États-Unis : un match de foot entre militants "antifa" interrompu par la police

Un match de football entre activistes "antifa" a été interrompu par la police, le 20 décembre, à Seattle.
Un match de football entre activistes "antifa" a été interrompu par la police, le 20 décembre, à Seattle. © Instagram

Le 20 décembre, la police de Seattle a mis fin à un match de foot entre des individus entièrement habillés en noir et cagoulés, arborant le style vestimentaire des "black blocs" des manifestations "antifa". Après leur avoir demandé de quitter le parc – qui était fermé depuis fin juin – la police a utilisé du gaz lacrymogène et arrêté sept personnes. Les internautes ont partagé des vidéos de l’événement sur les réseaux sociaux, accusant la police d’avoir visé spécifiquement les activistes antifascistes, ignorant les autres personnes qui se trouvaient dans le parc.

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Vers 15h30, dimanche 20 décembre, un groupe de personnes s’est rassemblé dans le parc Cal Anderson à Seattle pour ce qu’un utilisateur des réseaux sociaux a appelé "une partie de foot tranquille, respectant la distanciation sociale". Une heure plus tard, près de 30 policiers étaient sur place, et une personne était emmenée à l’hôpital en ambulance.

Une video postée sur Twitter le 21 décembre montre plusieurs personnes habillées en noir jouant au football dans le parc Cal Anderson. 

Un livestream de 40 minutes sur Instagram intitulé "Un foot antifa finit en arrestations et violences" montre la façon dont se sont déroulés les événements. On peut y voir au moins 12 officiers de police s’approcher des joueurs habillés en noir sur le terrain de foot et leur demander de quitter le parc car il est fermé.

"Vous n’avez pas demandé ça aux autres personnes qui jouent au foot", proteste la personne qui parle dans la vidéo. "Pourquoi est-ce que vous virez tout le monde du parc une fois que les 'black blocs' arrivent ?". La police n’a pas répondu et a continué de leur dire que le parc était fermé.

Une vidéo de 40 minutes publiée sur Instagram retrace l'intervention policière dans le parc Cal Anderson le 20 décembre.

Le journaliste indépendant Mike Scaturo, contacté par notre rédaction, est arrivé au parc Cal Anderson après avoir entendu sur leurs ondes radio que des officiers de police allaient y être déployés.

C’était tendu. Ces activistes manifestent presque tous les jours depuis mai, donc certains policiers les connaissent par leurs noms. Mais de ce que j’ai vu sur place, ils n’étaient pas en train de commettre des dégradations. Je n’ai vu personne avec des parapluies, comme habituellement lors des manifestations. Personne n’avait de masque à gaz. Un "street medic" [soignants volontaires qui s’occupent des blessés lors des manifestations, NDLR] m’a demandé si j’avais des lingettes, parce qu’il avait laissé sa trousse à pharmacie à la maison. Ils étaient vraiment juste venus pour jouer au foot. Ils ne s’attendaient pas à une confrontation.

Le livestream sur Instagram montre le moment où l’intervention de police a dégénéré. À la minute 14’04’’, on peut voir la police plaquer une première personne au sol. La vidéo ne permet pas de voir clairement ce qui a causé son arrestation. La police forme alors une barrière autour d’elle et commence à repousser les autres en dehors du parc. Alors que l’agitation augmente, à la minute 14’47’’ on voit la police commencer à utiliser du gaz lacrymogène, puis plaquer plusieurs personnes au sol pour les placer en état d’arrestation. Selon des témoins, une trentaine de policiers étaient sur place au plus fort de l’intervention.

Une capture d’écran d’un livestream posté sur Intagram le 20 décembre montre la police de Seattle arrêtant plusieurs individus.
Une capture d’écran d’un livestream posté sur Intagram le 20 décembre montre la police de Seattle arrêtant plusieurs individus. © DR

La police affirme être intervenue à 16h30 suite à un appel rapportant la "présence de personnes dans le parc". Selon le communiqué de presse, un premier individu a été arrêté pour avoir craché sur un policier. Les six autres ont été arrêtés pour avoir "bloqué un officier de police" en essayant d’empêcher l’arrestation.

