"Ils vont mourir de faim": à Shanghai, les habitants "ne voient pas le bout" d’un confinement ultra-strict

Des photos partagées sur Twitter montrent le contenu des courses alimentaires livrées par le gouvernement de Shanghai, alors que ses 26 millions d’habitants sont en confinement obligatoire.
Des photos partagées sur Twitter montrent le contenu des courses alimentaires livrées par le gouvernement de Shanghai, alors que ses 26 millions d’habitants sont en confinement obligatoire. © Twitter

La plus grande ville de Chine est en confinement total depuis le 5 avril en raison d’une forte recrudescence des cas de Covid-19. Les 26 millions d’habitants de la ville n’ont pas le droit de quitter leur maison ou leur immeuble et dépendent désormais des approvisionnements du gouvernement et des applications de livraisons, débordées, pour se nourrir. 

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Les autorités chinoises avaient initialement prévu de mettre en place un confinement progressif à l’ouest et à l’est de Shanghai. Mais la mesure a finalement été étendue à l’ensemble de la ville pour une durée indéterminée, le nombre de nouveaux cas continuant à atteindre des niveaux jamais observés jusqu’alors dans la capitale financière. Un nombre record de 21 000 cas positifs a ainsi été enregistré le 8 avril, tandis que la ville intensifiait son programme de dépistage de masse. 

Une photo partagée sur Twitter le 20 mars 2022 montre une file de personnes attendant de se soumettre au test obligatoire de dépistage au Covid-19.

Les habitants ont interdiction de quitter leur domicile pour se ravitailler. Or, la logistique nécessaire pour leur permettre de se nourrir malgré le confinement s’avère extrêmement complexe. Des vidéos, partagées sur les réseaux sociaux chinois, montrent des habitants désespérés par le manque de denrées alimentaires et de soins médicaux. 

Dans cette vidéo publiée sur Twitter le 7 avril 2022, des habitants de Shanghai manifestent depuis leur domicile.

"Les autorités utilisent en 2022 une méthode de 2020"

Céline (pseudonyme) est journaliste à Shanghai. Elle est en quarantaine chez elle depuis deux semaines.

Il y a beaucoup, beaucoup plus de cas que lors du pic à Wuhan [au début de la pandémie, en 2020, NDLR]. Les chiffres sont impressionnants, mais il s'agit principalement de cas du variant Omicron. La situation n'est donc pas si grave, mais le gouvernement ne savait pas jusqu'où cela irait et les autorités respectent toujours la politique du zéro-Covid. Elles utilisent la même méthode qu'en 2020... en plaçant les habitants dans une situation vraiment compliquée.

Dans mon immeuble, il n'y a aucun cas positif. Nous faisons des tests tous les deux jours. Personne ne sait contre quoi nous nous battons. 

Une vidéo publiée sur Weibo puis repartagée sur Twitter le 6 avril montre un drone diffusant les réglementations contre le Covid-19 à Shanghai : "Veuillez vous conformer aux restrictions Covid", "Contrôlez le désir de liberté de votre âme."

Les magasins ne sont pas ouverts. Et même si nous disposons habituellement de nombreuses applications de commande en ligne, elles ne fonctionnent pas : il n'y a presque plus d'offre de nourriture en ligne. Soit il n’y a pas de livreurs, soit il y a une pénurie de nourriture. Beaucoup d’habitants se lèvent à 6 heures du matin pour chercher de quoi manger, mais ils ne trouvent rien. Hier, deux personnes âgées de mon immeuble m'ont demandé de leur donner du riz parce qu'elles n'en avaient plus à la maison et qu'elles allaient mourir de faim. Je leur ai donc donné du riz. Ce n'est pas qu'ils n'ont plus d'argent, c'est qu'on ne peut plus rien acheter.

Ces derniers jours, les services de livraison de produits alimentaires ont été submergés par la demande, en plus de devoir faire face à un manque de personnel de livraison, eux-mêmes confinés.

Cette vidéo partagée sur Twitter le 2 avril 2022 montre une application de livraison où il n’est plus possible de commander.

Les autorités chinoises ont reconnu qu'il y a eu des retards dans la distribution de produits alimentaires, tout en assurant avoir suffisamment de réserves pour l’ensemble de la ville.

"Si le confinement se poursuit, je vais devoir trouver un autre moyen de me procurer de la nourriture"

C'est le chaos. C'est une ville très peuplée et il y a tellement de gens que je ne pense pas que l'approvisionnement du gouvernement sera suffisant. Les autorités assurent que le gouvernement se charge de fournir les denrées alimentaires, mais nous n'avons eu qu'un seul approvisionnement en huit jours. J'ai reçu seulement quelques légumes et j'ai déjà épuisé tous les stocks. Je ne sais pas quand ils vont nous livrer à nouveau. On ne voit pas le bout de ce confinement. Nous ne savons pas quand nous allons être libérés.

La nourriture que j'ai, ce sont des provisions achetées avant l'interdiction de sortir. Je pense que je peux tenir encore trois ou quatre jours. Si le confinement se poursuit au-delà, je vais devoir trouver un autre moyen de me procurer de la nourriture.

Sur Twitter, ce journaliste explique qu'une de ses amies à Shanghai a reçu du gouvernement ce simple sachet de légumes.
Une vidéo partagée le 7 avirl 2022 sur Twitter montre une femme utilisant un drone pour livrer des légumes de son jardin.

"Beaucoup de gens ont l'impression de vivre dans une zone de guerre"

Certains habitants de Shanghai ont décidé de s’entraider pour trouver de quoi manger. Dans son immeuble, Céline s’est organisée avec quelques voisins : 

Nous avons créé un groupe WeChat [équivalent de Whatsapp en Chine, NDLR] et nous demandons à nos voisins ce dont ils ont besoin. Puis, nous lançons une commande collective de produits alimentaires pour un montant d'environ 500 euros. Si vous commandez pour de gros montants, la livraison sera effectuée. Je pense que c'est parce qu'il y a une pénurie de livreurs qu'il est difficile de se faire livrer individuellement. 

Même si ce n’est pas le cas, beaucoup de gens ont l'impression de vivre dans une zone de guerre.

Alors que de nombreux habitants de Shanghai se sont exprimés sur les réseaux sociaux pour alerter sur les pénuries de produits de premières nécessités, le gouvernement chinois invite les citoyens à distinguer "les rumeurs des faits". Des publications à propos du confinement ont même été supprimées de certaines applications. Quelques habitants contournent toutefois la censure, notamment grâce à des VPN, et partagent leurs contenus sur d’autres réseaux sociaux, bloqués en Chine, comme Twitter.