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Des vaccins contre le Covid-19 détruits au Nigeria ? Attention au contexte trompeur

Cette vidéo montrerait selon les légendes qui l’accompagnent des vaccins contre le Covid-19 détruits par “le peuple nigérian”. Le Nigeria a en effet détruit plus d'un million de doses AstraZeneca… périmées.
Cette vidéo montrerait selon les légendes qui l’accompagnent des vaccins contre le Covid-19 détruits par “le peuple nigérian”. Le Nigeria a en effet détruit plus d'un million de doses AstraZeneca… périmées. © Les Observateurs de France 24

Une vidéo qui circule depuis le 20 janvier sur Twitter et Telegram montrerait, selon sa légende, la récente destruction de plus d’un million de vaccins au Nigeria. Ceux qui la partagent s'en félicitent en commentant “pouvoir au peuple” ou “on ne peut pas tromper les Nigérians”. Si les doses de vaccins en question ont bien été détruites en décembre 2021, ce n’était pas du tout par choix, mais parce qu'ils étaient périmés.

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Sur cette vidéo d’une trentaine de secondes, on peut voir un camion décharger plusieurs boîtes dans une décharge à ciel ouvert. Celles-ci se font ensuite chevauchées et poussées par une pelleteuse jaune. Des plans plus serrés permettent d’identifier qu’il s’agit de doses de vaccin AstraZeneca, reconnaissables à leur emballage blanc et violet. 

Cette vidéo, diffusée depuis plusieurs jours sur des pages Twitter et des chaînes Telegram opposées à la vaccination, montrerait des vaccins détruits volontairement au Nigeria. C’est du moins ce que sous-entendent les légendes qui accompagne en anglais comme en français, récoltant parfois plusieurs milliers de mentions “j’aime” et de retweets. Certains internautes affirment même “Bravo au Nigeria" ou encore “Les pays africains envoient des soi-disant vaccins contre le Covid dans les décharges. Ils en ont fini avec la mascarade.” (Ici.)

 

Ce tweet du 20 janvier retweeté plus de 4000 fois donne un contexte trompeur.

 

Lien archivé ici 

Pourquoi c’est faux

Une simple recherche Google autour des mots-clés “un million de vaccins détruits” et “Nigeria” permet de conclure que l’événement n’est ni inédit, ni un signe de révolte du peuple nigérian. En effet, on retrouve plusieurs articles datés du 23 décembre 2021, comme dans celui-ci du journal lyonnais Le Progrès. On y apprend que plus d’un million de doses du vaccin AstraZeneca ont effectivement été détruites au Nigeria… À l’initiative des autorités nigérianes, et non du “peuple”, car ces doses étaient périmées, et donc inutilisables. 

Dans les nombreux articles évoquant la destruction d’un million de vaccins au mois de décembre 2021, on reconnaît par ailleurs les images partagées par les comptes anti-vaccins, comme le camion chargé de doses sur la photo de l'AFP utilisée par Le Progrès ou la pelleteuse poussant les cartons de vaccins sur cette photo créditée à Reuters.

On retrouve la vidéo exacte, avec les mêmes gros plans des boîtes de vaccins et de la pelleteuse aplatissant les doses sur les 30 premières secondes de ce sujet de l’agence de presse britannique Reuters. Cette vidéo est alors légendée “Le Nigeria a détruit plus d'un million de doses de vaccins AstraZeneca périmées afin d'assurer à un public méfiant qu'elles ont bien été retirées de la circulation”. Elles ont été prise le 22 décembre 2021, dans une décharge à ciel ouvert près d’Abuja au centre du Nigeria, visible ici sur “Google Map”.

Sujet de France 24 réalisé le 23 décembre 2021, reprenant les mêmes images que celles partagées avec le mauvais contexte cette semaine.

Ces doses AstraZeneca étaient arrivées au Nigeria par l’intermédiaire du système “COVAX” de l’OMS dont l’objectif est de favoriser un accès plus équitable au vaccin au niveau mondial

Lors de cet épisode, les autorités nigérianes avaient dénoncé le court laps de temps entre la réception des vaccins et leur date de péremption – entre un mois et six semaines. Dans cet article de la BBC du 10 décembre le ministre de la Santé nigérian s’était emporté : "Cela nous a laissé très peu de temps, quelques semaines seulement, pour les utiliser, après déduction du temps nécessaire au transport, au déblaiement, à la distribution et à la livraison aux utilisateurs". La durée de vie moyenne d’une dose AstraZeneca de six mois. 

Au Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, seulement 4,6 % de la population a obtenu à ce jour deux doses de vaccin contre le Coronavirus, selon les estimations de Reteurs

Conclusion : cette vidéo ne montre pas le peuple nigérian en train de se révolter contre la vaccination ; elles montrent plutôt des vaccins détruits, car périmés, par les autorités nigérianes le 22 décembre 2021.