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RDC : attention, cette vidéo ne montre pas les arrestations massives qui ont eu lieu à Kolwezi

Cette vidéo partagée sur Twitter le 4 août 2022 ne montre pas les arrestations de jeunes qui ont eu lieu, le même jour, dans la ville de Kolwezi.
Cette vidéo partagée sur Twitter le 4 août 2022 ne montre pas les arrestations de jeunes qui ont eu lieu, le même jour, dans la ville de Kolwezi. © Observateurs

Depuis le 4 août 2022, plusieurs utilisateurs partagent une vidéo montrant l’arrestation de très jeunes enfants. D’après eux, ces images auraient été tournées lors de “l’opération zéro délinquance” qui a eu lieu le jour même dans la ville de Kolwezi, dans sud-est de la République Démocratique du Congo. Si cette vague d'arrestations a bien eu lieu et entraîné plusieurs événements violents, cette vidéo est sortie de son contexte : elle a été tournée en avril 2022 à Goma, dans l’est du pays, à plus de 1 200 km de Kolwezi.

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La vérification en bref

  • Le mercredi 4 août, une opération policière menée contre la délinquance dans la ville de Kolwezi, au sud-est de la République Démocratique du Congo, a entraîné l’arrestation de plus de 250 personnes, dont plusieurs enfants. 
  • Depuis, plusieurs comptes Twitter et Facebook d’humanitaires étrangers et de Congolais partagent une vidéo censée avoir été tournée lors de cette vague d’arrestations. On y voit une dizaine de très jeunes enfants placés à l’arrière d’un véhicule de police.
  • Attention, cette vidéo n’a aucun rapport avec les événements survenus à Kolwezi. Elle a été tournée en avril 2022 dans la ville de Goma. 
  • Cependant, si ces images ont été sorties de leur contexte, “l’opération zéro délinquance” menée le 4 août a bien entraîné plusieurs arrestations d’enfants et le décès d’au moins trois personnes. La société civile de Kolwezi et plusieurs autres mouvements citoyens ont d’ailleurs manifesté, le 9 août 2022, pour dénoncer les dérives observées lors de cette opération.

Le détail de la vérification

Des enfants en bas âge installés à l’arrière d’un fourgon de police : voici ce que montre une vidéo diffusée sur plusieurs réseaux sociaux depuis le 4 août 2022. Selon la version relayée par ces comptes, les images auraient été tournées le jour même dans la ville de Kolwezi, dans le sud-est de la République Démocratique du Congo, alors que la police procédait à une vague d’arrestations dans le cadre d’une “opération zéro délinquant”. Mais si cette opération a bien eu lieu, et qu’elle a effectivement entraîné des violences, ces images n’ont en réalité aucun rapport avec la ville de Kolwezi.

Capture d’écran d’un des tweets, ici publié le 4 août 2022, partageant cette vidéo en l’associant, à tort, à la vague d’arrestations menées dans la ville de Kolwezi.
Capture d’écran d’un des tweets, ici publié le 4 août 2022, partageant cette vidéo en l’associant, à tort, à la vague d’arrestations menées dans la ville de Kolwezi. © Observateurs

Une vidéo ancienne tournée à Goma

En utilisant une recherche d’image inversée (voir ici comment procéder), il est possible de retrouver l’origine exacte de cette vidéo. Elle a été publiée sur YouTube le 4 avril 2022 par la chaîne Enoch David Journalist. La légende de cette publication indique que, contrairement à ce qu’affirment aujourd’hui certains comptes Twitter, ces images ont été tournées sur un marché à Goma lors de l’arrestation d’une femme suspectée d’avoir kidnappé plusieurs enfants.

Comparaison entre une photographie publiée le 4 avril 2022 par le média Congo Rassure (à gauche), et les vêtements d’enfants visibles dans la vidéo diffusée depuis le 8 août 2022 sur les réseaux sociaux (à droite).
Comparaison entre une photographie publiée le 4 avril 2022 par le média Congo Rassure (à gauche), et les vêtements d’enfants visibles dans la vidéo diffusée depuis le 8 août 2022 sur les réseaux sociaux (à droite). © Observateurs

Plusieurs articles de médias locaux relatent les circonstances de cette arrestation qui a eu lieu le 4 avril 2022. Sur les photographies publiées dans ces articles, il est possible d’identifier, grâce à leurs vêtements, les enfants déjà visibles dans la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. Cette vidéo a donc été tournée le 4 avril 2022 à Goma, et non le 4 août à Kolwezi. 

Des violences bien réelles

Si cette vidéo ne montre donc pas des arrestations d’enfants à Kolwezi, cette opération "zéro-délinquant" est elle bien réelle. Les 3 et 4 août 2022, le gouvernement de la province de Lualaba a organisé une vague d’arrestations destinées à lutter contre la délinquance dans la ville de Kolwezi. Objectif : interpeller des jeunes délinquants et les placer dans des centres et écoles.

Contacté par la rédaction des Observateurs, le journaliste Timothée Prince Odia a assisté à ces arrestations : “La police nationale congolaise a interpellé 246 personnes, dont beaucoup d’adolescents, mais aussi quelques enfants très jeunes, âgés de cinq à dix ans. Parmi ces 246 interpellés, 65 personnes capables de justifier leurs statuts d’étudiants ou d’employés ont été relâchées. En tout, 181 personnes ont été envoyées vers le camp Kaniama Kasese”, explique-t-il. Ces chiffres ont été confirmés par le ministre provincial de l’Intérieur.

Plusieurs vidéos publiées sur Twitter, Facebook et TikTok montrent ces arrestations. Certaines personnes interpellées ont été acheminées vers des bus après avoir revêtu l’uniforme bleu et jaune du service national. 

Mais Timothée Prince Odia explique surtout que des violences ont eu lieu lors de ces arrestations : “D’après les chiffres communiqués par le gouvernement provincial, trois personnes ont trouvé la mort lors de cette opération, dont deux lors d’une rixe qui aurait éclaté dans une cellule. Pourtant, la société civile de Kolwezi dénonce un bilan probablement plus lourd et des violences qui auraient été commises par les forces de l’ordre : des personnes auraient été frappées et même torturées au moment de leur interpellation”.

Le 9 août 2022, la société civile de Kolwezi et plusieurs mouvements citoyens, tels que la Lucha, ont organisé une manifestation pour dénoncer ces dérives. Plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent que cette manifestation, interdite par le gouvernement provincial, a été largement encadrée par des forces de l’ordre. D’après le journaliste Timothée Prince Odia, plusieurs enquêtes ont été ouvertes à la suite de cet épisode de violences.