RD Congo : au Nord-Kivu, la “deuxième fuite” des habitants face à l’avancée du M23

Dans le camp de fortune de Kanyaruchinya, début novembre, près de Goma.
Dans le camp de fortune de Kanyaruchinya, début novembre, près de Goma. © Goma actif

L'offensive des rebelles du M23 a provoqué la panique dans le Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo. Au moins 50 000 personnes ont fui leur domicile depuis le 20 octobre, selon les Nations Unies le 1er novembre. Aux alentours de Goma, des déplacés, notamment des femmes et des enfants, s’amassent dans des camps de fortune. Sur le terrain, nos Observateurs déplorent un manque d’assistance humanitaire.

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Le 20 octobre, le Mouvement du 23-Mars (M23), une rébellion à dominante tutsi, a lancé une offensive contre l’armée congolaise et s’est emparée d’une grande partie du territoire de Rutshuru, prenant notamment les localités de Rutshuru-centre et Kiwanja.

Selon l’organisation Human Rights Watch, ces deux localités rurales “abritaient une grande partie des 186 000 personnes déplacées qui avaient déjà fui la reprise des combats entre le M23 et les forces congolaises au cours des derniers mois”. 

“Malheureusement, la plupart de ces gens fuient pour la deuxième fois”

De nombreuses familles ont donc repris la fuite, comme l’explique notre Observateur Emilien (pseudonyme), basé à Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu :  

Il y a des déplacés partout. Dans le grand nord de la province du Nord-Kivu, vers Lubero, Butembo, et dans le sud, ici, à Goma. Malheureusement, la plupart de ces gens fuient pour la deuxième fois. Et on ne sait pas si ce sera la dernière : peut-être qu’il y aura une troisième fois, une quatrième fois. 

C’est un grand malheur pour cette population qui est surtout agricole, qui a tout abandonné. Il n’y a pas assez d’aide pour ces déplacés : le gouvernement congolais n’a rien fait jusqu’à présent et les organisations humanitaires sont débordées. Surtout, c’est difficile car nous sommes encore dans l’instabilité totale. On ne sait pas comment la situation va évoluer. 

Mercredi 2 novembre, le gouvernement militaire du Nord-Kivu a apporté sa première assistance aux déplacés amassés dans des camps situés aux portes de la ville de Goma. Le gouverneur militaire, le lieutenant-général Constant Ndima, a indiqué que près de 30 000 personnes ont été enregistrés. 

“Ils nous expliquent qu’ils ont entendu des coups de feu et sont partis en voyant leurs voisins prendre également la fuite”

Mais les besoins sont encore importants selon Jerson Bubala Mandundu, coordinateur adjoint du Programme humanitaire “Stop dépression”. Il se rend toutes les semaines sur le site de déplacés de ​​Kanyaruchinya, à l’entrée de Goma : 

Les déplacés sont très nombreux, et chaque jour, de nouvelles familles arrivent et de nouvelles rangées s’érigent dans le camp. Certains n’ont pas d’habitations, nous avons vu une famille vivant sous une simple moustiquaire. Il n’y a pas de toilettes, pas d’intimité. Pendant plusieurs jours, il n’y avait pas d’eau. Nous avons initié un projet pour installer une fontaine. Il y a des femmes enceintes, des enfants… Les conditions sanitaires sont catastrophiques. 

C’est la troisième fois que notre équipe se rend sur place : nous essayons d’identifier, recenser les déplacés. Ce sont beaucoup de femmes seules avec leurs enfants. Nous avons apporté 200 kg de riz et 100 bidons d’eau à boire. Le manque d’eau est un problème majeur : des maladies vont se développer. 

Déplacés près de Goma en novembre 2022.
Déplacés près de Goma en novembre 2022. © Goma actif

Les gens que nous rencontrons viennent surtout de Rubare, Rutshuru. Ils nous expliquent qu’ils ont entendu des coups de feu et sont partis en voyant leurs voisins prendre également la fuite. 

À Goma, nous voyons qu’il y a des moyens mis en œuvre par les autorités pour demander à la population de rester et de se joindre aux forces armées. Nous avons vu d’ailleurs des jeunes qui se sont en effet portés volontaires pour entrer dans les forces armées. C’est un signe pour une partie de la population. 

Sur le site de Kahembe, en territoire de Nyiragongo, DePaul Bakul, bénévole au sein de l’association Goma Actif, constate les mêmes problématiques :

Depuis jeudi de la semaine dernière [le 3 novembre, NDLR] nous avons commencé à mener des activités pour venir en aide aux déplacés. C’est un grand déplacement de personnes venant de Bunagana, Rutshuru... Nous n’avons pas de chiffres précis, car le nombre de déplacés augmentent de jour en jour. Sur le site de Kahembe, il y a actuellement près de 5 000 familles. Nos premières actions ont été des actions d’urgence soit d’abord une assistance humanitaire en préparant de la bouillie et du pain pour les enfants. Nous assistons en priorité les personnes âgées, les femmes allaitantes et les enfants. Ce qui manque le plus, c’est la nourriture. Les gens ont faim. Et il manque également de tout ce qui concerne les besoins basiques. Il y a aussi des besoins en termes de logement, surtout que nous sommes en saison des pluies.

Dans un communiqué publié le 8 novembre, Médecins sans frontières demande une “réponse urgente des acteurs humanitaires” face aux “immenses besoins” des familles ayant trouvé refuge dans des camps informels près de Goma. L’organisation précise que la localité de Kanyaruchinya “accueillait déjà des milliers de personnes déplacées par les combats des derniers mois et des personnes affectées par l’éruption volcanique de mai 2021”.

Des “groupes de vigilance” face aux avancées du M23

Dans une allocution télévisée jeudi 3 novembre, le président congolais, Felix Tshisekedi, a appelé la jeunesse de son pays à “s’organiser en groupes de vigilance” face aux avancées du M23. 

Deux jours plus tard, lors d’une conférence de presse, le porte-parole du gouverneur militaire du Nord-Kivu a estimé qu’au moins 1 000 jeunes avaient répondu à cet appel en se rendant dans les centres de recrutement à Goma. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent également des volontaires s’entraîner physiquement. 

>> À lire aussi sur les Observateurs de France 24 : RD Congo : contre le M23, des jeunes s’engagent dans l’armée pour “aller au front le plus vite possible”

Depuis la résurgence fin 2021 du M23, une ancienne rébellion tutsi qui a repris les armes en reprochant à la RD Congo de ne pas avoir respecté des accords sur la démobilisation de ses combattants, la tension est vive avec le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de soutenir cette rébellion, ce que le Rwanda conteste. Le 31 octobre, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé à l’arrêt immédiat des combats et au retrait du M23 des zones occupées.