Maintenu au sol devant des croquettes de chien : l'arrestation filmée d’un journaliste russe fait scandale

Au sol, le journaliste russe Gennady Shulga lors de la perquisition de son logement par des officiers de police le 6 février 2021 à Vladivostok.
Au sol, le journaliste russe Gennady Shulga lors de la perquisition de son logement par des officiers de police le 6 février 2021 à Vladivostok. © Twitter
4 mn

Samedi 6 février, des activistes russes proches de l’opposition ont subi une vague d’arrestations à Vladivostok, grande ville de l’Extrême-Orient, située sur les rives de l’océan Pacifique. Parmi les quatre militants arrêtés, un journaliste local connu pour ses positions pro-communistes a été humilié et filmé par les policiers, qui l’ont allongé devant une gamelle de croquettes pour chiens. Ces derniers ont ensuite fait circuler les images sur les réseaux sociaux.

Publicité

Dans la vidéo relayée sur Twitter le 6 février, on voit le journaliste Gennady Shulga torse nu, allongé sur le sol. Un homme portant un uniforme à motif camouflage tient fermement son visage. À quelques centimètres de celui-ci, on distingue une gamelle contenant des croquettes pour animaux de compagnie. 

Après la diffusion de cette vidéo sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont indignés. 

Cet internaute décrit sur Twitter des "images particulièrement choquantes". 

Voici ce qu’on entend, en russe, dans cette vidéo : 

- Nom, prénom, patronyme !

- Shulga, Guennady Borissovitch.

- Tu sais pourquoi on t'arrête ?

- Ben, je devine à peu près...

Selon le média russe d’opposition Novaya Gazeta, au moins quatre militants politiques ont été arrêtés samedi 6 février, dont Gennady Shulga, qui pilote le média Newsbox24 mais est considéré comme un activiste et blogueur pro-communiste. Il est connu pour avoir couvert de nombreuses manifestations, notamment celle en soutien à l’opposant Alexeï Navalny le 23 janvier dernier. 

Cette manifestation organisée le 23 janvier à Vladivostok est aujourd’hui l’objet d’une enquête pour "obstruction de la voie publique". C’est dans le cadre de cette enquête que les forces de l’ordre ont fait irruption dans le logement du journaliste le matin du 6 février avant de saisir son ordinateur, ses téléphones et divers équipements et de lui faire subir ce que beaucoup d’internautes ont jugé comme un traitement humiliant. 

"Les gens ont bien vu que la police cherchait simplement à m’humilier"

Dans une vidéo publiée le lendemain sur la chaîne YouTube de son média, il détaille face caméra les événements et affirme que l’opération dans son appartement a commencé vers 7 h et a duré environ deux heures. Il a ensuite été conduit et interrogé au département de lutte contre l’extrémisme de la Direction locale des affaires intérieures avant d’être relâché vers 13 h.

J’ai été maintenu au sol [dans mon logement] et interrogé comme les trafiquants de drogues endurcis, les violeurs ou les terroristes. [...] J’ai su qu’ils allaient diffuser la vidéo parce qu’ils l’ont eux-mêmes suggéré [...] alors que je ne fais aucune confession dans celle-ci. 

Je trouve d’ailleurs étrange qu’ils l’aient diffusée, puisqu’en voulant m’humilier il se sont plutôt humiliés eux-mêmes. 

Quand les gens ont vu mon visage à côté de la gamelle de mon chien, il y a eu une indignation générale, les gens ont bien vu que la police en faisant ça et en le filmant cherchait tout simplement à m’humilier. Je suis soulagé que ma fille n’était pas à la maison à ce moment-là. 

Il raconte ensuite que lors de son interrogatoire, les officiers de police lui ont confirmé qu’il avait le statut de témoin dans l’affaire du 23 janvier. Son interrogatoire brutal et la diffusion de la vidéo constituent selon lui une dérive digne d’un "état policier". 

Interrogés à ce sujet par le média Novaya Gazeta, les autorités n’ont pas réagi à la diffusion de ces images.