JOURNEE INTERNATIONALE DES DROITS DES FEMMES

Droits des femmes : du Brésil à l’Irak, quatre Observatrices racontent leur combat

Retour sur quatre témoignages d'Observatrices à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Retour sur quatre témoignages d'Observatrices à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. © Observateurs

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, lundi 8 mars, la rédaction des Observateurs de France 24 vous propose de relire quatre témoignages de femmes qui portent la cause des femmes dans leur pays, au Brésil, au Mexique, en Irak et en République démocratique du Congo.

Publicité

Notre réseau d’Observateurs nous alerte régulièrement sur la condition des femmes dans le monde. En 2020, plusieurs femmes ont évoqué leur combat : pour le droit de manifester aux côtés des hommes, pour le droit à l’avortement, pour une prise en charge adaptée des femmes victimes de violences sexuelles ou contre les féminicides.

MEXIQUE - "Le Mexique n’est pas un pays sûr pour les femmes"

Au Mexique, en 2020, les mouvements féministes ont mis la pression sur le gouvernement d'Andrés Manuel Lopez Obrador, bien décidés à obtenir des avancées concrètes contre les violences machistes et les féminicides. En 2019, plus de 3 800 femmes ont été tuées dans le pays.

Le 9 novembre, une manifestation organisée par un réseau féministe après trois féminicides en un week-end dans l’État de Quintana Roo a été violemment réprimée par les forces de l’ordre.

Nadia, membre des collectifs DAS (Droits, autonomies et sexualités) et Pride Cancún (Fierté Cancún), y avait participé. Le 11 novembre dernier, elle racontait :

Je suis allée manifester car ces trois féminicides m’ont émue, et car le Mexique n’est pas un pays sûr pour les femmes, d’une manière générale. Depuis la grande manifestation qui a eu lieu à Cancún le 8 mars [lors de la Journée internationale des femmes 2020, NDLR], les organisations féministes ont commencé à travailler avec les autorités sur le sujet, mais malheureusement, rien n’avance très vite.

Alors que la manifestation avait commencé devant le bâtiment du Ministère public général, l’entité chargée d’enquêter sur les cas de féminicides, le cortège s’était ensuite dirigé vers le Palais municipal. C’est là que les manifestants ont été violemment repoussés par les forces de l’ordre.

Des personnes ont aussi été frappées et arrêtées. C’est la première fois qu’une protestation est réprimée de la sorte à Cancún.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS : Manifestation contre les féminicides au Mexique : "J’ai couru quand les policiers se sont mis à tirer"

>> POUR ALLER PLUS LOIN : Au Mexique, le fléau national des féminicides

BRÉSIL - "L'avortement ne doit plus être considéré comme un crime au Brésil"

Dimanche 16 août 2020 à Recife, au Brésil, des militants catholiques et évangéliques se sont rassemblés devant l'hôpital où une enfant de 10 ans, enceinte après avoir été violée par son oncle, devait être admise pour un avortement. Plusieurs images publiées sur les réseaux sociaux ont immortalisé la scène.

Dans l'une des vidéos, les militants, notamment des membres du Mouvement "pro-vie" brésilien et d'un groupe catholique local alignés devant l'établissement, se mettent à scander : "Assassins, assassins !"

Paula Viana, infirmière et membre de l'organisation féministe Grupo Curumim, décrivait en août 2020 "un cas symbolique" d’atteinte aux droits des femmes, illustrant la complexité de l'accès à l'avortement au Brésil :

La question de l'avortement de cette petite fille est très emblématique. C'est un cas symbolique de ce que vivent les femmes brésiliennes et de la menace conservatrice, qui s'empare de la force des religions comme instrument de mobilisation. Une manifestation de ce type-là, je n'en avais jamais vue. C'est justement une particularité du moment que nous vivons, cette expression de la haine. [...] Les représentants des religions et les militants contre l'avortement sont actifs depuis plusieurs années au Brésil, mais leurs modes opératoires n'avaient jusqu'ici pas bénéficié de l'approbation des représentants du pouvoir législatif.

