Intox

Cette photo ne montre pas l’attaque de "la résidence de Laurent Gbagbo" en 2011

Une photo de cadavres prétend montrer ce que "Sarkozy et Ouattara" - l’actuel président de la Côte d’Ivoire - auraient fait lors des bombardements en avril 2011 sur la résidence de Laurent Gbagbo.
Une photo de cadavres prétend montrer ce que "Sarkozy et Ouattara" - l’actuel président de la Côte d’Ivoire - auraient fait lors des bombardements en avril 2011 sur la résidence de Laurent Gbagbo. © Observateurs

Une photo de plusieurs dizaines de cadavres au sol prétend montrer ce que "Sarkozy et Ouattara" - l’actuel président de la Côte d’Ivoire - auraient fait lors des bombardements en avril 2011 sur la résidence de Laurent Gbagbo, l’ancien président ivoirien qui refusait de quitter le pouvoir après l’élection. C’est faux : la photo représente en réalité des victimes du tremblement de terre en Haïti de janvier 2010.

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Sur cette publication Facebook du 28 septembre 2020 partagée 1 300 fois, on peut voir des dizaines de corps étendus sur le sol dans une rue. La légende dit : "Voilà ce que Sarkozy et Dramane ont fait en avril 2011 devant la résidence du président Laurent Gbagbo" – "Dramane" désignant Alassane Dramane Ouattara, actuel président de la Côte d’Ivoire et vainqueur des élections de 2011 contre Laurent Gbagbo.

Une photo publiée sur Facebook le 28 septembre 2020 montrant des corps étendus sur le sol affirme qu'il s'agit de victimes lors de l'arrestation de l'ancient président Laurent Gbagbo.

Laurent Gbagbo refusait alors de reconnaître la victoire de son opposant, malgré la pression de la communauté internationale. Il a été arrêté dans sa résidence le 11 avril 2011 par les forces pro-Ouattara, elles-mêmes soutenues par les forces françaises à la demande de l’ONU.

Une photo des victimes haïtiennes du tremblement de terre

En effectuant une recherche d’images inversées via Google images, on peut retrouver la photo initiale. 

Il s’agit d’une photo de victimes du tremblement de terre en Haïti de 2010 ayant causé la mort de plus de 210 000 personnes.

Prise le 14 janvier 2010 par l’ONU et publiée par Reuters, elle montre des dizaines de corps étendus dans le parking de la morgue de l’hôpital de l'université d'État d'Haïti à Port-au-Prince, la capitale du pays. 

Des corps reposent devant la morgue sur le parking de l'hôpital général de Port-au-Prince, prise par l’ONU et publiée par Reuters le 14 janvier 2010.
Des corps reposent devant la morgue sur le parking de l'hôpital général de Port-au-Prince, prise par l’ONU et publiée par Reuters le 14 janvier 2010. © ONU/Reuters

Une intox de 2020, à nouveau virale dans des groupes pro-Gbagbo en novembre 2021

Publiée initialement en 2020, l’intox a été partagée dans plusieurs groupes Facebook en novembre par des comptes habitués des publications pro-Gbagbo, ou des groupes centrafricains et camerounais.

L’intox a été partagée dans plusieurs groupes Facebook en novembre par des comptes habitués de publications pro-Gbagbo, ou des groupes centrafricains et camerounais.
L’intox a été partagée dans plusieurs groupes Facebook en novembre par des comptes habitués de publications pro-Gbagbo, ou des groupes centrafricains et camerounais. © Observateurs

Un premier compte, qui a partagé cette photo dans quatre groupes Facebook différents, relaie régulièrement des messages pro-Gbagbo et anti-Ouattara comme ces captures d’écran le montrent ci-dessous.

Capture d’écran d’un partage de lien d’une vidéo pro-Gbagbo publiée par un compte pro-Gagbo sur son profil Facebook le 7 novembre 2021.
Capture d’écran d’un partage de lien d’une vidéo pro-Gbagbo publiée par un compte pro-Gagbo sur son profil Facebook le 7 novembre 2021. © Observateurs
Capture d’écran d’un partage de lien d’une photo pro-Gbagbo publiée par un compte pro-Gagbo sur son profil Facebook le 2 novembre 2021.
Capture d’écran d’un partage de lien d’une photo pro-Gbagbo publiée par un compte pro-Gagbo sur son profil Facebook le 2 novembre 2021. © Observateurs

Un autre compte, lui aussi habitué des publications pro-Gbagbo et critique de la présence française en Côte d’Ivoire, a partagé cette photo dans six groupes Facebook, eux-mêmes partageant régulièrement des contenus pro-Gbagbo, comme celui-ci. 

Capture d’écran de l’intox partagée par un compte pro-Gbagbo dans le groupe Facebook “Laurent Gbagbo espoir d’une nation et d’un continent” le 9 novembre 2021.
Capture d’écran de l’intox partagée par un compte pro-Gbagbo dans le groupe Facebook “Laurent Gbagbo espoir d’une nation et d’un continent” le 9 novembre 2021. © Observateurs

Le décompte exact des victimes de l’arrestation de Laurent Gbagbo inconnu

En 2010, plus de 3 000 personnes avaient été tuées pendant les violences qui avaient suivi le refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir après le scrutin, selon les Nations unies.

L'armée française, à la demande urgente de l’ONU, avait bombardé avec les forces pro-Ouattara le palais et le bunker de Laurent Gbagbo. Les forces pro-Ouattara avaient ensuite mené le combat dans la résidence, alors que les forces françaises étaient restées à l’extérieur.

Le nombre de victimes dues à l’opération d’arrestation du président ivoirien reste à ce jour inconnu. 

Selon un journaliste occidental présent lors de l’opération, il n’y a jamais eu de décompte fiable du nombre de morts dans la résidence et dans le reste du pays ce jour-là. Lui-même affirme avoir vu dans la résidence "deux corps de soldats défendant Laurent Gbagbo, ainsi que des prisonniers. Il est possible qu’il y ai eu des centaines de morts dans le pays ce jour-là, mais ce n’est pas prouvé". 

Un de nos Observateurs, présent sur place pendant la crise post-électorale, a également confirmé ces informations, expliquant que des partisans de Laurent Gbagbo, parmi lesquels des étudiants, s’étaient spontanément rendus à la résidence de l’ex-président ivoirien pour tenter de le protéger.

Des images de la résidence du président déchu sont disponibles dans ce reportage de France 24 publié le 13 avril 2011.

Le 15 janvier 2019, Laurent Gbagbo a été acquitté de crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale, après plus de sept ans de prison préventive. Il  a lancé un nouveau parti politique en Côte d’Ivoire le 9 août 2021, le Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI).