Proud boys contre antifas, des affrontements violents à répétition aux États-Unis

Des "Proud Boys", à gauche, et des antifas à droite le 12 décembre à Washington DC, lors d'une confrontation en marge d'une manifestation pro-Trump.
Des "Proud Boys", à gauche, et des antifas à droite le 12 décembre à Washington DC, lors d'une confrontation en marge d'une manifestation pro-Trump. © Twitter

Le 12 décembre, deux jours avant la confirmation de l’“élection de Joe Biden par le Collège électoral américain, des milliers de manifestants se sont rassemblés à Washington DC pour soutenir le président sortant, Donald Trump, qui refusait alors la défaite. Alors que la nuit tombait, des affrontements violents ont éclaté entre deux camps : les “Proud Boys”, un groupe d’extrême-droite et les antifas, un mouvement d’extrême-gauche. Qui sont ces groupes et que signifient leurs affrontements à répétition ?

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L’élection présidentielle américaine de 2016 et le mandat controversé de Donald Trump ont été un moment de mise en lumière de groupes politiques radicaux, avec deux noms concentrant l’essentiel de l’attention.

D'un coté, les Proud Boys se décrivent comme une “organisation fraternelle” qui combat la “bien-pensance” et la “culpabilisation des Blancs” tout en se tenant à bonne distance des groupes racistes de “l’alt-right”, courant réactionnaire du parti républicain. Le groupe a été créé en 2016 à la suite de l’élection de Donald Trump. Des groupes de défense des droits civiques comme le Southern Poverty Law Center (SPLC) l’ont classé parmi les groupes haineux en raison de leur rhétorique misogyne et islamophobe, de leur adhésion aux idéologies du nationalisme blanc et de leur affiliation à des extrémistes connus.

De l'autre côté, le mouvement antifa, diminutif d’antifasciste, renvoie à “un militantisme ou une activité de la gauche radicale en opposition à l’extrême-droite’, selon Mark Bray, historien et auteur de “Antifa : un guide anti-fasciste”. Bien que ce qu’on appelle “l’antifa” ne soit pas une organisation, l’émergence de groupes de Proud Boys dans certaines localités a motivé la constitution de groupes d’antifas pour lutter et perturber les activités de l’extrême-droite, combinant parfois leurs forces avec d’autres groupes comme Black Lives Matter.

Suite à des affrontements lors d’événements majeurs comme la manifestation à Charlottesville en 2017, les groupes ont atteint une renommée nationale lors des différents mouvements sociaux ayant émaillé l’année 2020 et se sont affrontés lors de rassemblements dans les villes de Portland et de Washington DC suite à l’élection présidentielle tenue en novembre.

“Les deux groupes s’attendent à la confrontation et se préparent en connaissance de cause”

Brendan Gutenschwager, journaliste indépendant, était présent au rassemblement pro-Trump tenu le 12 décembre à Washington DC. Il a filmé les affrontements entre les deux groupes et raconte ce qu’il a vu :

Les Proud Boys étaient dans la ville toute la journée, principalement autour de la Freedom Plaza, la Cour suprême et le Capitole. L’objet de leur présence était de soutenir le président Trump et de se présenter comme une sorte d’unité de “sécurité” contre les agitateurs et contre-manifestants.

Des membres des Proud Boys manifestent le 12 décembre dans leurs couleurs signature, noir et jaune, tout en chantant “USA” et “F**k antifa”. Crédit : Twitter

Quand la nuit commençait à tomber, les Proud Boys sont restés dans les rues, tandis qu’un grand groupe d’antifas et de manifestants du mouvement Black Lives Matter se sont rassemblés quelques rues plus loin. Les deux groupes s’étaient préparés, certains armés avec des sprays de gaz lacrymogène ou des couteaux. Les groupes ont essayé de s’affronter mais la police est intervenue et a empêché que ça ne dégénère en grande bagarre.

Cependant, certains ont réussi à s’éloigner et il y a eu quelques rixes, des personnes se sont échangés des salves de lacrymogènes, des coups de bâtons ou d’autres objets et il y a eu quelques coups de couteaux à un moment.

Cette vidéo datée du 13 décembre montre des Proud Boys se réunir pour frapper un homme noir, qui a répondu en poignardant quatre de ses assaillants. On peut entendre des Proud Boys crier “f**k antifa”, il n’est cependant pas certain que l’homme en question fasse partie du mouvement.

