Que sait-on de cette vidéo montrant des soldats brûler des cadavres ?

Cette scène d'une rare violence se serait déroulée au Mozambique en novembre 2022.
Cette scène d'une rare violence se serait déroulée au Mozambique en novembre 2022. © Observateurs

Depuis le 10 janvier 2023 circule sur les réseaux sociaux une vidéo montrant des militaires – dont un portant un uniforme sud-africain – jeter un corps dans un brasier. Selon l’ONG Amnesty International, la scène se serait déroulée en novembre 2022 dans le Cabo Delgado. Cette province du nord du Mozambique est confrontée depuis 2017 à des violences de groupes jihadistes, qui ont entraîné l’intervention conjointe de plusieurs pays d’Afrique australe, dont l’Afrique du Sud. L’ONG dénonce les "atrocités" menées dans le cadre de cette "guerre oubliée".

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La vidéo, d’une rare violence, est partagée par de nombreux comptes, notamment d’Afrique australe, depuis le 10 janvier 2023.

Elle montre deux hommes en uniforme militaire jeter un cadavre dans un feu où se trouvent au moins un autre corps ainsi que des chaises et d’autres objets. Plusieurs soldats assistent à la scène. L’un d’eux verse du liquide sur le brasier. Deux hommes, dont un arborant un écusson sud-africain sur son uniforme, filment la scène.

Ces images, qui ont circulé sur Twitter, Facebook, WhatsApp ou encore Telegram, ont été accompagnées de différentes légendes.

Étant donné le caractère particulièrement choquant de cette vidéo, nous n’en publions qu’une capture d’écran.

Capture d'écran de la vidéo partagée sur différents réseaux sociaux depuis le 10 janvier 2023.
Capture d'écran de la vidéo partagée sur différents réseaux sociaux depuis le 10 janvier 2023. © Observateurs

Selon certaines publications, la vidéo aurait été prise en République démocratique du Congo, et la Monusco, la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation du pays, serait à l’origine des faits. "La Monusco tue et brûle les paisibles citoyens congolais au vu et au su de tout le monde. La communauté internationale n'en parle pas", peut-on par exemple lire sur cette publication Facebook du 12 janvier 2023.

Pour d’autres, ces soldats seraient ceux du M23 – pour Mouvement du 23 mars –, un groupe rebelle créé en 2012 qui a repris récemment les armes contre l’armée congolaise. "Les M23 brûlent les paisibles citoyens vifs au Nord-Kivu", écrit cet utilisateur de Twitter le 13 janvier 2023. De telles allégations ont également été partagées sur des groupes de la messagerie WhatsApp.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : RD Congo : au Nord-Kivu, la "deuxième fuite" des habitants face à l’avancée du M23

Forces sud-africaines au Mozambique

La grande majorité des publications situe cependant la scène au Mozambique, et accuse les soldats sud-africains d’être responsables de ces violences.

Dans un communiqué du 10 janvier 2023, la Force de défense nationale sud-africaine (SANDF) a admis que certains de ses membres avaient participé à la scène.

Capture d'écran de la réaction de la SANDF publiée le 10 janvier 2023 sur Facebook.
Capture d'écran de la réaction de la SANDF publiée le 10 janvier 2023 sur Facebook. © Observateurs

"Atrocités" d’une "guerre oubliée"

Pour Tigere Chagutah, directeur d’Amnesty International pour l’Afrique australe, cette vidéo offre ainsi "un aperçu de ce qui se passe loin de l’attention des médias internationaux dans le cadre de cette guerre oubliée".

De tels agissements "constituent probablement une violation du droit humanitaire international, qui interdit la mutilation des cadavres et exige que les morts soient éliminés de manière respectueuse", a-t-il aussi fait valoir.

Province pauvre du nord du Mozambique, située à la frontière avec la Tanzanie, le Cabo Delgado est depuis 2017 le théâtre d’attaques du groupe armé des Shebab affilié à l'organisation État islamique. Une situation qui a mené plusieurs États d’Afrique australe – dont l’Afrique du Sud – à y envoyer des troupes en juin 2021, afin d’y combattre ce groupe terroriste.

Cette intervention conjointe s’inscrit dans le cadre d’une opération de maintien de la paix nommée Samim (pour "Southern African Development Community Mission in Mozambique", ou "Mission de la Communauté de développement d'Afrique australe au Mozambique" en français).

"La sécurité à Cabo Delgado ne doit pas se faire au prix de violations des droits de l'Homme", a cependant plaidé Amnesty International après la diffusion de cette vidéo.

Enquête ouverte par la force régionale

L’armée sud-africaine a de son côté déclaré que ses soldats faisaient partie de la force régionale (Samim) et relevaient donc de la responsabilité de celle-ci. Elle a annoncé que la force régionale avait lancé une "enquête sur l’implication de ses membres dans cet acte méprisable" et que les "coupables seraient traduits en justice".

Ce n’est pas la première fois qu’Amnesty International alerte sur les exactions commises dans le cadre de ce conflit au Mozambique.

Dans un rapport de mars 2021, l’ONG avait décrit des habitants "pris en étau" entre les forces de sécurité mozambicaines, les milices privées qui combattent aux côtés du gouvernement et les Shebab. "Tous trois ont commis des crimes de guerre, causant la mort de centaines de civils", avait-elle écrit.

Selon l’ONG Acled, les violences jihadistes menées dans la province du Cabo Delgado ont fait près de 4 500 morts, dont près de 2 000 civils, depuis 2017.