États-Unis : l’arrestation filmée d’une vendeuse ambulante de fruits dans le métro fait polémique

 La vendeuse de fruits Maria Falcon a été arrêtée pour avoir vendu des fruits dans le métro de New York sans permis. La vidéo de l'arrestation est devenue virale, a été vivement dénoncée par les défenseurs des vendeurs de rue de la ville.
La vendeuse de fruits Maria Falcon a été arrêtée pour avoir vendu des fruits dans le métro de New York sans permis. La vidéo de l'arrestation est devenue virale, a été vivement dénoncée par les défenseurs des vendeurs de rue de la ville. © Observers

La vidéo virale de l’arrestation d’une vendeuse de fruits dans le métro à New-York, le 29 avril dernier, illustre, pour les défenseurs des vendeurs de rue new-yorkais, une nouvelle fois le traitement injuste qu'ils subissent dans une ville où il est de plus en plus difficile d’obtenir un permis pour cette activité.

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​​Maria Falcon est une vendeuse de fruits qu’on pourrait dire aguerrie. Le 29 avril dernier, elle avait son chariot rempli de mangues, de kiwis et de melons sur le quai d'une station de métro de Brooklyn, lorsque la police l’a arrêtée et menottée. Sa fille, qui était avec elle à ce moment-là, a filmé l'incident dans une vidéo publiée le 7 mai et qui est rapidement devenue virale.

Elle montre la vendeuse de fruits emmenée par un policier, tandis qu'un autre la suit avec son chariot de fruits. Maria Falcon a déclaré au média amNewYork qu'elle n’était pas en train de vendre au moment où la police l'a abordée.

La vidéo a été partagée par le compte Twitter “The Street Vendor Project” (Le projet “vendeurs de rue”), une organisation caritative qui défend les vendeurs de rue new-yorkais et les aide à obtenir les licences et permis adaptés, ainsi qu’à développer leur activité commerciale et à faire valoir la vente ambulante comme partie intégrante du patrimoine new-yorkais.

Une autre vidéo montre le chariot de Maria Falcon rempli de barres de chocolat, et de sacs de fruits découpés, fraises, mangues ou encore kiwis.

Maria Falcon vend toutes sortes de marchandises sur son chariot depuis 2008 dans les rues de New York.

Le 29 avril, elle a été retenue au poste de police pendant près de deux heures. Les agents lui ont confisqué son chariot et ses produits. Elle a été fouillée pour vérifier si elle ne vendait pas de produits illicites, puis a reçu une citation à comparaître devant le tribunal pour activité commerciale non autorisée.

“Tout ce que je veux, c'est un endroit où travailler en toute sécurité"

Maria Falcon a raconté son expérience à amNewYork :

Je me suis sentie terrorisée. Je me suis installé dans une zone où je ne gênais personne. Je suis contre le mur et je me tiens là, pour ne déranger personne, juste pour vendre des fruits et des churros.

Laissez-nous travailler dans la dignité. Nous sommes des migrants, nous ne faisons de mal à personne. Nous, les femmes, ne sommes pas à la maison à attendre que nos maris viennent gagner de l'argent pour nos familles. Nous sommes dehors à travailler et à essayer de subvenir à nos besoins. Tout ce que je veux, c'est un endroit où travailler en toute sécurité.

Maria Falcon, qui est originaire d’Équateur, a expliqué qu'elle avait pour habitude d’installer son chariot à l'intérieur des stations de métro pendant les mois où il faisait le plus froid, mais qu'elle avait choisi d’y rester pendant la pandémie de Covid-19, car il y avait bien plus de passage.

Maria Falcon avait déjà été arrêtée. Elle avait reçu une contravention en avril dernier mais, selon elle, c’est la première fois que la police lui prenait ses produits.

La police new-yorkaise sévit face aux vendeurs sans permis

Sur Twitter, le Street Vendor Project explique que Maria Falcon possède bien une licence valide de vendeuse d'aliments. Celle-ci signifie qu'elle a suivi des cours sur la sécurité alimentaire et qu'elle paie la taxe sur les ventes pour son activité. Elle n’a, cependant, pas de permis de vente ambulante d'aliments. Ces permis autorisent les particuliers à vendre des aliments préparés après avoir passé une inspection du ministère de la Santé garantissant qu'ils répondent à des exigences sanitaires.

Le problème est que l’obtention de ce permis n’est pas chose aisée. Il est délivré en nombres limité : actuellement 5 100 vendeurs dans tout New York en possèdent un. Ce nombre n’a pas évolué depuis les années 1980. Et comme le permis – une fois obtenu – est renouvelable indéfiniment, il est très difficile d’en obtenir un pour les milliers de personnes aujourd’hui sur liste d’attente. 

D’après le site web du département de la santé de New York, la ville délivrera 445 permis supplémentaires chaque année au cours des dix prochaines années, ce à partir de juillet 2022, pour permettre à certaines des personnes qui sont déjà sur la liste d'attente d'obtenir un permis en règle.

Néanmoins, il y aurait selon les estimations entre 10 000 et 12 000 vendeurs à New York, et la plupart opèrent illégalement. La police et le département de la protection des consommateurs et des travailleurs (DCWP) délivrent chaque année des centaines d'incitations à comparaître devant le tribunal à des vendeurs de rue non autorisés, accompagnées d’une amende qui peut aller jusqu’à 1 000 dollars (environ 960 euros). Le nombre actuel de contraventions a rattrapé celui pré-pandémie. Quelque 1 621 contraventions ont été émises sur six mois de l'année 2021, contre 1 609 pour toute l'année 2019.

La police new-yorkaise a resserré la vis face aux vendeurs ambulants après une série de mesures visant à améliorer la qualité de vie, mises en place par le maire de New York, Eric Adams. Ces mesures prévoient notamment plus de fermeté face aux infractions de faible gravité comme la consommation d'alcool en public ou le vagabondage. Le nombre d’agents de police dans les métros a été augmenté. Pour les critiques, ces mesures qui visent à punir les petits délits dans le but d'en prévenir de plus grands sont inefficaces et impactent injustement les populations les plus défavorisées.

Ces mesures, additionnées à la pandémie de Covid-19, ont rendu le travail des vendeurs ambulants de plus en plus difficile. 

L'arrestation de Maria Falcon rappelle des incidents assez similaires impliquant des vendeurs ambulants. En 2019, une immigrée équatorienne avait été arrêtée dans une station de métro et s'était vue confisquer son chariot rempli de churros. Et en septembre dernier, des agents municipaux ont fermé un stand tenu par une vendeuse du Bronx qui n’avait pas de permis. Une vidéo virale montrait alors des employés municipaux jeter ses produits frais dans un camion poubelle.

Obstruction des trottoirs, problèmes de santé et de sécurité, impact sur les petits commerces voisins… Les vendeurs de rue sont ciblés par différentes plaintes. Mais leurs défenseurs affirment qu’ils aident l'économie locale et contribuent à la culture de la ville de New York. 

"Imaginez que deux agents de la ville et des policiers viennent vous contrôler", dit Carina Kaufman-Gutierrez, vice-présidente du Street Vendor Project. "La ville mobilise toutes ces ressources pour criminaliser et faire fermer ces petites entreprises au lieu de créer un programme pour qu’ils obtiennent des licences adaptées et soient réglementés."