Piégés et tués, les sangliers ne sont plus les bienvenus dans les rues d’Hong Kong

Une photo partagée par le groupe de défense des sangliers à Hong Kong en septembre dernier. Cette laie veille sur ses petits dans une résidence à Quarry Bay, 3 d’entre eux sont morts dans l’opération de capture des sangliers, au sud-est d’Hong Kong.
Une photo partagée par le groupe de défense des sangliers à Hong Kong en septembre dernier. Cette laie veille sur ses petits dans une résidence à Quarry Bay, 3 d’entre eux sont morts dans l’opération de capture des sangliers, au sud-est d’Hong Kong. © 香港野豬關注組 Hong Kong Wild Boar Concern Group

À Hong Kong, les sangliers s’accoutument de plus en plus aux zones urbanisées et, les cas de confrontation avec l’homme se multiplient. Depuis le 12 novembre, une nouvelle politique consiste à les piéger et les tuer, au grand dam de leurs défenseurs, convaincus qu’une cohabitation plus paisible est possible.

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Un gros sanglier qui zigzague entre piétons et cyclistes sous les immeubles, ou un petit marcassin qui trottine entre les usagers dans une rame de métro : ces deux scènes insolites, relayées sur Twitter et Weibo, ont été filmées en 2021 à Hong Kong.

un marcassin prend le métro. Vidéo partagée par le Groupe de défense des sangliers de Hong Kong le 18 juin dernier

La présence des sangliers n’est pas nouvelle dans ce territoire où les grattes-ciels et les routes animées côtoient parfois des zones naturelles où grouille la vie sauvage. Mais il y a encore quelques années, on les trouvait surtout dans les lieux peu urbanisés, notamment à l’orée des forêts recouvrant les montagnes qui entourent la ville. 

Cette cohabitation ne fait pas que des heureux, comme en témoigne l’attaque, le 10 novembre, d’un policier hongkongais, sévèrement mordu par un sanglier sauvage blessé pour lequel il avait été mobilisé, avec les agents du département de l’agriculture et de la pêche (AFCD). L’attaque qui a conduit le policier à l’hôpital, documentée par une vidéo de surveillance, a largement été relayées sur les réseaux et par la presse hongkongaise, rouvrant  le débat sur la gestion de ces sangliers. 

Depuis quelques années, ce type de confrontation aurait particulièrement augmenté. En 2018, plus de 900 plaintes liées à ces animaux ont par exemple été enregistrées, soit presque 3 fois plus qu’en 2013.  Selon l’AFCD, les sangliers auraient été à l’origine de 36 blessures en dix ans, dont 30 survenues ces trois dernières années.  

Deux jours après cette nouvelle attaque, l’AFCD a annoncé le lancement d’une nouvelle politique pour gérer la population grandissante de sangliers : piéger, capturer, puis tuer ceux qui s’aventurent dans certaines zones urbaines identifiées.

Un Sanglier se baladant sur un trottoir à Hong Kong. Vidéo publié Sur Weibo Le 12 Novembre 2021, où elle a été vue près de 2 million de fois.

Ces nouvelles mesures annoncées le 12 novembre dernier, ont été vivement critiquées par les associations hongkongaises de défense des animaux. Elles mettent fin à une politique instaurée en 2017 qui consistait à capturer l’animal s’il se trouvait dans une zone urbaine, le stériliser et le relâcher dans un milieu adapté à son habitat.

Capture d'écran d'une vidéo Douyin montrant une capture de sanglier à Hong Kong, en 2020
Capture d'écran d'une vidéo Douyin montrant une capture de sanglier à Hong Kong, en 2020 © Les Observateurs de France 24 : visionner sur Douyin

Le département de l'agriculture et de la pêche (AFCD) s'appuie également sur une campagne d’affichage public pour demander aux citadins d’arrêter de nourrir les sangliers. Ce serait l’une des raisons qui participerait le plus à sa présence en pleine zone urbaine : parce qu’ils les apprécient et les trouvent “mignons” de plus en plus de Hongkongais ont commencé à nourrir les sangliers. Ces derniers se sont alors progressivement accoutumés à la nourriture de la ville, qui s’est également rapprochée de leur habitat naturel à mesure que l’urbanisation s’étendait. Le 16 novembre, Carrie Lam, la gouverneure d'Hong Kong, a indiqué qu'elle envisageait d'augmenter les sanctions pour ceux qui nourrissent les sangliers. 

Une hongkongaise compare les sangliers à Hong Kong aux écureuils de New York

Dans la nuit du 17 novembre, les autorités ont mis en pratique la nouvelle politique et éliminé sept sangliers après les avoir attirés dans une énorme cage avec des morceaux de pains, sur une route de la ville d’Aberdeen (Hong Kong).

L’épisode a suscité l’émoi des associations hongkongaises de défense des animaux, dont le groupe de défense des sangliers d’Hong Kong, une ONG qui veille à la cohabitation et la préservation de l’espèce dans le milieu urbain.Une lettre ouverte rédigée avec le média "Animal post et à ce jour cosignée par 15 autres associations hongkongaises de défense des animaux demande que cessent immédiatement cette politique et propose plusieurs alternatives :   

“Les sangliers n'attaquent généralement pas les humains de leur propre initiative (...) votre département a-t-il enquêté sur les causes et les détails des blessures du sanglier chaque année ? (...)

Cette nouvelle politique (...) considère l’élimination des sangliers comme une question de survie, sans se demander s’ils s’en sont pris à un être humains (...) À cause de l'urbanisation humaine, son habitat est réduit, il est inévitable qu’il aille dans les zones urbaines.

Il existe de nombreux moyens proactifs pour réduire les conflits entre  les porcs et les humains, notamment la stérilisation pour réduire le nombre de sangliers, l'éducation et les lois pour empêcher le public de nourrir les sangliers.”

La pétition associée à la lettre ouverte avait obtenue, au 18 novembre,  plus de 70 000 signatures.

L'appel à pétition du "Hong Kong animal post" a été partagée plus de 8 000 fois sur Facebook