon chacun, peut-être une brosse à dents, deux t-shirts et deux pantalons. Les femmes n’ont pas suffisamment de protections hygiéniques quand elles ont leurs règles. Et le centre ne fournit pas de couches pour les bébés. Une mère m’a raconté qu’elle utilisait un t-shirt comme couche.

Les conditions sanitaires sont très préoccupantes. C’est un véritable nid à toutes sortes de maladies et d’infections. Et il n’y a pas forcément d’assistance médicale, même quand quelqu’un est en danger de mort, et c’est d’ailleurs ce qui a déclenché la révolte dans le centre le 20 avril. 

Il y a beaucoup de mauvais traitements, beaucoup d’abus. Certains détenus sont même battus sans aucune raison valable.

Les Rohingya ne sont cependant pas renvoyés vers la Birmanie, contrairement aux autres migrants considérés comme illégaux qui ne peuvent pas prétendre au statut international de réfugiés, comme les travailleurs indonésiens.

Pour avoir dénoncé les conditions des migrants dans les centres de migration sur Facebook en 2020, Heidy Quah a été poursuivie pour "contenu offensant" envers le gouvernement. Mais lundi 25 avril, elle a appris que les poursuites avaient été abandonnées, lors d’une audience à Kuala Lumpur.