Lors de leur descente en ville, les Proud Boys ont également détruit et incendié des bannières Black Lives Matter appartenant à des églises locales, comme le montre la vidéo ci-dessous. Quand la bannière était en feu, les membres du groupe ont ri et chanté “F**k antifa”.

“Ce qu’on voit lors de ces confrontations n’est que la partie émergée de l’iceberg”

Le Dr Mark Bray estime que les stratégies confrontationnelles entre ces deux groupes sont en fait bien plus profondes que ce que ces images choquantes peuvent laisser penser.

Les Proud Boys, comme de nombreux groupes d’extrême-droite, ont essayé de se tenir à distance de certains aspects de la politique fascistes qui sont devenus tabous. Ils disent qu’ils ne sont pas racistes, qu’ils sont des “chauvinistes occidentaux”, ce alors qu’ils ne condamnent par les racistes ou les suprématistes blancs.

Cependant, ils essaient toujours de capitaliser sur le mécontentement autour du féminisme, des mouvements de libération queer et trans, qu’ils perçoivent comme une humiliation de la masculinité. Ils essaient aussi de se montrer comme moitié sérieux moitié blagueurs, le nom “Proud Boys” venant d’une chanson d’une comédie musicale adapté du film Disney Aladdin. Ce groupe devient donc un lieu de socialisation amusant pour des personnes mécontentes, en décalage, principalement des jeunes hommes blancs qui pensent que les gauchistes ne supportent pas les blagues.

Lors du rassemblement pro-Trump du 12 décembre, des Proud Boys portent des kilts jaunes, qu’ils relèvent pour dévoiler le message “F**k antifa” sur leurs fesses.  

En ce qui concerne le mouvement antifa, le Dr. Mark Bray affirme que l’objectif est d’empêcher les Proud Boys et les autres groupes affiliés à l’extrême-droite de normaliser leurs idées dans les communautés locales, que ce ne soit par des perturbations musclées ou des tactiques plus discrètes.

Les antifascistes peuvent ainsi essayer de faire saboter des événements organisés par l’extrême-droite en appelant les propriétaires des salles et en les encourageant à annuler. Ils ont également lancé des opérations de boycott, des occupations et confrontations. Cependant, l’essentiel de leur travail consiste à faire des recherches sur des figures de l’extrême-droite pour ensuite dévoiler leur identité publiquement, ce qui augmente le “coût social” de l’appartenance à ce type de groupe.

Les antifas ont cette notion d’autodéfense préventive. Même quand ils confrontent physiquement un groupe d’extrême-droite, c’est une facette d’une stratégie plus large pour réduire le risque de voir ces attaques arriver.

Une vidéo du 12 décembre montre des manifestants antifas en tête de cortège, séparés des manifestants pro-Trump par un cordon de police. Ils chantent : “Rentrez chez vous les Proud Boys” et “F**k the Proud Boys”.

Plusieurs politiciens connus ont condamné les deux groupes pour leurs techniques confrontationnelles. Après avoir été accusé d’encourager les Proud Boys pendant le premier débat de la présidentielle, le président Trump est revenu sur ses propos quelques jours plus tard en condamnant ce mouvement et les suprématistes blancs dans une interview accordée à la chaîne Fox News.

Le président élu Joe Biden a condamné les antifas et tout usage de la violence dans les manifestations, qu’elle soit le fait de personnes de gauche ou de droite. 

Le Dr. Mark Bray estime que les deux camps adoptent des tactiques oppressives, leurs approches de la violence politique diffèrent.

L’extrême-droite pense qu’en raison des paperasses bureaucratiques et libérales dans l’appareil d’état, les forces de l’ordre ne peuvent pas faire leur travail et doivent donc être assistées de milices et de justiciers pour compenser ces manques, pour transcender l’ordre et la loi afin de les rétablir.

Les groupes antifas sont également sceptiques sur la délivrance de la justice par l’État, ils délégitiment donc la police et l’autorité et encouragent une mobilisation autodéfensive des communautés. Tout ça revient au type de violence avec lequel les gens se sentent à l’aise, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’État, et si ils ont ou non confiance en la souveraineté de l’État dans la résolution des problèmes de tout un chacun.