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États-Unis : la police a-t-elle laissé les manifestants envahir le Capitole ? Ce que montrent les images amateur

Le 6 janvier, des partisans du président sortant Donald Trump ont investi le Capitole, à Washington.
Le 6 janvier, des partisans du président sortant Donald Trump ont investi le Capitole, à Washington. © Observers
Texte par : Pariesa Young
10 mn

Le 6 janvier, des partisans du président sortant Donald Trump ont investi le Capitole, à Washington, renversant les barricades et mettant sens dessus-dessous les bureaux afin de perturber la validation de l’élection de Joe Biden par les parlementaires américains. Plusieurs vidéos amateur ont documenté la faillite de la police protégeant le bâtiment : cette dernière est très critiquée sur les réseaux sociaux pour sa réponse insuffisante face à la foule, voire même accusée de complicité dans l’insurrection.

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Les vélleités de marche vers le Capitole de Washington DC avaient été largement partagées sur les réseaux sociaux par les partisans de Donald Trump depuis plusieurs semaines, notamment sur TikTok, Twitter ou même sur TheDonald, un forum de discussion pro-Trump. Pourtant, le 6 janvier, la présence policière autour du Capitole n’avait pas particulièrement été renforcée. 

Des photos et des vidéos prises le jour même et postées sur les réseaux sociaux révèlent des forces de l’ordre mal préparées face à une foule de milliers de personnes tentant de rentrer dans le bâtiment.

La police du Capitole prise au dépourvu

La vidéo ci-dessous montre par exemple un groupe approchant les barricades en face des pelouses du Capitole peu avant 13 h. On distingue seulement une dizaine de policiers à cet endroit, totalement dépassés par la foule qui commence à les pousser. L’un d’eux tente de retenir les barrières pendant quelques secondes avant de battre en retraite.

Après avoir atteint une autre barricade en face des escaliers du Capitole, la police et les manifestants se font face, usant chacun de bombes lacrymogènes, un des policiers donnant un coup de poing à un manifestant.

Sur cette vidéo, postée 15 minutes avant que la foule ne rentre dans le Capitole, des policiers équipés de matériel anti-émeute tentent de retenir la foule des émeutiers qui se sont approchés de l'entrée du bâtiment du Capitole. Aucun dispositif de contrôle des foules, comme du gaz lacrymogène ou des balles en caoutchouc, ne peut être aperçu dans cette vidéo.

 

Qui a déplacé les barricades ?

Une autre vidéo devenue virale partagée sur TikTok par le journaliste Marcus Di Paola montre la police à un autre point d’entrée du Capitole battant en retraite alors que la foule arrive aux escaliers. Cette vidéo a été très relayée, et utilisée comme une preuve de la complaisance de la police qui aurait laissé passer les manifestants. Cependant, aucun élément dans la vidéo ne permet de distinguer qui a enlevé les barricades. On y voit simplement les policiers se replier vers le bâtiment.

@marcus.dipaola

Group just pushed Capitol police

♬ original sound - Marcus DiPaola

Après avoir atteint le bâtiment, les manifestants pro-Trump ont brisé des fenêtres et forcé les portes pour parvenir à entrer dans le Capitole.

À la porte d’entrée du Capitole, des manifestants ont cassé une fenêtre pour tenter de rentrer. Cette vidéo montre un policier esseulé tentant de garder la porte fermée, alors qu’une foule importante tente de l’ouvrir.

Une autre vidéo prise à l’intérieur du Capitole montre qu’aucun policier n’était présent dans le bâtiment pour sécuriser l’entrée.

Après que des manifestants ont forcé une autre porte d’entrée du Capitole, plusieurs policiers sont appelés en renfort pour renforcer la porte intérieure.

À l’intérieur, des manifestants ont encore fait face à la police pour tenter d’accéder au lieu où le Congrès se réunissait afin d’entériner l’élection de Joe Biden. Dans cette vidéo, des policiers en infériorité numérique tentent d’éloigner les partisans de Donald Trump avec des matraques. La foule finit par pousser la police.

Alors que des manifestants ont pu pénétrer dans les chambres du Sénat, des agents des services secrets et des policiers du Capitole en civil ont pu protéger les entrées de la Chambre des représentants. Une manifestante, Ashli Babitt, a été tuée par balle par un officier alors qu'elle tentait de franchir une fenêtre et d'entrer dans la zone sécurisée. Une vidéo publiée sur Twitter après l'incident a capturé la scène.

Après plusieurs heures à l'intérieur du Capitole, la foule a été expulsée après utilisation de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes par les forces de l’ordre.

Des policiers qui sympathisent avec les manifestants ?

Dans le sillon de l’infiltration des manifestants dans le Capitole, plusieurs policiers ont été pris en photo en train de faire des selfies, serrant la main ou poing-à-poing avec des manifestants.

Dans une vidéo filmée en direct par l’activiste d’extrême droite Tim Gionet, connu sous le nom de “Baked Alaska”, on peut voir un policier faisant un “check” avec deux partisans de Donald Trump ainsi qu’à Tim Gionet. Après avoir fait ce geste, le policier leur dit “Les gars, vous avez choisi le pire jour pour venir ici”, ce à quoi le vidéaste répond : “je filme juste”.

D’autres échanges similaires sont visibles dans la couverture de Tim Gionet. Deux policiers échangent une brève poignée de main avec un manifestant avant de dire : “On a fait notre boulot, allons-y”.

Enfin, un autre policier prend un selfie avec un manifestant, mettant même son pouce en l’air face à la caméra. Quand Tim Gionet lui lance “1776 arrive, mon frère”, le policier répond : “Je pense que c’est déjà le cas”. L’année 1776 correspond à la déclaration d’indépendance des États-Unis, faisant de la Nation américaine une nation souveraine.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont comparé ces interactions avec les partisans de Trump et la réponse de la police aux manifestations de Black Lives Matter à Washington, en juin dernier. Au cours de ces manifestations, la Garde nationale était présente en grand nombre à l'extérieur des monuments nationaux et des balles en caoutchouc avaient notamment été utilisées contre un groupe de manifestants pacifiques.

Un membre du Congrès s’est également publiquement étonné de la complicité de la police lors des événements du Capitole. Un haut responsable a de son côté déclaré, mercredi, aux journalistes, que des licenciements auraient rapidement lieu au sein de la police du Capitole suite au "manque de planification professionnelle" dans la gestion de la foule. Des responsables du maintien de l'ordre ont par ailleurs déclaré qu'ils n’avaient en effet pas prévu l'ampleur de la manifestation et que des "irritants chimiques" avaient été utilisés pour franchir les barricades de la police, une référence au gaz poivré utilisé par certains des manifestants.

Bien que 350 membres de la Garde nationale de Washington DC aient été déployés avant la marche prévue pour Donald Trump, nombre d'entre eux étaient stationnés à plusieurs pâtés de maisons du Capitole. Et 1 100 autres soldats ont été appelés en renfort après l’entrée des manifestants dans le bâtiment.

Quatre personnes sont décédées et 52 ont été arrêtées lors de l’incident, que beaucoup de commentateurs ont qualifié de “coup d’État manqué”. Sur les 52 personnes arrêtées, 47 sont accusées d’avoir violé le couvre-feu à 18 h mis en place par la maire de Washington.

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