Covid-19 : une vidéo ancienne trompe internautes et médias sur la pandémie en Inde

Ces images d’individus au sol en Inde ne visent pas à simuler des morts du Covid-19, mais font suite à une catastrophe industrielle survenue en mai 2020.
Ces images d’individus au sol en Inde ne visent pas à simuler des morts du Covid-19, mais font suite à une catastrophe industrielle survenue en mai 2020. © Observateurs

Une vidéo largement diffusée sur Twitter montre des individus s’effondrant sur le sol, en Inde. Des commentaires les accusent d’être des acteurs simulant les dégâts causés par la pandémie de Covid-19, afin de manipuler l’opinion. En réalité, les images datent de mai 2020 et sont liées à une fuite de gaz toxique survenue dans une usine. Des médias en Asie et en Amérique ont pourtant utilisé à tort ces images.

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Actualisation 14/05/2021 - Contactée par notre rédaction, l'agence de presse Eyepress reconnaît avoir fait l'erreur de lier cette vidéo à la pandémie de Covid-19 en Inde, et donc être à l'origine de la confusion du New York Post. Elle explique : "Nous avons immédiatement retiré la vidéo après avoir vérifié cette erreur, en informant [l'agence de presse] Reuters (...) Nous avons également immédiatement informé le New York Post (...) Nous nous excusons pour cette erreur et avons revu notre méthode de travail concernant l'acceptation de contenus fournis par les utilisateurs." 

“PsyOps”, s’insurge un post en français sur Twitter, publié le 26 avril. Un terme désormais largement repris sur les réseaux sociaux pour désigner ce qui serait une “opération psychologique de déstabilisation” autour de la pandémie de Covid-19. 

Pour l’auteur de ce tweet, ces images ne seraient diffusées à la télévision indienne que pour dramatiser les effets de la pandémie de Covid-19, et ainsi mieux faire accepter les mesures de restrictions adoptées en conséquence.

La même vidéo a été largement reprise, partagée et commentée sur Twitter. Elle cumule plus de 110 000 vues. Et chacun y va de sa propre hypothèse, comme cet utilisateur qui écrit : “Le fait que plusieurs personnes se trouvent mal au même endroit et en même temps prouve que ce n’est pas le virus. Voir plutôt des phénomènes électromagnétiques 5G ou autres”. Alors, à quoi sont réellement dues les scènes alarmantes compilées dans la vidéo ?

Des centaines d’individus intoxiqués

Pour retrouver l’origine des images, il faut procéder à une recherche d’image inversée avec l’outil InVID (voir ici comment faire). Sur les moteurs de recherche Google et Yandex, de nombreuses occurrences apparaissent. Les extraits repris sont en fait une compilation d’images filmées lors d’une catastrophe industrielle en Inde.

Dans la nuit du 6 au 7 mai 2020, une fuite de gaz toxique s'est produite dans une usine opérée par LG Polymers, filiale indienne de l'entreprise sud-coréenne LG Chemicals, et implantée en bordure de la ville industrielle et portuaire de Visakhapatnam, dans l'État d'Andhra Pradesh. Bilan : 13 morts et plus de 1000 blessés. 

Les habitants des villages alentours dormaient et ont inhalé le gaz dans leur sommeil. Des centaines de personnes, intoxiquées, ont dû être transportées à Visakhapatnam pour être hospitalisées. Les images capturées par des particuliers ce jour-là montrent des femmes, hommes et enfants suffoquant, allongés sur un bord de trottoir ou directement dans la rue.

Les jours suivants, ces contenus ont ensuite été diffusés par de nombreux médias, indiens, coréens, francophones ou encore anglophones, afin d’informer sur les conséquences dramatiques de l’incident. 

L’erreur d’un média américain

Parmi les utilisations controversées de la vidéo, celle d'un média américain a concentré les critiques sur les réseaux sociaux. Le New York Post a repris ces séquences dans un article publié le 26 avril et intitulé "La vague de COVID ‘avale’ les gens en Inde, des images montrent des personnes mortes dans les rues". Cette erreur a alimenté les thèses selon lesquelles les médias internationaux exagéreraient la situation autour de la pandémie en Inde.

“Le fait qu'ils doivent recycler de vieilles images de personnes mourantes en dit long sur la situation réelle en Inde”, écrit un utilisateur Facebook. “Encore un exemple des médias qui vous mentent”, renchérit-on sur Twitter.

"Le New York Post s'est fait prendre en flagrant délit de fausse nouvelle sur les décès en Inde"
"Le New York Post s'est fait prendre en flagrant délit de fausse nouvelle sur les décès en Inde" © Observateurs

"Le NewYorkPost est visiblement gêné et a retiré sa photo mensongère"

Quelques heures après la mise en ligne de son article, le New York Post a réagi en retirant la vidéo de son article et en en modifiant le titre, pour "La vague de COVID ‘avale’ les gens en Inde ‘comme un monstre’”.  

Le journal indique, en note de bas de page, avoir précédemment repris des images d’illustration mises en ligne par l'agence de photographies de presse asiatique Eyepress, qui lui ont été fournies via le site de l’agence de presse Reuters. Selon lui, la légende accompagnant les images "identifiait faussement les victimes de la fuite de gaz comme des victimes du Covid-19”. 

Le New York Post n’est pas le premier média à être tombé dans le panneau : le 23 avril 2021, une chaîne de télévision sri lankaise a diffusé dans son journal, au moment des titres, l’extrait où l’on voit une femme s’écrouler, en annonçant qu’il serait question du Covid-19. 

Ce ne sont d’ailleurs pas les seules fois que cette vidéo a été dénaturée : fin mai 2020, des internautes indiens, chinois et iraniens avaient cru voir dans ces morts soudaines les dégâts causés par un insecte volant meurtrier, comme rapporté ici

L'Inde dépassée par la pandémie

Si cette vidéo ne montre pas des personnes atteintes du Covid-19, l’Inde fait cependant bien face à une préoccupante explosion du nombre de personnes positives. Au point de se retrouver à court d’oxygène en milieu hospitalier, ressource indispensable pour soulager les patients en détresse respiratoire aiguë. 

Le pays vient de dépasser la barre symbolique des 200 000 morts, et les crématoriums sont dépassés face à l'afflux de cadavres qui s'accentue jour après jour.