 

Environ 15 minutes après l’arrivée de la police au parc Cal Anderson, sept individus ont été arrêtés. La première personne arrêtée (sur l’image) a été isolée des autres après leur arrestation.
Environ 15 minutes après l’arrivée de la police au parc Cal Anderson, sept individus ont été arrêtés. La première personne arrêtée (sur l’image) a été isolée des autres après leur arrestation. © DR

Une quinzaine de minutes après les arrestations, une ambulance a été appelée suite au malaise de l’un des individus arrêtés. Des témoins affirment que l’ambulance a mis un quart d’heure à arriver, bien que les urgences soient situées à quelques blocs du parc. Le véhicule se serait retrouvé bloqué par les voitures de police garées à l’extérieur. Trois hôpitaux sont situés à 5 minutes de voiture du parc.

Dans une vidéo postée sur Twitter le 20 décembre, on peut voir une ambulance au bout de la rue, partiellement obstruée par les véhicules de police.

"La vraie question est : pourquoi cette intervention de police était-elle nécessaire ?"

Les internautes qui ont partagé les images de l’altercation sur les réseaux sociaux affirment que les arrestations visaient des individus que la police savait être des activistes "antifa". Ils ont publié des vidéos d’autres habitants du quartier, sportifs et promeneurs de chiens qui étaient présents dans le parc avant et pendant les arrestations, affirmant que la police n’avait visé que le groupe de "black blocs", sans appliquer la même restriction aux autres promeneurs.

Dans une vidéo publiée sur Twitter le 20 décembre, un policier dit aux témoins : "Je veux m’assurer que le message est le même pour tout le monde : le parc est fermé."

Dans une vidéo postée sur Twtter le 20 décembre après les arrestations, on peut voir des gens jouer au foot sur le même terrain dans le parc Cal Anderson.

Mike Scaturno avait aussi remarqué que des personnes étaient restées dans le parc après les arrestations.

Vingt minutes plus tard, une vingtaine de personnes sont revenues promener leurs chiens ou jouer au foot. Certains semblaient s’apprêter à jouer au cricket. En général, à n’importe quelle heure de la journée, il y a toujours une dizaine de personnes dans ce parc, faisant toutes sortes d’activités normales pour un parc. Tout l’été, les vendredis soirs quand il fait beau, plus d’une centaine de personnes viennent ici faire du sport ou pique-niquer. 

Les gens en leggings en train de promener leurs chiens ou jouer au foot n’ont pas été inquiétés pendant des semaines, alors que quand ces activistes habillés en noir viennent jouer au foot et boire une bière, on se retrouve avec des dizaines de policiers sur place. Il est important de noter que quand les policiers leur ont demandé de quitter le parc, ils ont un peu résisté, mais je pense que la vraie question est : pourquoi cette intervention de police était-elle nécessaire ?

Le parc Cal Anderson est situé dans le quartier de Capitol Hill à Seattle, où ont lieu de nombreuses manifestations. C’est aussi ici qu’avait été établie la Capitol Hill Autonomous Zone, où des manifestants se sont rassemblés après la mort de George Floyd en mai dernier. Selon le département des parcs de Seattle, le parc est fermé depuis le 30 juin "pour être restauré et réparé". Ils indiquent également que "sauf en cas d’incidents, la police n’est pas présente dans le parc Cal Anderson".

La fermeture du parc n’a pas été appliquée de manière stricte : les services municipaux ont indiqué que les résidents pouvaient fréquenter le parc tant que des employés n’étaient pas sur place pour les travaux. Depuis sa fermeture, plusieurs événements y ont même été organisés, dont un concert religieux en août auquel ont participé des centaines de personnes, certaines ne portant pas de masque et ne respectant pas la distanciation physique.

Le parc Cal Anderson a aussi fait l’actualité lorsque le 18 décembre, la police de Seattle et les employés municipaux ont délogé un campement de sans-abris, conduisant à l’arrestation de 24 personnes.