Exécution collective en plein jour dans une rue du Mexique : "les cartels agissent dans l’impunité"

Une dizaine de personnes ont été tuées par des membres d’un cartel à San José de Gracia, dans l’État de Michoacán, au Mexique, le 27 février.
Une dizaine de personnes ont été tuées par des membres d’un cartel à San José de Gracia, dans l’État de Michoacán, au Mexique, le 27 février. © Réseaux sociaux.

Une dizaine de personnes ont été exécutées par des membres d’un cartel dans une petite ville mexicaine fin février, comme le montrent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. À l’origine de cette violence : un conflit entre deux hommes de ce groupe. Selon notre Observateur, cette exécution dans une rue, en plein jour, témoigne de l’impunité dans laquelle agissent les cartels. 

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Dans une vidéo tournée le 27 février, dans la ville de San José de Gracia, dans l’État de Michoacán, on voit un groupe de personnes, le long d’un mur, dans la rue, les mains sur la tête. Des hommes armés leur font face. Un autre homme est au téléphone. Puis on entend un tir. À ce moment-là, l’homme au téléphone semble tomber au sol et le cadre de l’image bouge vers la gauche : il devient alors impossible de voir ce qu’il se passe, mais on entend une rafale de tirs durant dix secondes environ. À la fin de la vidéo, de la fumée est visible à l’endroit où se trouvait le groupe de personnes. 

Notre rédaction a décidé de montrer uniquement des captures d’écran de cette vidéo, en raison de la violence de la scène (géolocalisation ici).

Captures d’écran de cette vidéo tournée à San José de Gracia (Michoacán), le 27 février. À gauche : avant les tirs (l’homme au téléphone est entouré en rouge). À droite : pendant les tirs.
Captures d’écran de cette vidéo tournée à San José de Gracia (Michoacán), le 27 février. À gauche : avant les tirs (l’homme au téléphone est entouré en rouge). À droite : pendant les tirs. © Réseaux sociaux.

Dans une autre vidéo, tournée au même endroit, un corps est visible au sol : si l’on se fie à son emplacement, il s’agit du corps de l’homme qui téléphonait dans la première vidéo. La situation semble tendue, car des hommes se cachent derrière un véhicule, puis de nouveaux tirs résonnent durant 40 secondes.

Autre vidéo tournée à San José de Gracia (Michoacán), le 27 février, montrant un corps au sol.  

Conflit entre deux membres d’un cartel 

Selon les autorités et les médias mexicains, ces violences se sont produites en raison de l’existence d’un conflit entre les deux hommes, membres de cellules différentes du Cartel de Jalisco Nueva Generación : "El Pelón" ("le chauve") et "El Viejón" ("le vieux").

"El Pelón" s’était rendu à San José de Gracia pour participer à une veillée funéraire, organisée pour la mort de sa mère, malgré les menaces d'"El Viejón". Ce dernier et d’autres hommes armés sont ensuite arrivés, et l’ont obligé à sortir dans la rue, de même que les gardes du corps qui l’avaient accompagné à la veillée. "El Pelón" est l’homme qui téléphone dans la première vidéo : il aurait essayé de passer un appel pour "négocier", avant d’être abattu. 

Corps enlevés et site nettoyé 

Selon d’autres images publiées sur les réseaux sociaux, à la suite des tirs, les corps ont été retirés des lieux et le sang visible au sol a été nettoyé, a priori par les hommes armés ayant exécuté le groupe.

Images tournées à San José de Gracia (Michoacán), le 27 février. À gauche : capture d’écran d’une vidéo, où l’on voit deux corps à l’arrière d’un pick-up. Au milieu et à droite : photos montrant des hommes nettoyer les lieux, après les tirs.
Images tournées à San José de Gracia (Michoacán), le 27 février. À gauche : capture d’écran d’une vidéo, où l’on voit deux corps à l’arrière d’un pick-up. Au milieu et à droite : photos montrant des hommes nettoyer les lieux, après les tirs. © Réseaux sociaux.

Au moins onze morts, selon les autorités

Les forces de sécurité sont arrivées sur les lieux plus de trois heures après les événements. Le lendemain, Adrián López Solís, le procureur général du Michoacán, a déclaré qu'ils avaient retrouvé sur place un sac contenant "des restes de masse encéphalique", un autre rempli de produits de nettoyage, et une centaine de cartouches percutées de quatre calibres différents. Plusieurs médias locaux ont indiqué que le bilan oscillait entre 10 et 17 morts. 

Le 7 mars, Adrián López Solís a déclaré qu’au moins onze personnes avaient été tuées, selon l’ADN retrouvé dans le sang prélevé sur place. Aucun corps n’a toutefois encore été retrouvé par les autorités.  

Pour l’heure, rien n’indique si les victimes étaient toutes membres du cartel ou non.

Vidéo tournée à San José de Gracia (Michoacán), le 27 février, montrant un homme marcher dans la rue où les tirs se sont produits : on voit du sang sur le sol, et des impacts de balles sur un portail et un mur.

"Faire disparaître les corps et laver le lieu du crime, cela permet d’éviter les enquêtes"

Le prêtre Gregorio López Gerónimo - plus connu comme père "Goyo" - vit à Apatzingán, une ville située dans le Michoacán, à 200 km environ de San José de Gracia. Il est à l’origine de la fondation "El Buen Samaritano", qui défend les droits de l’homme et dénonce notamment le crime organisé. 

Après une exécution, il est courant que les corps soient enlevés par les assassins, pour les faire disparaître. Dans la région, il y a d’ailleurs des milliers de disparus. [Près de 100 000 personnes disparues sont actuellement enregistrées au Mexique, NDLR.] Par contre, laver le lieu du crime, c’est moins courant. Tout cela permet d’effacer les preuves d’un crime, et donc d’éviter les enquêtes. Mais avec les réseaux sociaux, on ne peut plus tout cacher…

Le fait d’exécuter des gens dans une rue, en plein jour, sans se soucier d’être inquiétés, cela montre que ce sont les groupes armés qui font autorité ici. Ils agissent dans l’impunité. Les autorités civiles ne comptent pas, et leur non-intervention les rend complices. D’ailleurs, des dizaines de maires ont des liens avec le crime organisé dans la région.

Il y a au moins dix cartels dans le Michoacán. Ils se disputent le contrôle du territoire de façon permanente. Bien évidemment, ce sont les habitants qui souffrent le plus de leur présence. Par exemple, ils obligent les éleveurs, les agriculteurs, les commerçants ou encore les producteurs d’avocats à leur verser de l’argent, pour les laisser tranquilles. Ils volent des propriétés, des vaches... Ils forcent des jeunes à les rejoindre pour qu’ils deviennent tueurs à gage. C’est pourquoi beaucoup de jeunes partent d’ici. D’une manière générale, il y a beaucoup de déplacés internes, dans la région et dans le reste du pays. [Selon des chiffres publiés en 2020 par la Commission mexicaine de défense et de promotion des droits de l’homme, un organisme non-gouvernemental, 356 792 personnes sont actuellement déplacées en interne, c’est-à-dire dans le pays, en raison de la violence, NDLR.]

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : 

Le 10 mars, de nouvelles violences ont eu lieu dans le Michoacán, dans la ville de San Juan Nuevo, impliquant d’abord des civils armés, puis les militaires et la police, faisant cinq morts.

Tirs dans les rues de San Juan Nuevo (Michoacán), le 10 mars. 

En 2021, plus de 33 000 assassinats ont été recensés au Mexique, un chiffre légèrement en baisse par rapport aux records de 2019 et 2020. Le Michoacán a été le troisième État comptabilisant le plus de morts cette année-là.