Au Brésil, l'avortement est inscrit dans le code pénal où il est considéré comme un crime. Il est toutefois permis de pratiquer un avortement en cas de viol, de risque de mort pour la mère et [depuis une décision de la Cour suprême rendue en 2012, NDLR] en cas de présence d'une anencéphalie fœtale. C'est une des grandes luttes des mouvements féministes au Brésil : que l'avortement ne soit pas considéré comme un crime – du moment où il n'est pas pratiqué contre la volonté de la femme.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS : Brésil : des militants tentent d’empêcher l’avortement d’une fillette, "un cas symbolique de la menace conservatrice"

>> POUR ALLER PLUS LOIN : Jair Bolsonaro critique violemment la légalisation de l'avortement en Argentine

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO - "Nous aidons les victimes de violences sexuelles à se 'détraumatiser'"

Au Nord-Kivu, dans une région minée par les conflits et l’insécurité, la prise en charge des femmes et jeunes filles victimes est complexe. C’est la mission de l’ONG locale PGDD, qui les reçoit et les oriente vers les services médicaux et, si possible, vers les services de police pour déposer plainte.

Un accompagnement est également prévu pour aider ces femmes à reprendre confiance et à avoir une stabilité économique, comme nous l’expliquait en juillet 2020 notre Observatrice Devotte Kahambu Muhyana, animatrice sociale au sein de l'ONG : 

Nous aidons les victimes de violences sexuelles à se "détraumatiser" avec le chant. J'anime ces ateliers avec le coordinateur de PGDD depuis deux ans. Il y a presque tous les âges, de 17 à 45 ans. Après le chant, elles ressortent joyeuses, souriantes. Moi aussi, j'ai eu des traumatismes, et les aider m'aide aussi. Ça me permet d'aller mieux.

Nous formons aussi ces femmes à l’agriculture, au tressage des cheveux, à la fabrication de paniers. Ça les aide dans la vie. Certaines vont ensuite tresser les cheveux dans des quartiers pour avoir un peu d’argent. Avec ces occupations, elles pensent aussi à autre chose. Il y a beaucoup de solidarité entre elles, d'entraide sociale et c'est aussi ce que nous voulons.

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS : RD Congo : au Nord-Kivu, la reconstruction tant bien que mal des femmes victimes de violences sexuelles

>> POUR ALLER PLUS LOIN : Portrait du Dr Denis Mukwege, "l'homme qui répare les femmes" (2019)

IRAK - "Filles de la patrie" : en Irak, les femmes revendiquent leur place dans les sit-in

Le 13 février 2020, en plein mouvement de contestation contre le pouvoir en Irak, Moqtada Sadr, le leader du parti conservateur chiite Mouvement sadriste, s’est attiré la colère des manifestants en attaquant, dans un tweet, la jeunesse contestataire et plus particulièrement les femmes qui prennent part aux sit-in, "se mélangeant ainsi aux jeunes hommes dans les tentes".

En réaction à cette déclaration, plusieurs centaines de femmes irakiennes ont décidé de dédier la journée du 13 février à des manifestations… réservées aux femmes. Organisés dans plusieurs villes du pays simultanément, ces défilés leur ont permis de rappeler haut et fort leur participation active à la mobilisation contre le pouvoir, aux côtés de leurs camarades masculins, malgré les critiques et les attaques des personnalités religieuses chiites. Autour d’elles, ces mêmes "frères de combat" ont encerclé leurs marches, pour les protéger d’éventuels fauteurs de troubles.

Najla Jabouri, habitante de Bagdad, qui approvisionnait bénévolement les tentes des sit-in en nourriture et premiers soins, expliquait à notre rédaction : 

Les Irakiennes n’accordent plus d’importance à ce genre de déclarations. Nous combattons depuis le début côte à côte et main dans la main avec nos camarades hommes. En sortant dans la rue, nous savions très bien ce que nous allions devoir affronter en tant que femmes, surtout dans un pays comme le nôtre, où les chefs religieux ont leur mot à dire.

J’ai vu pendant des mois des médecins, des mères de famille ou des étudiantes participer à la vie de ces sit-in : elles débattent, elles nettoient la rue et les tentes, elles fabriquent des banderoles... Elles sont au cœur du mouvement. Ces mêmes femmes méritent-elles qu’on les diffame de manière aussi odieuse à des fins politiques ?

>> RELIRE SUR LES OBSERVATEURS : "Filles de la patrie" : en Irak, les femmes revendiquent leur place dans les sit-in

>> POUR ALLER PLUS LOIN : Contestation en Irak : les femmes en première ligne des manifestations (2019)

Vous pouvez aussi envoyer votre témoignage à la rédaction des Observateurs de France 24 : par e-mail (observateurs@france24.com), sur Facebook ou sur Twitter.