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Qui étaient ces milices organisées vues sur les marches du Capitole ?

Des membres des Oath Keepers, une des plus grandes milices antigouvernementales des États-Unis, à proximité du Capitole, le jour de son envahissement, le 6 janvier 2021.
Des membres des Oath Keepers, une des plus grandes milices antigouvernementales des États-Unis, à proximité du Capitole, le jour de son envahissement, le 6 janvier 2021. © Twitter, @rstevensbrody
Texte par : Diana Liu
9 mn

Une vidéo montrant des hommes équipés de casques de combat, gilets pare-balles et radios en train de se diriger vers les marches du Capitole lors de l’assaut des manifestants pro-Trump le 6 janvier a gagné en popularité sur Twitter depuis le 10 janvier. Ces hommes sont membres des Oath Keepers, une des milices antigouvernementales les plus populaires aux États-Unis. Comme elle, plusieurs groupes armés se voient comme les acteurs d’une guerre civile qui aurait déjà commencé.

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Vidéo du 6 janvier montrant un groupe d’hommes se déplaçant en ligne et équipés militairement, à proximité des marches du Capitole, avant l’assaut sur le bâtiment.

Peu connues du grand public, et dans l’ombre de groupes habitués aux coups d’éclat comme les Proud Boys, les milices d’extrême droite comme les Oath Keepers (les "gardiens du serment" en français) ou les Three Percenters (les "trois 'pourcentiers'" en français) ont été clairement visibles lors de l’assaut sur le Capitole à Washington, le 6 janvier dernier.

"Quand les portes du Capitole ont été forcées, j’ai vu beaucoup de membres de milices dans la foule qui entrait"

James Townsend est photojournaliste indépendant. Il a couvert l’assaut du Capitole.

"Les milices étaient très présentes tout au long de la journée. J’ai vu les Oath Keepers, toujours ensemble, en petits groupes de dix, se déplaçant parfois, un membre mettant sa main sur l’épaule de celui devant lui, de sorte que les groupes ne se disloquaient pas. C’est le seul groupe dont les membres portaient le nom sur leurs vêtements et leur casque, comme pour en faire des uniformes. J’ai vu d’autres personnes portant le badge des Three Percenters. Et d’autres groupes, avec des hommes opérant souvent deux par deux, sans identification.

Photos des Oath Keepers formant une chaîne humaine et se frayant un chemin vers le Capitole. Ils sont reconnaissables à leurs vestes floquées du nom de leur groupe.

Photo postée sur Twitter par le correspondant de Yahoo, Hunter Walker, et montrant les Oath Keepers devant le Capitole.

Ces miliciens étaient équipés de radios, de casques militaires de combat, de gilets pare-balles, de masques filtrants et de lunettes de protection, pour faire face aux gaz lacrymogènes. Certains portaient aussi des caméras accrochées à leur veste, reliées à un chargeur. Ils portaient des pièces sur leurs vêtements avec des slogans politiques, par exemple, sur fond jaune, le slogan "Don’t Tread on Me" ("Ne me marche pas dessus") [également connu sous le nom de drapeau de Gadsden, un symbole adopté par différents groupes conservateurs et d’extrême droite, NDLR].

Photo montrant un membre des Three Percenters au Capitole, identifiable avec la pièce de tissu "III" sur son bras. Il semble aussi tenir un drapeau jaune de Gadsden.

Quand les portes du Capitole ont été forcées, j’ai vu beaucoup de membres de milices dans la foule qui entrait. J’ai aussi vu un milicien tenir à la main une hampe de drapeau cassée, comme un bâton. Mais je n’ai pas vu de violences commises par des milices.

In an image by photographer Saul Loeb widely shared on social media, militia members take pictures in the atrium of the Capitol.
In an image by photographer Saul Loeb widely shared on social media, militia members take pictures in the atrium of the Capitol. © Twitter

Sur cette photo de Saul Loeb, largement partagée sur les réseaux sociaux, les membres des Oath Keepers prennent des photos du Capitole.

Dans la plupart des autres manifestations que j’ai vues à Washington, les gens ont pour consigne de ne pas venir avec des drapeaux accrochés à des hampes, parce que la hampe peut être vue comme une arme. On dit aux gens de venir juste avec le drapeau, ou un tissu avec le slogan écrit dessus. C’était le cas lors de la marche des femmes, qui protestait contre Trump lors de son investiture en 2017. Donc j’étais surpris de voir des gens avec des drapeaux accrochés à leur hampe.

À l’approche de l’investiture de Biden, un risque accru de mobilisation de milices

Comme beaucoup de groupes d’extrême droite qui disent prendre leurs distances avec le racisme et la xénophobie, les Oath Keepers sont assez ambigus. L’organisation se décrit comme non partisane, et pas comme une milice en soi. Mais dans un entretien en 2020 avec The Atlantic, le fondateur du groupe, Stewart Rhodes, a appelé ses membres à "se défendre contre une insurrection visant le président Trump", dans un pays qui, selon lui, avait déjà sombré dans la guerre civile avec les nombreuses manifestations contre les violences policières, et le mouvement Black Lives Matter notamment.

Des affirmations allant de paire avec la volonté plus large des Oath Keepers de "défendre la Constitution contre les ennemis de l’extérieur et de l’intérieur", et d’autres menaces, qui s’appuient sur des théories complotistes, comme celle d’un soi-disant "nouvel ordre mondial" socialiste.

Interrogé par The Independent près du Capitole, Stewart Rhodes a affirmé que selon lui, la moitié du pays ne reconnaîtrait pas Joe Biden comme président. "Quoi qu’il signe, nous ne le reconnaîtrons pas comme étant légitime. Nous serons comme les Pères fondateurs : nous invaliderons et nous résisterons."

Autre groupe visible sur les images de l’assaut du Capitole, les Three Percenters, un groupe américano-canadien extrémiste, armé, qui se voit comme la contrepartie des 3 % des Américains censés avoir pris les armes contre les Britanniques lors de la guerre d'indépendance. Ce groupe est régulièrement présent avec les Oath Keepers dans des manifestations armées contre les autorités. Ils se définissent comme non partisans et non racistes, mais un rapport militaire canadien sur les groupes racistes et haineux note qu’ils "entretiennent des idées antimusulmans, antigouvernement, qui s’appuient sur des théories conspirationnistes".

"Huit millions de snipers"

Alors que les recrutements au sein des groupes extrémistes sont en progression depuis les incidents du 6 janvier, et que le réseau social Parler – sur lequel se retrouvaient nombre de pro-Trump – a été fermé, beaucoup aux États-Unis craignent que les soutiens du président sortant ne se mobilisent plus encore le 20 janvier, jour de l’investiture de Joe Biden.

Une note du FBI, obtenue par ABC News, met en garde sur de possibles manifestations si le président Trump était destitué avant le jour de l’investiture. D’anciens utilisateurs de Parler, qui se sont retrouvés sur d’autres plateformes, assurent eux que la cérémonie d’investiture sera regardée par "huit millions de snipers" et incitent à "prendre les armes et se montrer". Une marche a aussi été planifiée par des partisans de Trump à Washington le 20 janvier.

Capture d'écran de publications sur Parler, avant sa fermeture, montrant des commentaires à propos de la "marche du million de milices" prévue à Washington le 20 janvier.

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