"C'est la fois de trop !" : au Gabon, une nouvelle fuite de pétrole dans un terminal de Perenco

Photo des installations de la société Perenco au Cap Lopez, près de Port-Gentil, prise par l'activiste Bernard Christian Rekoula vendredi 29 avril. On y voit du pétrole déversé dans des bassins de rétention après une fuite détectée sur l'une des cuves de stockage.
Photo des installations de la société Perenco au Cap Lopez, près de Port-Gentil, prise par l'activiste Bernard Christian Rekoula vendredi 29 avril. On y voit du pétrole déversé dans des bassins de rétention après une fuite détectée sur l'une des cuves de stockage. © Bernard Christian Rekoula

Une fuite a été détectée jeudi 28 avril dans un terminal pétrolier du groupe franco-britannique Perenco près de Port-Gentil, la capitale économique du Gabon. La société, déjà mise en cause pour des atteintes graves à l'environnement, se veut rassurante. Mais notre Observateur est convaincu du risque d’une nouvelle pollution. 

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À quelques kilomètres au nord de Port-Gentil, sur la pointe de l'île de Mandji, le terminal pétrolier du Cap Lopez est le plus grand du pays. Il est exploité par le groupe Perenco, premier producteur de pétrole au Gabon.

C’est là que jeudi 28 avril, en fin de matinée, la fuite d'une cuve contenant 50 000 mètres cube de pétrole brut, soit 300 000 barils, a été détectée par Perenco.

Des images aériennes prises le lendemain dans la matinée par l’activiste Bernard Christian Rekoula montrent l’ampleur des dégâts : deux cuves de stockage de pétrole sont entourées d’une vaste flaque de pétrole brut retenue dans un bassin. Un camion de pompage a été enseveli. L'océan Atlantique se trouve à quelques mètres seulement derrière.

"Le pétrole s’est déversé sur une surface équivalente à trois terrains de football"

Pour Bernard Christian Rekoula, un risque de pollution existe bien : 

Vendredi matin, nous avons d’abord constaté, à plusieurs kilomètres à la ronde, une forte émanation de gaz, propre aux hydrocarbures. Nous sommes ensuite arrivés dans un village de pêcheurs près du Cap Lopez. Les villageois ont expliqué qu’ils avaient été évacués d’urgence à 23 heures le jeudi. L'électricité a été coupée dans toute la zone et interdiction leur a été faite d’allumer des feux, des cigarettes et autres, à cause du risque d’explosion.

J’ai ensuite fait décoller mon drone et j’ai constaté la présence d’un tanker de stockage défectueux. On voit clairement d’où provient la fuite. Le pétrole s’est déversé sur une surface équivalente à trois terrains de football et sur une hauteur d’un mètre cinquante à deux mètres. 

"Aucune pollution marine" constatée selon Perenco

Dans un communiqué vendredi 29 avril, le groupe Perenco affirme qu'un "pompage a été immédiatement initié par les équipes" mais que la fuite s'est "amplifiée" et que le pétrole s'est ainsi répandu dans des "bacs de rétention prévus à cet effet". "L’intégralité du pétrole a pu être contenu dans les bacs de rétention et aucune pollution marine n’a pu être constatée à ce stade", défend la société. 

Perenco précise qu'une situation de "force majeure" a été déclarée "afin de mettre les installations en sécurité et prévenir tout dommage environnemental" et qu'une enquête sera menée pour connaître les causes de la défaillance du réservoir de stockage.

Cette réponse ne convainc pas Bernard Christian Rekoula :

Effectivement, nous avons vu que Perenco a mis en place ce qu’ils appellent des barrages de rétention qui ne sont rien d’autres que des monticules de sable d’une hauteur de deux mètres. Mais on peut voir sur les images que le brut s’est déversé aux alentours, au-delà des bassins de rétention. 

Contrairement au message rassurant et politiquement correct du directeur de Perenco, repris par les autorités, nous tirons la sonnette d’alarme, car nous sommes en saison des pluies, et à coup sûr, cette cuve se remplira d’eau qui ajoutera de la masse et pourra la faire déborder et provoquer un débordement dans l’océan.

Samedi 30 avril, le directeur général des hydrocarbures gabonais s'est rendu sur le terminal du Cap Lopez pour rassurer à son tour. Selon lui, "la situation est maîtrisée".

Mais si la société et les autorités affirment mener des opérations de pompage des hydrocarbures qui se sont déversés, Bernard Christian Rekoula se demande où est stocké le pétrole pompé et assure que "le brut est toujours sur place".

"Il faut que Perenco soit sanctionné"

Cette fuite intervient alors que Perenco est actuellement poursuivi en justice par des ONG. Le groupe avait été mis en examen au Gabon en juillet 2021 pour des faits de pollution et de dégradation des rivières, lagunes et mer par les hydrocarbures. 

Bernard Christian Rekoula estime que ce nouvel incident "ne fait que rajouter de l’huile sur le feu" :

Ce qu’il faut savoir, c’est que le terminal incriminé est un terminal qui a été construit par Elf à l’époque. Donc c’est un terminal qui a plus de 50 ans. Or, Perenco, en rachetant les actifs d'Elf, avait l’obligation de remettre en état. Ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, Perenco rejette la responsabilité sur d’autres opérateurs. 

C’est la fois de trop. Il faut que Perenco soit sanctionné à l’international, et qu’il ait des organismes qui puissent nous aider pour que cette entreprise s’arrime aux normes internationales. 

Chaque fois que nous dénonçons ces faits et que l'État gabonais et Perenco sont obligés de reconnaître, au moins à demi-mot, jamais ils ne nous donnent les causes de cette pollution. Dans leur communiqué, ils nous parlent de fuite, mais ils ne nous donnent pas les causes : ça ne peut pas continuer ainsi. 

Des alertes lancées en 2020 après des marées noires

Le Gabon est l'un des plus gros producteurs de pétrole du continent africain, avec une production de près de 220 000 barils de pétrole chaque jour.

Détenue par l’une des familles les plus fortunées de France, les Perrodo, la société pétrolière Perenco est spécialisée dans l’optimisation des puits de pétrole précédemment exploités. 

Elle est régulièrement présentée comme une société opaque, étroitement liée au gouvernement gabonais.

En 2020, des habitants de la zone pétrolière d'Étimboué, dans l'ouest du Gabon, avaient déjà lancé l'alerte contre Perenco, photos à l’appui, après avoir été victimes de marées noires et d'épandages de produits pétroliers à répétition. Selon ces habitants et des ONG, les infrastructures de la société sont vétustes et mal entretenues. 

>> À lire sur les observateurs : Marées noires au Gabon : un collectif d’habitants lance l’alerte contre le groupe français Perenco